Que Notre Joie Demeure
Sortie:
24/04/2024
Pays:
FR
Genre:
Durée:
108 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

Que Notre Joie Demeure

Verdict: Excellent

par: Emmanuel Galais



Le père Jacques Hamel et Adel Kermiche, deux destins se sont croisés pour le pire. En juillet 2016, Adel Kermiche a tué le père Jacques dans son église. Le parcours chaotique, tourné vers la destruction a anéanti une vie tournée vers l’autre et le sacré. Pourtant de cet anéantissement a jaillit mondialement un témoignage de bonté, celui du père Jacques. Un prêtre, discret, dont la vie d’engagement était tournée vers son prochain. A Saint-Etienne du Rouvray, dans la ville frappée par cet attentat, musulmans et chrétiens ont renforcé leur dialogue dans le respect.


Voilà un sujet difficile à aborder, tant il a provoqué un choc émotionnel important dans l’esprit des Français de toutes confessions, mais également tant le parti pris semble évident de prime abord. Et la réalisatrice, qui a assumé toutes les fonctions, de scénariste, productrice et réalisatrice, a utilisé la méthode de Gus Van Sant dans « Elephant » pour suivre les personnages et mieux impliquer le spectateur au cœur de leur évolution et de leur parcours, à savoir les filmer dans un premier temps de dos. Puis, comme dans un documentaire, la réalisatrice commence par suivre le père Hamel, et commence surtout par un dialogue entre le prêtre et un imam qui reviennent sur les messages de paix que véhiculent les deux religions, contrairement à ce que les fanatiques veulent bien faire croire au monde entier à travers leurs actions violentes. Et présente sa vie, son quotidien, sa implicité et son humilité. Un portrait que l'on pourrait juger un peu trop appuyé, mais qui semble, d'après les recherches de la réalisatrice, et les témoignages de ceux qui le côtoyaient, comme étant la réalité de ce prêtre tourné vers les autres et dont le presbytère faisait presque penser à l'intérieur d'une personne d'une extrême simplicité.


Et si parfois l’écriture peut paraître maladroite, ce n’est que pour mieux laisser une place à un naturel qui colle parfaitement à la mise en scène que la réalisatrice a choisie. Une mise en scène épurée, qui soit plus proche d’un documentaire que d’une fiction inspirée et rendant hommage à une personne qui avait vouée sa vie à sa foi. D’ailleurs, comme elle le dit si bien elle-même, lors de l’écriture et durant toute la production du film les obstacles ne sont pas venus de là où nous les attendions, encore moins, de la part du distributeur qui avait pourtant signé un contrat avec elle mais qui a préféré se retirer au dernier moment. Un distributeur dont on imagine bien qu’il n’a pas trouvé le film suffisamment radical ! Car c’est bien toute la qualité de « Que notre joie demeure » que d’avoir traité avec respect et surtout d’avoir cherché à donner un visage à la main de l’horreur en s’éloignant de la caricature habituelle des familles musulmanes, le plus souvent représentées comme pauvres et larguées par un manque d’intelligence ou de culture. Ici, la mère d’Adel est, avant tout, une femme cultivée, intelligente qui cherche à comprendre le chemin que prend son fils et tente de le ramener sur le chemin de la raison. Elle est, ici, non seulement représentée comme digne, mais surtout comme une femme intelligente, sensible et terriblement meurtrie par l’acte barbare qu’a commis son fils. Car, on oublie souvent de dire que les familles des terroristes sont, dans bon nombre de cas,  aussi dévastées que celles des victimes.


Même chose avec Adel, le terroriste, Cheyenne Caron (La Beauté du Monde), la réalisatrice lui donne un visage, une histoire et de la même manière que les autres, n’appuie pas plus sur les dérives de ce jeune homme nourrit de fausses informations, engagé dans une sorte de croisade absurde, dont il pense croire en ses fondements et qui va commettre l’impensable. Elle le filme de la même manière et laisse, avec une simplicité désarmante, apparaitre sa radicalité grandissante. Loin des photos de médias, subitement, dans le film de Cheyenne Caron, le terroriste a un visage, il ne fait pas peur, n’est pas inquiétant et ne serait même pas plus remarqué si nous le croisions dans la rue. Et c’est là la meilleure idée du film « Que Notre joie Demeure », ne pas sombrer dans les caricatures que l’on nous assène systématiquement. 


Enfin, si le film est un hommage au père Hamel et que l’on peut lui reprocher, une empathie évidente, qui tourne parfois à la sanctification, il n’en demeure pas moins un film sensible qui va même se permettre de créer un dialogue entre le prêtre et un jeune homosexuel (Un hommage assumé de la réalisatrice à Lucas, un jeune garçon qui s’est pendu après avoir été harcelé pour son homosexualité), où le prêtre fait preuve non seulement de tolérance, mais trouve les mots justes, pour apaiser sa douleur. Une scène qui fut, d’ailleurs, entre autres, à l’origine du désaccord avec le distributeur d’origine.



« Que notre joie demeure » est un film nécessaire qui devrait ouvrir une porte sur la manière de traiter des sujets aussi sensibles que ces actes de terrorismes, où souvent l’auteur est déshumanisé, et pose sur la communauté musulmane une étiquette fausse et souvent injurieuse. Il est bon qu’une réalisatrice sache faire un film qui rende hommage à la victime, le père Hamel, mais parvienne à avoir suffisamment de recul pour garder le respect de tous.