Summer White
Summer White
Sortie:
23/06/2021
Pays:
Mexique
Genre:
Durée:
85 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

Summer White

Verdict: Très Bon

par: Emmanuel Galais


Rodrigo, adolescent solitaire, a une relation forte avec sa mère. Les choses changent quand elle invite son nouveau petit ami à venir vivre dans leur maison, à la périphérie de Mexico. Rodrigo doit décider s'il peut accepter cette nouvelle famille ou se battre pour son trône, écrasant le bonheur de la personne qu'il aime le plus.


Premier long métrage du réalisateur mexicain Rodrigo Ruiz Patterson, qui s’était déjà fait remarquer avec une dizaine de courts métrages, « Summer White » suit le parcours compliqué de Rodriguo, adolescent solitaire qui va devoir abandonner l’enfance à travers une multitude de sentiments contradictoires qui vont construire sa personnalité. Sa solitude et le lien privilégié qui le lie à sa mère vont l’entrainer dans une spirale émotionnelle dans laquelle il devra choisir entre détruire son équilibre et celui de sa mère ou, au contraire, le renforcer en acceptant de partager l’amour pour préserver le bonheur de sa mère.


Jamais dans la surenchère, le réalisateur, qui avait déjà brillé avec des courts métrages tels que « Paradisio » et « Arreglo Napolitano » qui furent présentés dans plus d’une vingtaine de Festivals tels que Cannes par exemple, signe ici un premier long métrage tout en sobriété et en intelligence. Ecrit et filmé à hauteur de l’adolescent, le film permet de plonger dans la confusion des sentiments que peut ressentir ce jeune garçon qui va devoir apprendre à « partager » l’amour de sa mère, avec ce nouvel arrivant qui représente à ses yeux une sorte d’ennemi inévitable. Par forcément contenue, cette colère apparait par des gestes incompréhensibles, mais qui petit à petit vont le pousser vers une succession de mauvais choix qui vont le déconstruire pour mieux le reconstruire.


Le réalisateur choisit de ne pas faire de son film, une sorte d’hystérie dans laquelle le gamin serait un monstre de colère avec tous les hurlements et toutes les violences nécessaires. Bien au contraire, il suit les pas de ce gamin, solitaire qui intériorise, impressionne par ses silences, observent secrètement ces bouleversements et doit apprendre à vivre autrement, à ne plus avoir l’exclusivité de sa mère. Comme par exemple, lorsqu’il n’arrive pas à dormir, de retrouver sa mère dans son lit. Ou encore que les comptes à rendre ne soient plus envers une mais deux personnes. Et c’est justement là que le réalisateur tape juste, avec des personnages qui ne sont pas des caricatures d’eux-mêmes, mais des hommes et des femmes parfaitement dessinés pour que l’on puisse s’y attacher et faire, parfois, un transfert. Si le gamin fait une succession de mauvais choix, il ne rend pas la tâche aisée pour l’amant de sa mère qui tente de s’en faire un ami, mais se heurte à l’hostilité silencieuse de l’adolescent naissant. La mère doit également ménager les deux pour que la transition se fasse sans trop de douleur.


Et pour tenir son propos, le réalisateur peut s’appuyer sur les prestations impeccables de l’actrice Sophie Alexander-Katz, que l’on avait déjà pu remarquer dans « Los Días Más Oscuros de Nosotras » d'Astrid Rondero, de Fabian Corres (Ladie’s Night (2003) de Gabriela Tagliavi) et du jeune Adrian Rossi, qui signe ici sa première expérience cinématographique. Le trio parvient avec beaucoup de subtilité et de précision à jouer toute cette valse de sentiments qui pousse les uns et les autres à la reconstruction de leur univers personnel. Une mention toute particulière à Adrian Rossi, qui, de la même manière que Rod Paradot dans « La Tête Haute » (2014) d’Emmanuel Bercot, en France, signe ici une prestation remarquablement inspirée et précise pour sa première participation à un film.

En conclusion, le réalisateur signe avec son premier long métrage « Summer White », une œuvre subtile, remarquablement écrite et mise en scène qui plonge le spectateur dans une peinture de ce difficile passage de l’enfance à l’adolescence à travers le bouleversement que provoque l’arrivée d’un nouvel arrivant dans la vie de la mère d’un jeune garçon. Le réalisateur va alors peindre une toile de maitre, qui, à l’image de cette scène où le garçon se reflète dans une paroi rouge, va faire naitre cette dualité intérieure entre préserver l’amour de sa mère et en garder l’exclusivité coute que coute.