Preston Tucker est un inventeur passionné, déterminé à bouleverser l’industrie automobile avec la Tucker Torpedo : une voiture audacieuse, novatrice, en avance sur son temps. Mais face aux lobbies automobiles de Detroit et à l’hostilité du gouvernement, son rêve se heurte à un système décidé à l’écraser.
Voilà un destin qui ne pouvait que parler à Francis Ford Coppola, celui de Preston T.Tucker, un visionnaire, passionné d’automobile, mais également conscient des défaillances des véhicules déjà en vente, et qui va vouloir créer une voiture révolutionnaire avec des ceintures de sécurité, des phares qui suivent les mouvements de la voiture, etc… Un rêve qu’il concrétisa en un temps record, mais qui suscita la jalousie et les défiances des trois constructeurs majeurs Américains : Ford, General Motors et Chrysler. L’homme sera freiné dans ses ambitions jusqu’à un procès pour escroquerie et détournement de fonds.
Arnold Schulman (Chorus Line) et David Seidler (Le Discours d’un roi) se sont attelés à écrire un scénario, sur la base des archives et des biographies qui lui ont été consacrées, mais surtout en fonction de la vision du réalisateur qui voulait que son film ressemble à un film publicitaire, et pour cela, il se devait de garder un rythme constant de narration qui allait se concentrer sur le challenge et les négociations constantes qui entourèrent l’industrielle. Alors, bien sûr, la mise en scène amène un certain parti pris adopté dès l’écriture du scénario, à savoir que Preston Tucker était un inventeur passionné et génial qui fut freiné par les conglomérats bien décidés à protéger leurs intérêts. D’ailleurs Coppola ne ménage pas ses personnages de banquiers, politiciens et autres hommes de loi, toujours austère et habillés de couleurs sombres.
Francis Ford Coppola nous raconte l’histoire d’un homme et n’hésite pas à en faire le parallèle avec une société capitaliste où les agneaux qui sortent de la bergerie sont souvent la proie de prédateurs qui ne se cachent même pas. Et c’est surtout l’occasion pour Coppola qui aura eu bien du mal à financer ce film et aura trouvé les fonds nécessaires grâce à George Lucas, qui avait pu se lancer dans « Star Wars » et voir-même dans le cinéma, grâce au réalisateur du « Parrain », de mettre en lumière la difficulté d’être visionnaire dans une industrie dirigée par des financiers qui n’ont cure de la création artistique. On le sait, les relations entre ces réalisateurs de la nouvelle génération du cinéma Américains que sont : Coppola, Lucas, Spielberg, De Palma et Scorsese furent tendues avec les dirigeants des Studios qu’ils voyaient comme des rapaces plus que comme des soutiens.
Il n’était donc pas étonnant de voir Coppola se lancer dans le récit du parcours de « Tucker ». Et pour incarner son personnage principal il va choisir l’un des acteurs les plus en vue du moment : Jeff Bridges (Iron Man), un acteur qui n’a pas de mal à se lancer dans des projets qui sortent de l’ordinaire, on l’avait déjà vu dans « Tron » de Steven Lisberger, 6 ans plus tôt, ou encore dans le remake de « King Kong » par John Guillermin en 1976. Le comédien se lance de rôle de Tucker avec une certaine luminosité dans le jeu qui lui donnerai presque envie de tout lui acheter s’il nous vendait des choses. Et pour la petit anecdote, Coppola va lui opposer dans le rôle du politicien revanchard : Loyd Bridges (Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?), qui n’est autre que le père du comédien principal.
Malgré de nombreuses nominations et un accueil critique favorable lors de sa sortie, « Tucker » qui avait coûté être 22 et 24 Millions de Dollars, n’en rapporta, au final qu’un peu moins de 20. Il faudra attendre la sortie en vidéo et les années pour que le film atteigne le statut de culte et trouve auprès du public, une place qui lui était dû. Un film à découvrir maintenant grâce à cette collection de restauration des films de Francis Ford Coppola.