Las Vegas, un 4 juillet, Jour de l'Indépendance des États-Unis. Hank et Franny, usés par une vie de couple faite de routine et de banalité, décident de se séparer. Chacun s’en va vivre une nuit d’errance, de rêve et de désir avant, peut-être, de mieux se retrouver.
Comme à chaque fois la couleur et la lumière sont des éléments capitaux de la mise en scène chez Coppola. Comme pour « Le Parrain », pour « Dracula » ou encore plus proche de nous « Megalopolis », le jaune est une couleur dominante et le réalisateur s'en sert pour installer une ambiance, poser un cadre dans lequel ses personnages vont se chercher et évoluer à mesure que l'intrigue se déroulera. Mais là où le réalisateur excelle encore dans son art, c'est dans la vision très théâtrale qu'il donne à sa mise en scène. Le film se découpe en succession de scènes qui donne l'impression d'être sur celle d'un théâtre en pleine ville. Il y a un côté baroque dans le surplus de dialogues et de personnages.
« Coup de cœur » a été tourné entièrement en studio et cela donne une ambiance bien particulière à son œuvre. Le parti pris de Coppola est radical dans le sens où il assume de filmer des décors volontairement théâtraux comme les arrières plans peints, ou l'utilisation de voiles transparents pour passer d'une pièce à une autre lors des changements de scène ou encore l'utilisation de la lumière qui vient accentuer l'attention du spectateur sur le premier plan. Ici, tout est un parti pris artistique, le premier, le second et l'arrière-plan, il y a tout à découvrir dans une œuvre foisonnante. Dans « Coup de Cœur », Francis Ford Coppola se libère des codes, tout en les utilisant au maximum pour réinventer le genre et lui donner une texture particulière. En ce sens la musique de Tom Waits vient appuyer ce changement radical.
Il faut dire également que la révolution ne se fait pas qu'à l'écran, elle se passe également dans la préparation du film avec un nouveau système de montage, pour l'époque, informatisé qui permet de travailler et de synchroniser le storyboard, la musique et la mise en scène, y compris les chorégraphies à mesure que le film se tourne. Tout s'apprivoise pas à pas et le travail collectif permet au film de trouver sa propre identité. Coppola veut aller plus loin, casser les lignes et nous entraîner dans une romance tourmentée pour mieux apporter sa pierre à l'édifice et comme les Français de la Nouvelle Vague se démarquer du classicisme des anciens, de la MGM, par exemple.
Si « Coup de Cœur » fut un échec à sa sortie, ce n'est en tout cas pas de la faute du talent de conteur du réalisateur qui brille de mille feux dans cette œuvre foisonnante où il sait s'amender des barrières et utiliser les codes de la comédie musicale pour mieux se les approprier. Un choix radical qui a peut-être été mal perçu à son époque mais qui a fini par trouver le chemin du film culte longtemps invisible.