Expérience de vie unique pour le spectateur de cinéma, Shoah (régulièrement classé parmi les 100 meilleurs films de l’histoire du septième art) raconte l’extermination de six millions de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et a donné son nom à l’événement lui-même : la Shoah. Inscrit au Registre international Mémoire du monde de l’UNESCO, cette œuvre titanesque, d’une durée de près de neuf heures et trente minutes, est le fruit d’une douzaine d’années de recherches. Plutôt que de recourir à des images d’archives, le réalisateur Claude Lanzmann choisit de donner la parole aux témoins des centres de mise à mort – survivants, assassins, voisins – pour parvenir à raconter l’indicible génocide des Juifs d’Europe par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Un indispensable travail historique et mémoriel.
Nous n’allons pas nous mentir, il faut être préparé psychologiquement pour plonger dans « Shoah », un documentaire somme de Claude Lanzmann qu’il réalisa en 1985, soit 40 années après la fin de la seconde guerre Mondiale. Il lui aura fallu douze années de travail, pour nous livrer cette œuvre dont la matière brute représentait 220 heurs de Rushes, dans lesquelles le réalisateur a parcouru les quatre cois du monde, rencontrés des témoins, des survivants et tout ce qui pouvait témoigner de l’horreur de ces camps et surtout de cette mécanique qui se joua pendant ces années de conflits où les Nazis persécutèrent les Juifs à travers l’Europe. Le résultat est une œuvre titanesque de plus de 9 heures et demie où l’on découvre, non pas avec des images d’archives, mais des témoignages puissant, dérangeant mais qui éclaire d’un œil méticuleux toutes les conditions de ces déportations et de ce génocide.
Toutes les qualités de ce documentaire somme réside dans ce choix narratif de ne quasiment pas utiliser d’images d’archives pour laisser place à la parole, même lorsque celle-ci dérange. Le réalisateur interroge, filme les lieux sans chercher à les rendre ciné génique. Parfois autour d’un plan, les sourires et l’insouciance des témoins ou de ceux qui les entoure vient cruellement en opposition avec l’horreur qu’ils décrivent, comme ces paysans qui racontent que lorsque les trains s’arrêtaient, ils voyaient les gens entassés dans le train et si certains bravaient l’interdiction de leur donner de l’eau, la majorité avait interdiction même de regarder et faisait juste un geste qui indiquait aux pauvres victimes, qu’elles allaient à la mort. Et puis un autre témoignage, celui d’un des survivants montre comment était perçu ce geste au cœur de l’enfer.
Si le documentaire de Claude Lanzman a donné son nom à l’évènement lui-même. Jusque là tout le monde parlait de la solution finale, de l’extermination d’un peuple pour le seul fait de sa religion, « Shoah » devint le nom de l’horreur, de l’indescriptible, de l’incompréhensible. Ce mot qui, en hébreux, signifie « Catastrophe », résume à lui seul l’impensable génocide qui eut lieu de 1940 à 1945. Mais pourrait (Devrait ?) être utilisé maintenant pour ceux qui ont suivi, au Rwanda, en Amérique du Nord ou encore plus proche de nous à Gaza. Ce que décrit le film de Claude Lanzman, c’est la haine incontrôlable et incontrôlé d’un peuple ou tout du moins de ses dirigeants pour un autre peuple. Quel que soit le lieu et l’époque, il y a des gens qui décident aveuglément sans aucune nuance et qui tuent des populations entières qu’ils ne considèrent même plus comme des humains, mais comme des dangers pour leurs avenirs.
Qu’est-ce que ces millions d’hommes, ces femmes et surtout ces enfants avaient bien pu faire pour mériter d’être privés de leurs biens, de leurs dignités et de leurs humanités, au point d’être entassés comme des bêtes dans des wagons de trains, puis emmenés tel du bétail dans un abattoir où chacun du combattre, la maladie, la faim, la douleur pour ensuite subir le mensonge qui les emmena à la mort. Claude Lanzman tente d‘y répondre, mais nous met face à l’indicible et force à nous poser la question de façon peut être indirecte de ce que nous aurions fait, nous, à la place des paysans, des conducteurs de train, lorsque le choix c’est plier ou mourir.
Inscrit au Registre International Mémoire du Monde de l’Unesco, considéré comme l’un des 100 meilleurs films de l’histoire du cinéma, « Shoah » c’est un voyage unique mais nécessaire en enfer. A une époque où les idées nauséabondes se répandent à la vitesse des réseaux et des médias, à un monde où notre monde, qui pensait avoir appris de son passé, voit revenir les mécanismes du fascisme envahir nos grandes démocraties, « Shoah » de Claude Lanzman est une leçon d’histoire qui doit nous instruire et réveiller nos consciences.