Jacques Lestrade est le patron d’une prospère clinique vétérinaire. Il habite un luxueux appartement, possède une grosse voiture et fréquente le Tout-Paris. Il a confié la gestion de ses finances à son ami Jérôme Bouvier, qui se prétend « expert en comptabilité ». Tout va bien jusqu’au jour où débarque Béatrice Flamand, une jeune mais redoutable inspectrice des impôts.
Nous sommes en 1983, la bande du « Splendide » sort du « Père Noël est une Ordure » et des deux « Bronzés » et chacun commence à penser à une carrière solo, qui commence a se faire une bien belle réputation dans le milieu comme avec « Clara et les Chics types » (1981) de Jacques Monnet, « Le Maitre d’Ecole » (1981) de Claude Berry et surtout « Les Hommes préfèrent les Grosses » (1981) de Jean Marie Poiré, où l’actrice tient enfin le haut de l’affiche, partagée avec Daniel Auteuil (36, quai des Orfèvres). Pourtant la comédienne se cantonne dans des rôles toujours un peu en marge soit de femme ronde et mal dans leur peau ou de femme revêche et désagréable. Avec « Signes Extérieurs de Richesse » (1983) de Jacques Monnet (Clara et les Chics Types), qui sort un an après le cultissime « Père Noel est une Ordure », Josiane Balasko commence à amorcer un changement de personnage et surtout un changement de cap radical.
D’abord, parce qu’ici, elle va jouer une inspectrice des Impôts, loin de la caricature habituelle et de ce qu’elle a joué auparavant. Ici, son personnage est d’abord frappé de normalité, presque, de discrétion, mais doté d’un certain charme et d’une gentillesse, qui cache tout de même une force de caractère qui ne demande qu’à s’affirmer. Elle se retrouve alors confronté à deux tornades. Claude Brasseur (Le Héros de la famille) d’abord, acteur majeur du moment, qui impose un jeu tournoyant en vétérinaire prit dans un contrôle fiscal qui vire au cauchemar, à cause des mauvais conseils de son comptable Jérôme, joué par la seconde tornade de ce film : Jean-Pierre Marielle (Les Acteurs). L’acteur capte les scènes, enchaine les scènes avec une drôlerie communicative en comptable complètement à côté de la plaque. Et face à ces deux légendes, l’actrice irradie et se laisse porter par cette histoire où elle fait preuve d’une grande maitrise et d’une maturité de jeu qui prouve tout le talent qu’elle développera par la suite.
Quant au scénario, signé par le réalisateur et son co-scénariste Alain Godard (Or Noir), il ne soulève pas les foules, mais il a le mérite de répondre à l’attente de voir tous ces personnages traverser une comédie où tous les obstacles s’enchainent pour faire naitre les sentiments et pour raviver les consciences. Car si « Signes Extérieurs de Richesses » est avant tout une comédie, il a le mérite de s’interroger sur la fragilité des relations dès lors que l’argent est touché. Et si le personnage de Lestrade respire l’honneur et la droiture, il n’en va pas de même, pour ces amis qui cherchent avant tout à cacher leurs bénéfices aux agents du Fisc. Les auteurs du scénario semblent beaucoup s’amuser de cette fébrilité des personnages face à la douceur et la gentillesse qui transparait de Béatrice, cette jeune agente des impôts qui sait où elle va et sait ne pas se démonter face à ces hommes machistes volontairement ou non.
Et oui, car autre époque, autre décennie, les hommes ne sont pas tendre avec les personnages féminins, souvent présentés comme des femmes au foyer, ou idiote ou au pire de petite vertu. Mais le réalisateur sait renverser la vapeur lorsque les hommes sont d’une goujaterie sans nom, comme lors des rendez-vous dans le bureau de Béatrice ou alors, la femme du propriétaire de l’appartement dans lequel vit l’héroïne, qui se fait prendre au piège de sa vénalité. Le réalisateur signe une comédie légère, drôle et où l’actrice se révèle encore un peu plus en subtilité et où l’ensemble est loin d’être une œuvre machiste, bien au contraire.