Pitch
Dans un futur proche, Paris a été divisé en 3 zones qui séparent les classes sociales et où l’intelligence artificielle ALMA a révolutionné le travail de la police. Jusqu’à ce que son inventeur soit assassiné et que Salia et Zem, deux policiers que tout oppose, soient forcés à collaborer pour mener l’enquête.
Critique
Chien 51 s’inscrit dans la longue lignée des dystopies urbaines, transformant Paris en un décor futuriste où la ségrégation sociale et la technologie omniprésente dictent les règles. Adapté du roman de Laurent Gaudé, le film n’en retient cependant que quelques motifs : une ville divisée en zones sécurisées, deux flics (de deux zones et donc de deux mondes différents) contraints de collaborer, et une enquête aux ramifications multiples sous fond de Buddy Movie. Malheureusement, le scénario, bien que dynamique, manque cruellement d’originalité. Les thèmes à la mode abordés — l’identité, les dangers de l’intelligence artificielle, la surveillance de masse — sont effleurés sans jamais être approfondis. On retrouve une version plus sage, plus aseptisée de Blade Runner, Minority Report ou District 9 dans un décor français.
La première partie, trop longue, peine à installer le contexte et une tension crédible, tandis que la seconde moitié, plus rythmée, rappelle enfin l’attrait de Cédric Jimenez pour les scènes d’action. Hélas, même dans ces moments, le montage frôle parfois l’excès, transformant certaines séquences en une bouillie d’images illisibles (ce qui rappelle l’indigestion visuelle de la série des Jason Bourne).
Cédric Jimenez, habitué aux thrillers policiers urbains (Bac Nord, Novembre), se frotte ici à la science-fiction avec un résultat décevant. Son Paris dystopique, bien que visuellement impressionnant, manque de cohérence. Les néons omniprésents et les décors futuristes côtoient certains plans numériques bien peu convaincants, donnant l’impression d’un univers bancal et bien peu convaincant. L’erreur étant peut-être d’avoir pris une ville connue. Notons toutefois une scène de poursuite entre humains et drones réussie, mais qui ne compense pas l’univers peu cohérent.
Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos portent le film. La complicité, bien que lente à s’installer, finit par convaincre, notamment grâce à des scènes comme celle du karaoké, qui apporte une touche de légèreté bienvenue. Lellouche, en flic torturé, montre une sensibilité qui mérite d’être davantage exploitée, tandis qu’Exarchopoulos laisse tomber petit à petit la carapace. Les personnages secondaires, malgré la présence de Romain Duris, Louis Garrel et Artus, restent peu développés. Les dialogues de ces derniers restent assez plats.
Verdict
Chien 51 est un film ambitieux, mais le résultat à l’écran est inégal. Il remplit son rôle de divertissement, offrant quelques scènes d’action spectaculaires et une esthétique soignée, mais il peine à se démarquer dans un genre où l’on doit susciter la surprise du spectateur. Ici, on voit un polar transcrit dans un univers de science-fiction. À la fin, on retient surtout que c’est un polar. C’est une tentative, mais pas une réussite.