1946. Aatami Korpi retourne en Carélie, un territoire occupé par les Soviétiques, là où sa famille a été brutalement assassinée pendant la guerre. En leur honneur, il démonte la maison familiale et la charge sur un camion, bien déterminé à la reconstruire en lieu sûr. Lorsque l'Armée rouge est informée de sa présence, Igor Draganov, l'assassin de sa famille, va tout mettre en œuvre pour en finir et tuer l'ancien soldat légendaire. Mais Aatami n’est pas surnommé « l'homme qui refuse de mourir » pour rien…
Alors voilà un film dont il est difficile de faire une analyse. D'abord, parce qu'il s'agit de la suite d'un film d'action americano finlandais, qui se regarde, tout de même, sans avoir vu le premier, mais surtout qui est quasiment sans dialogue. Notamment de la part de son héros, un vieil homme particulièrement retors qui « Ventile, disperse version Puzzle » les cadavres de ses ennemis, avec une aisance assez déconcertante il fait bien le dire. De son vrai nom Aatami Korpi, l'homme fait face à celui qui a tué sa femme et ses enfants. Et dans un déchaînement de violence qui ferait frémir n'importe quel Sylvester Stalone, la mise en scène de Jalmari Helander, s'offre des scènes qui pourraient être inspirées de « Mad Max » de Georges Miller.
Car le film, qui se déroule en 1948, est une longue course poursuite, où tout est exagéré, où l'on passe son temps à dire « Ah non, mais là c'est exagéré quand même » et où l’on n’arrive plus, à mesure que le film avance, à se sentir dans un film cohérent. Tout ce qui tourne autour du héros devient subitement source de toujours plus, il tombe et se relève constamment, il est enchainé mais parvient à se délivrer, il meurt mais ressuscite subitement et j’en passe et des meilleurs. Du coup nous passons notre temps à envisager les pistes de sorties du héros, mais le réalisateur Jalmari Helander (Big Game) s’amuse à recycler, renouveler, enjoliver et dynamiter tout ce que l’on croyait acquit.
Et c’est tout l’intérêt de « Sisu : Le chemin de la vengeance » que de constamment s’amuser des codes du genre pour pousser les curseurs au maximum. On imagine mal comment les célébrités du genre vont bien pouvoir faire pour dépasser en originalité et en inventivité ce film qui, se révèle, d’un seul coup, inclassable par le choix de son esthétique et du mutisme de son héros. Et c’est d’ailleurs l’une des forces principales de ce film, que de voir son acteur principal, Jorma Tommila (Zéro Deux) ne pas décrocher un mot, seulement un cri de temps en temps, histoire de dire qu’il est humain, mais de faire passer un certain nombre de sentiments par le regard ou la position du corps, ce qui n’est pas facile dans ce type de film. Et puis, bien sûr, il y a Stephen Lang qui vient nous rappeler qu’il n’y a pas qu’ « Avatar » dans sa vie, même si, une fois encore, il interprète le méchant de service, celui qui ne lâche rien.
Bon, pour conclure, je dirais qu’il m’a été rarement aussi difficile de donner un avis sur un film, tant ce film sort des sentiers battus. Un film d’action qui joue la surenchère, s’amuse à dynamiter les codes du genre (Et la formule est bien choisie) pour offrir encore plus de spectacle. On entame le visionnage, avec l’œil suffisant du gars qui snobe les films d’action, puis on se laisse petit à petit prendre au jeu, notamment grâce à une mise en scène constamment sur le fil entre caricature et véritable œuvre d’action.