Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service.
1984, fut une année assez chargée en film noir de tout genre, on a pu y découvrir « Rue Barbare » de Gilles Béhat, « L’Addition » de Denis Amar, « Liste Noire » d’Alain Bonnot ou encore « un été d’enfer » de Mickaël Schock, pour ne citer qu’eux. Plus de 30 films de ce genre sortirent cette année-là ! Autant dire que la concurrence fut rude et qu’il fut difficile d’exister au milieu de tout cela. « Tir à vue » fut l’une de ces victimes. Un premier film pour un assistant réalisateur qui avait travaillé sur des films comme « Le Prix du Danger » d’Yves Boisset. Un Second, rôle important, pour l’actrice principal et un acteur faisant partie des meilleurs espoirs masculin de l’époque. Mais le film souffrant de beaucoup de défauts se fit étriller par les critiques à sa sortie.
Et, il est vrai que le film souffre de nombreux défaut. D’abord des effets de vitesses dans les courses poursuites qui sont assez surprenant, et qui font penser à un vieux film muet. Et puis il y a un manque évident de rythme dans la mise en scène de Marc Angelo, qui fut d’abord assistant Réalisateur pour des nombreux réalisateur comme Yves Boisset, et qui signait là sn premier film, au poste suprême. Et l’on sent une véritable envie de bien faire, de soigner certains plans, de chercher à styliser son propos. Mais à trouver vouloir bien faire, le film perd en rythme, car certaines scènes n’apportent pas grand-chose au propos et d’autres sont assez mal amenées comme les scènes intimes qui arrivent subitement, par le biais d’un montage un peu à la serpette. Nous sommes au début des années 80, et l’on sent que certains clichés sont bien présents, comme le rapport à l’immigré ou aux Homosexuels. Encore que de ce côté-là le marquage soit plus présent avec un personnage dont on ne comprend absolument pas l’intérêt dans l’intrigue.
Car le scénario, d’une conception assez classique, sorte de « Bonnie and Clyde » moderne, suit les pas d’un jeune homme qui décide de braquer une armurerie et va faire la connaissance d’une jeune femme avec qui ils vont braquer selon leurs envies. Si le scénario est assez bien tenu dans la trame de fond, les personnages, et particulièrement celui des policiers manquent complètement de profondeurs. Jouant beaucoup sur les silences, on comprend au détour d’une ou deux scènes qu’un drame les a marqués, mais il n’y en aura pas plus, on reste sur le superficiel. Même chose, l’histoire du couple de braqueur est survolée, mais jamais réellement traitée. Quand au personnage de témoin magrébin, il traverse le film, semble être un pivot, mais pour vite disparaitre dans véritable ménagement.
C’était aussi l’occasion pour Sandrine Bonnaire qui, après des petits rôles dans « La Boum » (1982) de Claude Pinoteau et « Les sous-Doués en vacances » (1982) de Claude Zidi, vient de voir sa carrière prendre de l’élan avec le rôle principal du film « A Nos Amours » de Maurice Pialat, et donc de capitaliser sur cette lancée avec un rôle en total contre-emploi. Mais si sa prestation est honorable et parvient à sou séduire tout en nous agaçant, le montage et le manque de rythme nous empêche de profiter pleinement de sa prestation. Le cas de Laurent Malet est bien différent. L’acteur a déjà une carrière bien remplie, on l’a vu chez Lelouch dans « Viva la Vie » (1983) ou encore chez Fassbinder dans « Querelle » (1982), mais bon nombre de ses collègues jeunes premiers de l’époque, sa carrière marquera sèrieusement le pas et « Tir à vue » sera d’ailleurs le premier échec de cette lente descente vers l’oubli. Pourtant sa prestation, même décalée parfois, parvient à souligner d’une palette de nuances totalement maitrisée, les paradoxes de son personnage. Enfin c’est l’occasion de revoir Jean Carmet (La Soupe Aux Choux), l’un des acteurs les prolifiques des années 70 et 80, dans un rôle sombre et taiseux.