Après une dernière tournée éprouvante, Aurélien décide de s'installer au Japon avec sa femme Nanako, enceinte de leur premier enfant. Alors que le jeune couple emménage dans une maison traditionnelle dans la campagne japonaise, Aurélien découvre dans un puits une armure ancestrale qui va réveiller d'étranges créatures, les Yokaïs.
Alors, oui, un tel projet donne parfois l’envie d’en dire du mal, tant la musique et le cinéma sont deux mondes totalement différents dans l’esprit de beaucoup de gens ! Mais ce serait injuste de ne pas regarder « Yoroï » comme une œuvre à part entière, avec ses défauts et ses qualités. Car le film de David Tomaszweski, qui signe, ici, son premier long-métrage, est certes inégale, mais pas si inintéressant que l’on voudrait nous le faire croire. D’abord parce que la genèse du film remonte à un clip qu’il avait réalisé en 2012, pour le rappeur et qui s’inspirait des Chevaliers du Zodiac, et que l’idée a eut le temps de murir, et chacun de se documenter et de laisser germer pour ensuite se mettre à écrire un scénario en duo dans lequel l’artiste serait en plein burn-out après une tournée harassante et se retrouverait confronté à son moi négatif et à tout ces sentiments qui peuvent pourrir quelqu’un dont la vie prend un tournant radical. Partis de ce postulat de départ le réalisateur et son co-scénariste et acteur principal vont alors s’inspirer de la culture japonaise et particulièrement celle des mangas et de Hayao Myazaki (Mon voisin Totoro).
Et le moins que l’on puisse dire c’est que le scénario est assez malin pour aller réfléchir sur la paternité, l’honnêteté et le rapport au public et aux autres lorsque le succès nous porte au plus haut de l’échelle. Avec un sens du rythme évident, le duo a su tirer une intrigue intéressante, sans être renversante, qui soit la base de ce qui sera ensuite développé dans les textes de chansons du rappeur. C’est à la fois une bonne idée et en même temps un risque assez peu maitrisé par le réalisateur qui s’appuie beaucoup sur le charisme de son acteur principal, mais un peu trop. Car, si Orelsan est un excellent rappeur, côté Cinéma, il reste limité dans son jeu et contente de rejouer le personnage qu’il a créé que ce soit à la télévision, ou même dans son précédent film « Comment c’est loin ».
Pourtant le comédien a donné de sa personne en s’entrainant aux ars martiaux et aux cascades pour que son personnage soit suffisamment crédible. La mise en scène de David Tomaszweski, même si elle manque parfois de souffle, sait prendre le meilleur de ces scènes pour que le film conserve cet univers entre réflexion spirituelle et hommage aux arts japonais. Car, il est tout de même bon de préciser que « Yoroï » est, avant tout un film artisanal. Le générique fut dessiné par le réalisateur lui-même avec des pinceaux, et de la gouache. Le gros chat en peluche que l’on voit dans le film fut conçu par la maman du réalisateur. Tout cela, ajoute à « Yoroï » une sorte de sincérité qui se lit dans chaque plan et qui, malgré ses imperfections, mérite que l’on regarde avec plus de bienveillance ce film, assez hors normes dans sa conception et dans l’objectif d’être une extension d’un clip vieux de 13 ans et en même temps d’un album qui sort un peu avant le film.
Pour conclure, je dirais que « Yoroï » n’est pas une œuvre parfaite, mais la sincérité, le travail et la fraicheur du propos autant que de la mise en scène ne peuvent pas laisser indifférent. Orelsan devra travailler un peu plus son jeu d’acteur et David Tomaszweski la dynamique de sa mise en scène autant que son rapport à son acteur principal. Mais nous passons, tout de même, un excellent moment en visionnant ce film qui rend hommage à la culture japonaise dans bien des aspects et montre dans une certaine mesure, l’envie de la nouvelle génération d’artiste d’aller développer des films de genre souvent boudés par le cinéma français.