« L’homme qui rétrécit », nouvelle adaptation du roman culte de Richard Matheson, nous entraine dans le sillage de Paul, un homme ordinaire, qui partage sa vie entre son entreprise de construction navale, sa femme Elise, et leur fille Mia. Lors d’une sortie en mer, Paul se retrouve confronté à un étrange phénomène météorologique inexpliqué. Dès lors, Paul rétrécit inexorablement, sans que la science ne puisse lui expliquer pourquoi ni lui être d’aucun secours. Quand, par accident, il se retrouve prisonnier dans sa propre cave, et alors qu’il ne mesure plus que quelques centimètres, il va devoir se battre pour survivre dans cet environnement banal devenu périlleux. Lors de cette expérience, Paul va se retrouver confronté à lui-même, à son humanité, et tentera de répondre aux grandes interrogations de l’existence. L’homme qui rétrécit est tout à la fois un récit initiatique et un grand film d’aventure.
Durant toute sa carrière de réalisateur et producteur, Jan Kounen a toujours passer son temps à s’approprier de nouvelles technologies, de nouvelles expériences visuelles ou de nouvelle expériences narratives. Difficile de suivre cet artiste dont la première réalisation fut le cultissime « Doberman » en 1999, Mais dont le parcours lui fit croiser « Blueberry » en 2004, dans lequel il invitait le public à une expérience chamanique, ou encore « Coco Chanel & Igor Stravinsky » (2009). où il s’amusait avec les codes du Biopic. Jamais vraiment là où on l’attend et en même toujours au bon endroit au bon moment. Le réalisateur est un éternel curieux, avide de s’approprier des défis qu’ils soient commercialement viables ou non.
Avec « L’homme qui rétrécit » est donc forcément une nouvelle aventure tout autant qu’une nouvelle expérience à laquelle nous convie le réalisateur. Pour cela il a décidé de collaborer une nouvelle fois avec Jean Dujardin, avec qui il avait travaillé pour le film « 99 Francs » ou sur le projet très controversé « Les Infidèles » en 2012. Très intéressé par le roman de Richard Matheson, c’est l’acteur qui est à l’origine du projet et qui voulait en faire une nouvelle adaptation après celle de Jack Arnold en 1957. Et c’est assez logiquement qu’il s’est tourné vers Jan Kounen pour le réaliser. Les deux hommes ont donc travaillé ensemble à partir du scénario que le réalisateur a signé avec Christophe Deslandes (Le Bal des Folles). Et comme à son habitude le réalisateur a abordé le sujet non pas par le prisme spectaculaire et fantastique comme dans la version de 1957, mais plutôt comme une sorte de métaphore sur la mort, la façon d’aborder sa propre disparition.
Et pour étayer son propos, Kounen va prendre son temps, poser son personnage, les rapports à sa femme, à sa fille, aux choses qui l’entourent, puis à mesure qu’il rétrécit, son rapport aux autres va changer puis se concentrer sur l’inévitable, vivre dans un monde dans lequel il est obligé de s’acclimater en laissant les autres vivre leur vie. La mise en scène de Kounen garde un rythme toujours maitrisé. Et comme le film nous est proposé en deux versions l’une avec une voix off qui vient peut-être assouplir le propos du réalisateur et une sans voix off (Director’s Cut) qui se révèle plus anxiogène, car le spectateur y perd ses repères, nous avons la possibilité de choisir vers quel type de narration nous souhaitons aller, celle qui nous parle le plus.
Pour conclure, je dirais, que Jean Duijardin est certainement l’un de nos plus grands acteurs, qui n’hésite pas à se mettre en danger a chaque rôle pour aller explorer des partitions qu’il n’a pas encore jouer et prouver qu’il en est parfaitement capable. Ici, l’acteur est juste du début à la fin, dans un rôle difficile à tenir, où il faut beaucoup crier, interagir avec des effets spéciaux, imaginer pour bien rendre chaque partie de sa composition. Avec « L’Homme qui rétrécit », Jan Kounen et Jean Dujardin signent, une fois de plus, une œuvre inventive, parfois déroutante par son aspect sombre qui prend le pas sur le côté fantastique privilégiée par la version de 1957. Mais pour peu que l’on se laisse aller à leur invitation les deux hommes nous embarquent dans un film qui se veut plus une réflexion qu’un divertissement.