Au début du XXème siècle, Jules Auguste Duroc, artisan de formation et bricoleur à ses heures perdues, invente une bicyclette révolutionnaire. C'est son beau-frère Lucien Médard qui doit l'expérimenter lors de la course cycliste Paris-San Remo. Un concours de circonstance pousse Duroc à prendre la fuite sur son engin. Il se retrouve sur la ligne de départ de la célèbre course. Les événements vont prendre une tournure que les deux compères n'avaient pas imaginé...
Derrière l’histoire des « Cracks », on retiendra, une chute que fit l’acteur Bourvil, qui l’obligea à faire des examens médicaux qui furent l’occasion pour le comédien de faire analyser un kyste qu’il avait à l’oreille. Les résultats annoncèrent un cancer dont l’acteur décèdera trois ans plus tard, sans jamais cesser de tourner. Mais au-delà de cette douloureuse nouvelle, « Les Cracks » c’est, avant tout, une comédie burlesque qui met en lumière tout le talent comique de Bourvil, immense star qui deux plus tôt triomphait avec « La Grande Vadrouille » de Gérard Oury, qui venait couronner son duo avec Louis de Funès (Le Gendarme de St Tropez). Car dans ce film qui fut l’occasion de parler des origines du Tour De France, Bourvil incarne l’inventeur d’une bicyclette révolutionnaire (qui, contrairement à ce que l’on peut imaginer, est le fruit de véritables recherches de la part du réalisateur et de ses scénaristes Gabriel Arout (Sois Belle et Tais-toi) et Jean Bernard Luc (Hibernatus)), qui est poursuivi par un huissier et va se retrouver malgré lui à participer à la course Paris San Remo.
L’acteur cultive son personnage de gentil, embarqué dans une histoire qui le dépasse. A la fois, drôle, touchant et charismatique, Bourvil fait le show et capte toute l’attention. Lui qui a formé le plus grand duo du cinéma Français avec De Funès, trouve en Claude Hirsch, pourtant plus habitué aux rôles dramatiques, un compagnon de poids dans une farce menée tambour battant par Alex Joffé. Il faut dire que le réalisateur s’amuse à jouer avec tous les codes de la comédie, y compris ceux du cinéma muet. Car avant que Michel Hazanavicius ne vienne donner de nouvelles lettres de noblesses au genre avec « The Artist » (2011), Alex Joffé en 1968, s’était amusé de cette sorte d’hystérie contagieuse qui rendait le genre particulièrement reconnaissable avec des acteurs qui marchait en accéléré et faisaient de grands gestes et ouvraient de grands yeux. Toute la mise en scène va jouer sur ce principe et rendre son ensemble dynamique avec des courses poursuites redoutablement efficace avec un accéléré beaucoup utilisé dans les comédies françaises de l’époque comme dans les tout premier « Gendarme » par exemple.
Mais sous ses airs un peu « fourbis », et son goût pour tout ce qui n’est pas crédible pour le rendre encore plus drôle, « Les Cracks » bénéficie d’un scénario remarquablement travaillé, qui utilise tout ce qui faisait les courses cyclistes de l’époque, avec les différentes techniques, les obstacles, le manque de sécurité sur la route et les stratagèmes qu’utilisèrent certains coureurs pour avancer. Car, tout ce qui se voit à l’écran est inspiré de ce qui était à l’époque et de faits qui se sont réellement passé dans les origines des courses de vélos. Et c’est tout ce qui fait le charme des « Cracks » un scénario qui a su digérer toutes ces informations et les a utilisés de manière intelligente dans une comédie redoutablement drôle et efficace. Cette édition est l’occasion de redécouvrir, au passage, un film d’une drôlerie contagieuse et simple et des acteurs un peu oublié comme Robert Hirsch, mais surtout comme Monique Tarbès avec sa voix pourtant reconnaissable qui a fait les grandes heures de la télévision des années 70-80.