Yosuke, qui a perdu son travail, quitte Tokyo pour se rendre dans la ville portuaire de Noto, où il espère trouver le trésor dont lui a parlé un ami récemment décédé. En arrivant sur place il rencontre Saeko, une jeune femme dont il tombe rapidement amoureux et découvre peu à peu ses secrets...
« De l'eau tiède sous un pont rouge » est le dernier long métrage de Shohei Imamura (double palme d'or). On y retrouve Koji Yakusho et Misa Shimizu, déjà vus dans « L'anguille », dans une fable romantique aux accents philosophiques avec une bande-son qui vous restera dans la tête pendant longtemps. Disparu en 2006 à l’âge de 79 ans, Shôhei Imamura resta un réalisateur prolifique qui incarna à lui tout seul la nouvelle vague, s’amusant de ses sujets les transformants en des œuvres touchantes, parfois drôles, parfois tragique mais toujours avec un sens inné de la narration. Doublement palmé à Cannes en 1986 pour « La Balade de Narayama », dans lequel une vieille femme part pour un périple dont la fin sera sa propre mort, puis en 1997 pour « L’Anguille » où il suit le parcours d’un homme libéré de prison après une peine infligée pour le meurtre de sa femme et qui va devoir à réapprendre à se connecter avec le monde.
Et tout le cinéma de Shôhei Imamura peut se résumer dans ces personnages en marge de la société qui vont, alors partir dans une sorte d’errance qui va bouleverser leurs vies et les faire retrouver une voie perdue et un espoir que l’on ne croyait plus possible. Avec « De L’eau Tiède sou un pont Rouge » son dernier film, le réalisateur s’amuse avec une fable doucement érotique, où un homme en rupture avec la société va partir pour un voyage à la recherche d’un trésor et va y faire la rencontre d’une femme ayant la particularité de se remplis d’eau et de ne pouvoir l’évacuer que par le plaisir celui de la cleptomanie mais surtout celui du sexe. Une particularité qui la met aux bans de la société et la soumet à toutes les rumeurs et envies les plus nauséabondes. La rencontre de ces deux êtres en errances ne pouvait être qu‘inévitable. D’autant que les intentions des deux sont pures et que la fable pour se conclure par le fait que le plus grand trésor de ce pont rouge est cet amour qui finit par unir les deux personnages principaux.
Avec un certain goût pour l’humour et pour l’érotisme sage, le réalisateur parle aussi bien des Femmes fontaines que de l’amour ou de la société nipponnes et ses êtres en errances. A un âge avancé Imamura n’a rien perdu de sa subtilité et chaque plan peut être disséqué afin d’y trouver des sens cachés, mais surtout une précision visuelle et narrative redoutablement efficace qui viennent confirmer, si besoin en était toute la beauté d’une carrière qui n’aura jamais souffert de perte de qualité et su garder une ligne de conduite toujours tournée vers ses personnages et son histoire. Avec sa propre signature, Imamura film les environnements, les acteurs avec la même précision et tous participent à un tableau chaque fois plus captivant et hypnotisant que l’autre.
Et d’ailleurs le duo d’acteurs assez iconoclaste participe à cette œuvre entre fable et comédie où tout semble décalé. Koji Yakusho (Perfect Days), déjà présent dans « L’Anguille » n’est pas, à proprement parlé, l’image que l’on se fait d’un acteur sensuel et captivant par sa beauté. Mais son jeu et sa palette d’émotions, tellement large, rendent son personnage précis et touchant. Misa Shimizu (L’Anguille), autre actrice ayant déjà travaillé avec le maitre, donne une autre dimension à son personnage de femme se remplissant d’eau, avec une fraicheur de jeu et une sorte d’innocence d’une justesse remarquable.