Ils sont trois, amoureux du luxe, des femmes quand elles ne font que passer et de leur liberté...Pierre, Jacques, Michel partagent un luxueux appartement. Stewart, Jacques s'envole pour trois semaines au Japon en laissant un message aux deux autres compères : « ... Un copain déposera un colis et passera le reprendre plus tard... » Quelle stupéfaction lorsque Pierre et Michel se retrouvent « nourrices » d'un bébé déposé dans un couffin au seuil de la porte. Le colis de Jacques ? Sans aucun doute. L'aventure semble se compliquer lorsqu'un second paquet est livré... Ce fâcheux « imprévu », source de malentendus, va bouleverser leur vie. D'hommes libres et insouciants, ils vont devenir des suspects traqués par la police et des pères attentifs et préoccupés !
Le succès d’un film est bien difficile à expliquer, cela peut venir de son sujet, de son acteur principal, de son réalisateur, ou de son sujet. Et hormis les films calibrés pour le succès (qui parfois n’échappent pas à la gamelle), il est difficile de dire qu’un film aura un succès phénoménal, à plus forte raison lorsque le film sort complètement des sentiers battus. Ici, nous sommes en 1985, les codes de la société patriarcale sont encore bien présents. Et la réalisatrice Coline Serreau, qui n’avait que 3 films à son actif, décida de se lancer dans une bataille pour faire exister son film, contre l’avis de bien des producteurs et d’autres intervenants qui jugeaient impensable de faire un film où trois hommes doivent s’occuper d’un bébé, laissé par une compagne de l’un d’eux. Et il faudra le flair, la ténacité et le courage de Jean-François Lepetit, un jeune producteur de l’époque, qui n’avait qu’un seul film à son palmarès : « La Vie de Famille » de Jacques Doillon, pour que le projet de film de Coline Serreau soit lancé.
Et quel flair, le film sera un succès considérable, plus de 9 millions d’entrées en France, il dépassera « E.T. L’extra-Terrestre » et « Les Aventuriers de l’Arche Perdu », ce n’est pas peu dire. Il faut dire, que le scénario de Coline Serreau joue clairement avec les codes de la comédie et s’amuse à inverser les rôles de cette société qui n’a pas encore totalement évolué dans le sens de l’égalité Hommes Femmes et les changements de couches, les biberons et les dents ne sont pas encore associés aux hommes, bien loin de là. Alors, forcément, il y a de quoi rire, il y a de quoi écrire des situations cocasses, mais ce qui fonctionne dans le scénario c’est surtout le juste équilibre entre le bazar et l’attachement. Car, petit à petit, ces hommes, célibataires endurcis, aux règles bien définies vont se prendre au jeu de la charge d’un enfant et abandonner l’insouciance. Et même si l’intrigue des trafiquants de drogues, peut-être jugée superflues, elle participe, en fait à un ensemble qui permet de mieux illustrer l’instinct paternel, protecteur qui commence à naitre chez les trois célibataires. Surtout la réalisatrice ne cherche pas à dénigrer gratuitement les hommes, elle fait preuve d’une affection pour eux, d’ailleurs, mais surtout, elle ouvre une porte qui trouvera une réponse dans le succès en salle, qui est de dire que les hommes aussi peuvent s’occuper des enfants, et même si cela est difficile, ils parviendront à discerner les différents types de lait (L’un des passages les plus savoureux du film !), de biberons ou de couches.
Et puis la réussite du film, réside également dans le choix de la distribution. Car, même si l’on sait que nombre de comédiens ont refusé les rôles, le trio Roland Giraud (Le Provincial), Michel Boujenah (Père et Fils) et André Dussolier (Mon Crime), fonctionne incroyablement bien. Roland Giraud avec un style très britannique nous fait rire autant qu’il nous touche, Boujenah, dans un jeu entre l’homme enfant et le gentil copain plein de bonne volonté, vient apporter une certaine fraicheur à l’ensemble lorsque Dussolier, lui, va apporter toute la noirceur amusante d’un personnage volage et insouciant qui va se retrouver confronter à sa légèreté de penser.