Gunji Sadao sort de prison après 10 ans de détention. Son clan n'existant plus, il décide de réunir à nouveau ses troupes pour tenter leur chance à Okinawa. Mais la pègre locale est déjà bien implantée, et soutenue par les Américains en place.
Il y a un peu plus de 23 ans disparaissait l’un des réalisateurs japonais les plus influents : Kinji Fukasaku. Si son nom ne vous dit pas forcément quelque chose, ses œuvres en revanche sont passées à la postérité, que ce soit sa coréalisation avec Richard Fleisher du film « Tora ! Tora ! Tora ! » en 1970, ou encore son dernier film et énorme succès mondial : « Battle Royal » en 2000. Lorsque l’on parle de réalisateur influent, le mot n’est pas anodin, tant Fukasaku est cité par des réalisateurs comme John Woo (Volte-face) ou Quentin Tranatino (Kill Bill), pour ne citer qu’eux. Le réalisateur s’était fait une spécialité des Yakuza-Eiga (Films sur la mafia Nipponne). L’homme possède, pourtant, une filmographie assez large qui incluse également des films de Science-Fiction et de Samouraï.
En 1971, donc, il réalise l’un des films qui illustrent le mieux le style de Kinji Fukasaku : « Guerre des Gangs à Okinawa », Ici, le héros, membre des Yakuzas sort de prison et décide de se venger tout en cherchant à s’accaparer un secteur complet et y faire fortune avec ses associés. Le code de l’honneur n’est plus au cœur de l’intrigue, il est même, d’une certaine manière régulièrement piétinée, par les protagonistes dont on ne cerne pas toujours les objectifs. Le metteur en scène signe un film radical où la violence est récurrente, spectaculaire et sans concession. Sur un scénario qu’il a signé avec Fumio Konami (La Trilogie Shogun) et Hiro Matsuda (Le Cimetière de la morale), Kinji Fukasaku nous plonge dans un univers sombre à la plastique soigné dans laquelle on pourrait presque voir du Melville, tant tout semble épuré, le moins esthétique possible et en même temps tout répond aux codes du film noir et particulièrement du film de Yakuza.
Et le réalisateur de pouvoir compter sur son acteur principal Koji Tsuruta, qui a déjà travaillé avec Kinji Fukasaku dans « Le Caïd de Yokohama » et qui campe, ici, un personnage énigmatique et sombre qui ne se sépare jamais de ses lunettes noires, comme pour lui donner encore plus de profondeur et de charisme. L’acteur ne fait particulièrement dans la nuance mais son jeu monolithique lui permet de poser son personnage de Yakuza, qui se libère de son code de l’honneur pour assouvir sa vengeance.
En conclusion, « Guerre des Gangs à Okinawa » est une œuvre qui vient redistribuer les cartes du film de Yakuzas et impose un style très naturaliste, où les personnages évoluent dans des décors assez froids, qui noient presque chacun des protagonistes comme pour mieux laisser éclater la radicalité de la violence récurrente et spectaculaire qui fait la singularité du style du réalisateur, dont on retrouvera les inspirations chez des réalisateurs comme Takeshi Kitano (Zatoïchi) ou Takashi Miike (Crows Zero).