Rongé par la solitude, « Frank » se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious, scientifique visionnaire, de lui créer une compagne. Ensemble, ils ressuscitent une jeune femme assassinée, et la fiancée prend vie ! Mais la suite des événements dépasse tout ce que qu’ils auraient pu imaginer : meurtres, possessions, et un couple hors-la-loi qui se retrouve au centre d’un mouvement social radical et débridé, et d’une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse !
« The Bride ! » de Maggie Gyllenhaal (The Dark Knight) n’est pas un film facile à classer. Car pour son deuxième film, la réalisatrice signe une mise en scène faussement déstructurée, gothique et Punk, dans laquelle les personnages évoluent loin des critères habituels du genre. Sur un scénario qu’elle a elle-même signé, Maggie Gyllenhaal transforme le couple de la créature et de sa fiancée en sorte de road movie tragique où ceux qui croisent leur route courent un danger, non pas parce qu’ils sont des monstres, mais parce qu’ils revendiquent, au contraire, un droit d’exister, un droit à la différence qu’on leur refuse. Et puis, à mesure, que l’intrigue se déroule, le point d’intérêt, se décale légèrement, pour se concentrer sur, la fiancée à proprement parler. Alors que par le passé, ce personnage était, le plus souvent, réduit à un faire-valoir du héros, ici, elle est créée, non pas pour un but charnel, mais simplement parce que la créature souhaite avoir quelqu’un avec qui partager son existence et, pourquoi pas, quelqu’un qui le fasse se sentir vivant. Et à travers elle, c’est l’émancipation des femmes, le #Metoo qui traverse les époques.
D’ailleurs la mise en scène de Maggie Gullenhaal va dans ce sens en faisant de son héroïne un mélange de Bonnie Parker, Harley Queen et Cruella. Une esthétique assumée et poussé au maximum, avec une mise en scène qui sort les personnages de leur époque habituelle. Nous ne sommes plus dans le Londres Victorien, mais dans le Chicago des années 30, avec ses excès et ses dérives. Une ville et une époque marquée par le machisme sous toutes ses formes et où les femmes sont reléguées au second plan. Avec la réalisatrice, les limites sont repoussées à mesure que ses héros se créent leur bulle et que le monde ne finisse par graviter autour d’eux. Le docteur Frankenstein n’est plus, mais une autre a prit sa place. Ce n’est plus la Créature qui mène la danse, mais bien la fiancée. Est-ce que cela nuit au film ? Pas du tout, car la réalisatrice est bien décidée à faire de son œuvre une sorte d’hybride comme Sofia Coppola l’avait dans une autre mesure avec « Marie-Antoinette ». L’anachronisme ne vient que planter un peu plus son histoire dans notre époque pour mieux nous désarçonner. Et c’est ce qu’elle parvient à faire avec brio et qui lui a surtout côté sa place au box-office. Mais, on le sait bien, les films culte ont été des bides au box-office, il suffit alors d’être patient pour que « The Bride ! » soit reconnue à sa juste valeur.
D’autant que les prestations de Christian Bale (The Dark Knight) et Jessie Buckley (The Lost Daughter) sont impressionnantes. L’acteur qui aime se grimer, sait également apporter à ses personnages une complexité et une profondeur comme peu d’acteurs savent le faire. Et ici, avec la Créature, il lui apporte une sensibilité et une folie tendre qu’on ne lui connaissait pas. Quant à l’actrice elle s’empare radicalement de l’écran et impose un personnage punk par excellence avec ses excès mais également ses doutes et ses fêlures. Captivante autant que touchante, Jessie Buckley n’interprète pas son personnage elle en est complètement habitée.