Mike Judge ouvre les portes du septième art à ses deux affreux jojos, qui sévissent sur les écrans de TV depuis 1993. Beavis, le blond, et Butt-Head, le brun, sont deux adolescents puceaux qui s'expriment par borborygmes et ricanements agressifs à la libido galopante dont l'obsession dominante est de séduire enfin une première fille. Dans cette histoire, l'occasion va se présenter, mais s'ils vont connaître des aventures rocambolesques, devenir des héros de l'Amérique, être décorés par le Président, ils resteront toujours puceaux.
4 ans après le premier épisode des « Simpson », un an après le premier opus de « Wayne’s World » et 4 années avant « South Park », en 1993, Mike Judge propose à la chaine MTV, une série décalée, volontairement irrévérencieuse, mêlant l’histoire de deux ados complètement idiots et fans de Rock, qui au milieu des épisodes visionneront de vrais clips et feront leurs commentaires, parfois avec un ton acerbe. La série connaît un véritable succès, est interdite aux moins de 14 ans et devient immédiatement culte. La comparaison avec « Les Simpson » et « Wayn’es World » n’est pas anodine, puisque dans ces années 90, bon nombre de films et séries vont mettre en scène de gentils idiots qui vont vivre des aventures plus ou moins réussies, mais vont surtout donner une popularité à des acteurs comme Mike Myers (Austin Powers) ou Sean William Scott (American Pie). Sur le même style d’animation, faussement naïve, que pour « Les Simpson » de Matt Groening, « Beavis et Butt-Head » nous embarque dans les aventures de ces ados qui n’ont que trois passions dans la vie : Regarder la TV, Le Rock (Grunge de préférence) et les filles, avec qui ils aimeraient bien conclure.
Aux vues du succès de la série, Mike Judge s’est donc laissé tenté par un premier long métrage : « Beavis et Butt-Head se font l’Amérique ». A sa sortie le film vola la vedette à la version Live des « 101 Dalmatien », à « Jerry Maguire » s’offrant le meilleur démarrage de toute l’histoire du cinéma américain, du moins pendant une semaine, car il fut détrôné par « Scream » de Wes Craven et un an plus tard par « Titanic » de James Cameron. Mais, est ce que cela en fait un bon film pour autant ? La réponse est plutôt mitigée, car, nous n’allons pas nous mentir le scénario manque cruellement de consistance et repose essentiellement sur les péripéties du duo et leur capacité à prendre les mauvaises décisions surtout s’ils comprennent qu’ils vont pouvoir conclure avec une des femmes de l’aventure. Mais en grattant un peu, on peut découvrir des sujets bien plus subtils et intéressant comme la paranoïa existante et son système de défense qui mettent les forces de l’ordre à cran et les laissent utiliser la violence pour un rien. Critique violente et sans concession de l’Amérique sous Clinton, le scénario en profite également pour égratigner la télévision et son goût du sensationnel qui sert l’audience et hypnotise les masses. Nous sommes en 1966 et la télévision est souvent pointée du doigt comme source première de l’abêtissement de la population américaine.
Cela raisonne forcément à nos oreilles trente années plus tard, car, si la télévision est accusée des mêmes maux, elle est devancée par les réseaux sociaux. Donc, non, « Beavis et Butt-Head se font l’Amérique » n’est pas un film complètement idiot, à l’inverse de ses héros. Il livre un message qui suscite forcément le débat, encore plus maintenant. Côté distribution, le réalisateur Mike Judge conserve son doublage des deux personnages principaux avec leur rire nasal si reconnaissable, mais il est accompagné d’acteurs qui, maintenant réveille en nous la nostalgie de ces années : avec Robert Stack, inoubliable Eliott Ness de la série Les Incorruptibles » dans les années 50, Bruce Willis (Sixième sens), Demi Moore (Ghost) ou encore Greg Kinnear (Pour le Pire et pour le Meilleur). Des voix reconnaissables parmi toutes et des personnages qui ressemblent tellement à ce qui les a fait connaître. Un film pour les amateurs de la série, les néophytes risquent d’être un peu déconcertés par cet humour décalé et un peu idiot.