Pour Edward Wilson, seul témoin du suicide de son père et membre de la Skull and Bones Society à l'Université de Yale, l'honneur et la discrétion sont des valeurs primordiales. Ce sont ces qualités qui poussent la CIA, l'agence gouvernementale qui vient d'être créée, à le recruter. Influencé par l'ambiance paranoïaque que provoque la Guerre Froide dans toute l'agence, Wilson se montre de plus en plus suspicieux. Son pouvoir grandit, mais il a de moins en moins confiance en ceux qui l'entourent... Son obsession du travail va lui coûter cher, l'isolant chaque jour un peu plus de ses proches et de celui qu'il était...
Immense acteur américain, Robert De Niro (Taxi Driver) fut également réalisateur à ses heures perdues. Exercice dans lequel il a excellé, même s’il ne réalisa que deux films en 61 ans de carrière. Le premier « Il Etait une fois le Bronx » en 1993, une adaptation d’une pièce de Chazz Palminteri (Godfather of Harlem) qui revenait sur l’histoire de la communauté Italienne dans le Bronx. Puis il mit 13 ans pour signer ce « Raisons d’Etat » qui nous intéresse. Un film qui nous plonge au cœur d’une CIA naissante et de la paranoïa ambiante qui règne dans le pays et dans l’esprit de ces agents. Et c’est sur un scénario d’Eric Roth (Forrest Gump) que le réalisateur Robert De Niro, avec l’aide de Milt Bearden, un vétéran de l’agence, va donc nous plonger dans les couloirs de cette agence et dans ses méthodes de surveillance.
Le premier choc de cette plongée en apnée dans l’univers de l’espionnage c’est que De Niro ne va pas vouloir réaliser un film qui suive les sacro-saintes du film d’espionnage avec ses scènes d’action, ses gadgets en tout genre et un rythme parfois hystérique. Bien au contraire, il va en prendre totalement le contre-pied et laisser les choses se mettre en place doucement en collant au plus près de son personnage principal. On y voit alors la construction d’un homme, qui, à mesure qu’il prend de l’importance au sein de l’agence, va devenir de plus en plus suspicieux, jusqu’à en devenir complètement paranoïaque. Ici, le scénario ne cherche pas une intrigue plus qu’une autre, il laisse son personnage s’emparer de ses dossiers, de son pouvoir et des moyens mis à sa disposition pour ensuite le laisser se perdre.
Robert De Niro s’est gardé un rôle devant la caméra mais ce sont ses autres personnages qui l’intéressent et notamment celui d’Edward Bell Wilson, joué par un Matt Damon, mutique, très avare de grands mouvements pour mieux exprimer sa rigidité et son enfermement progressif. Le réalisateur ne cherche pas à complexifier son propos mais à garder le plus crédible son héros pour mieux nous entrainer dans une autre image, plus réaliste de ce que fut la CIA dans ses prémices à la fin des années 40 début des années 50. Nous sommes en pleine guerre froide et l’ambiance voulue par le réalisateur se veut glaciale et pour cela les équipes qui ont travaillé sur les décors ont forcé sur les couleurs sombres et les verts bouteilles. Et puis c’est aussi l’occasion de retrouver les vieux amis du réalisateur Chazz Palminteri (Il était une fois le Bronx) et surtout Joe Pesci qui s’étai éloigné des studios depuis « L’arme Fatale 4 » en 1998.
Dans la distribution on retrouve Angelina Jolie (Les Eternels) toujours aussi captivante et magnétique, Billy Crudup (The Morning Show) avec un style qui vient à l’opposé de celui de Damon. Et puis le tout juste Eddie Redmayne (Les Animaux Fantastiques) qui au détour d’une scène impose déjà une certaine qualité de jeu. Robert De Niro signe avec « Raisons D’Etat », un film minutieux qui ne cherche pas le spectaculaire mais plutôt la crédibilité et la qualité de jeu. Un petit bijou à redécouvrir pour lui rendre tout l’honneur qui lui est dû.