Après « La planète des Singes », Tim Burton est presque de retour sur terre avec Big Fish, conte fantastique qui mêle nostalgie et fantasmagories, tout en s’éloignant un peu de la traditionnelle touche sombre et grinçante du cinéaste. Cette édition Blu-Ray éditée par Columbia ne bénéficie hélas pas d’une image des plus impressionnante et, comme c'est souvent le cas en Blu-ray, la section bonus n'est pas auss étoffée qu'en DVD.
Mon père, ce héros
Tout au long de sa vie, William n’a connu de son père Edward Bloom que les péripéties d’une existence embellie de tous les éléments nécessaires à transformer la vie de son géniteur en celle d’un héros de conte imaginaire peuplé d’étranges créatures et d’évènements difficiles à croire. Ce père mythomane au grand cœur avec qui William ne s’entend guère, a pris soin durant toutes ces années de se construire des souvenirs combinant avec génie des faits bien réels avec des éléments dignes d’un conte de fées. Un moyen pour lui de faire face à la tiédeur d’une vie ordinaire en animant les diners de passages de sa vie faussement trépidants, tout véhiculant auprès de son fils le témoignage d’une existence falsifiée.
Une attitude que William déplore, tant l’aura de son père efface sa propre existence aux yeux de tous. Mais aujourd’hui Edward se meurt, atteint d’un cancer. Avant qu’il ne passe à trépas, son fils avec qui il est en froid depuis plusieurs années décide de venir à son chevet, tant pour soutenir son père dans cette épreuve que pour tenter de discerner le vrai du faux parmi les souvenirs d’Edward et connaitre enfin la véritable histoire de sa vie. Trier le bon grain de l’ivraie dans ce mélange de souvenirs imbibés d’imaginaire, voilà l’objectif de William.
A travers de nombreux flashback, Big Fish nous dévoile les grandes étapes de la vie d’Edward, dans leur version abracadabrante, sous la forme de divers tableaux qui donnent l'impression de plonger dans des films aux univers très différents (film de monstre des années 50, film de cirque, etc.), parfois hauts en couleurs, parfois obscurs et inquiétants, parfois comiques et pittoresques. A chaque fois le spectateur s’interroge sur la nature même de ce que devait être la version originale de la vie du patriarche. Tout ceci est-il vraiment le fruit de son imaginaire ? Les siens ont-ils raison de mettre en doute sa version des faits ? Quelle est la part de réalité ? Y en a-t-il une ? Un mystère entretenu par le scénario jusqu’à la toute fin du film.
Ceci nous est conté avec brio par un Tim Burton toujours aussi unique, dont le film Big Fish, s’il ne nécessite aucune exégèse complexe, s’insinue doucement dans l’esprit de l’enfant qui demeure en nous. L’œuvre plus sage et plus classique qu’à l’accoutumée, se révèle pourtant toute aussi intrigante qu’Edward aux mains d’argent, entretenant avec soin la suspicion du spectateur, qui tente en permanence de savoir s’il est sur le chemin de la vérité dans son analyse du récit. Tim Burton évoque finalement avec tendresse la nécessaire part de fantastique que tout père devrait intégrer au récit de sa vie, ne serait-ce que pour maintenir en vie dans les yeux de son enfant, l’image d’un héros indispensable à faire rêver sa progéniture.
Ewan McGregor et Albert Finney réalisent une prestation qui émeut, le premier par son appropriation du personnage d’Edward jeune, naïf et fringuant, le second par son interprétation du vieux Edward fragilisé par la maladie, accusé de tromperie par son fils. Tandis que Jessica Lange, Marion Cotillard et Billy Crudup restent confinés dans des seconds rôles sommes toutes très discrets, Alison Lohman, Steve Buscemi, Dany de Vito, Helena Bonham Carter et le défunt Matthew McGrory (le géant), incarnent tout à fait l’univers irréaliste dépeint par Tim Burton et rayonnent par leu jeu ainsi que leur plastique.
Conclusion
Loin d’être un film à contre courant tel que Mars Attacks, Big Fish s’éloigne également des contes obscurs à l’humour grinçant du Tim Burton des années Edward aux mains d’argent ou encore l’Etrange Noël de Monsieur jack. Tim Burton mêle ici avec son habileté toute spécifique le rire et la nostalgie, la fable et la réalité. Désintellectualisant le film afin de ne pas décortiquer les éléments qui en constituent la magie, le réalisateur nous livre ici un récit volontairement superficiel et léger pour s’adresser directement à la part d’enfant que nous avons tous gardé au fond de notre âme, quitte à sombrer de temps à autre dans une facilité un peu déconcertante pour les fans du magicien du cinéma qui n’en finit pas de nous ravir à grand coup de récit fantastiques aux reflets dramatiques.