Critique subjective
Dans son quotidien, Henry est un anonyme. Ni sympathique ni antipathique, il passe inaperçu au sein d'une société qui l'ignore totalement. Henry cache également une facette de sa personnalité. Il tue. Indifféremment du sexe, de l'âge. C'est pour lui un acte banal, indispensable à son équilibre.
Critique subjective
John McNaughton a ceci de commun avec Tobe Hooper : un premier film réalisé avec très peu de moyens mais qui aura choqué et marqué sans qu'il ne parvienne, dans la suite de sa carrière, à retrouver cet état de grâce momentané. C'est à la faveur d'une commande des plus simples (un petit budget pour un film d'horreur avec une totale liberté d'action) que McNaughton transgressa allégrement le cahier des charges imposé. En effet, pas d’horreur au sens strict du terme dans Henry. Le réalisateur préféra s'attarder sur l'histoire d'un tueur en série bien réel, s'en inspirant librement pour livrer ce qui reste à ce jour comme l'un des films les plus radicaux sur le sujet. Le tueur en série au cinéma est le plus souvent représenté de façon hollywoodienne et irréaliste, rien de tout cela ici. Tout est montré de la façon la plus crue. Format 4/3, image granuleuse, tout est fait pour renforcer l'aspect documentaire et accentuer le malaise auprès du spectateur.
Malgré ses qualités évidentes de réalisation, Henry ne serait rien sans ses acteurs, et à ce titre les trois acteurs principaux (et quasi uniques, le reste n'étant que des rôles courts) sont extraordinaires. Michael Rooker, dans le rôle titre, excelle. Tour à tour charmant et terrifiant il incarne parfaitement cette personnalité psychopathe et manipulatrice dont on ne sais jamais s'il ment ou non, pouvant passer d'un moment où il est calme et poli à une folie meurtrière en l'espace de quelques secondes. Tom Towles et Tracy Arnold, qui n'auront pas eu la même carrière qu'un Rooker qui encore aujourd'hui enchaine les rôles, aussi bien dans les films indépendants, les séries TV ou les blockbusters) sont également excellents.
Le film fit scandale à l'époque de sa sortie et on peut aisément le comprendre. Les personnages sont absolument odieux, leurs meurtres sont montrés hors-champs ou avec très peu d'effets, renforçant leur impact et font montre d'une panoplie de perversions terribles (notamment au détour d'une scène - suggérée - de nécrophilie). On peut dire que le film n'y va pas avec le dos de la cuillère. Le film n'a qu'un fil conducteur assez mince, le but étant de nous faire suivre le quotidien banal - pour lui - de Henry. Le monde dans lequel évolue Henry est également présenté de la plus noire des façons où tout y est misère. Misère sociale, misère financière, misère affective, misère sexuelle, misère intellectuelle. Henry, Otis et Becky habite un appartement crasseux, vivants difficilement de petits boulots dans un quotidien morne. Même si des personnages gravitent autour de lui (Becky, montrée comme l’incarnation de l'innocence naïve, et Otis, suiveur de Henry dans ses crimes), ils ne sont que des compagnons momentanés destinés à être utilisés jusqu'à ce qu'Henry, éternel solitaire, passe à autre chose de la plus radicale des façons. Le film se garde bien de donner la moindre explication (mis à part au détour d'une scène où Henry manipule et change l'histoire selon son interlocuteur) et encore moins une rédemption pour le personnage. Il présente un état de fait, au spectateur d'en tirer ses propres conclusion.
En conclusion
Œuvre dérangeante, Henry : portrait of a serial killer conserve son aura malgré les années qui passent. Loin des clichés inhérents à ce type de film, Henry est un classique du genre et laisse un impact durable sur son spectateur.