Mémoires de nos pères

Flags of our fathers
Sortie: 25/10/2006
Pays: Etats-Unis
Genre: Guerre
Durée: 2h12 Min
 
Réalisateur(s)
Clint Eastwood
Acteurs
Ryan Phillippe
Adam Beach
Jesse Bradford
Critique de Arnaud Weil-Lancry
Comme Jarhead, Mémoires de nos pères jette un regard dur et sans concession sur certains aspects de la « culture » américaine… Un chef d’œuvre de plus pour l’éternel Pistolero d’Hollywood, Clint Eastwood…

L’histoire
Pendant la bataille d’Iwo Jima, cinq marines et un infirmier de la Navy hissent ensemble un drapeau au sommet du mont Suribachi. La photo résultant de cet exploit fera le tour des Etats-Unis, véritable figure emblématique du courage et de la bravoure américaine. Pendant ce temps, 3 des soldats ayant participé au cliché vont parcourir le territoire américain, serrant des poignées de mains et récoltant des fonds pour la poursuite de la guerre…

La critique

Fucking damn’ storyteller…
Tragique dans Mystic River, poétique dans Million dollar baby, héroïque dans Mémoire de nos pères… Impitoyable conteur d’histoire ce Clint Eastwood… Des histoires au scalpel, des histoires au fer rouge, des histoires qui font les grands du cinéma d’aujourd’hui. Sans surprise, Mémoire de nos pères est un chef d’œuvre splendide, un film qui fera date… Encore une fois… Avec cette aptitude qui lui est propre à marier idéalement coeur indépendant et esprit hollywoodien, Clint Eastwood aborde un épisode important de l’histoire américaine : la bataille d’Iwo Jima, en deux films décrivant les points de vue américains et japonais, Mémoires de nos pères, et Lamps Before the wind. Dommage de ne pas avoir conservé le titre américain Flags of our fathers, tellement plus parlant.



Des larmes, du sang, de la honte…
Tellement loin des films de guerre traditionnellement si pourris d’américanisme, Mémoires de nos pères adopte un ton constant on ne peut plus sobre, dont il ne se sépare jamais. Tour à tour film de guerre, drame psychologique, drame politique, le film de Clint Eastwood demeure incroyablement complet, excellant dans tous types de plans que ce soit les séquences de guerre splendidement filmées ou les images du retour au pays, toutes plus chargées en émotion les unes que les autres… Rien n’est laissé au hasard dans ce film de guerre tragique, exposant ces jeunes américains aussi bien aux balles ennemies qu’aux politiciens véreux. Le sort de ces soldats sacrifiés pour un confort psychologique et une patrie ingrate est encore plus impactant au regard de l’actualité, si chargée en erreurs stratégiques et militaires ces dernières années. Clint Eastwood ne force jamais les traits, ne pousse jamais à l’excès, laissant ses acteurs s’exprimer librement devant une caméra qui n’a d’autre vocation que de les magnifier. La reconstitution écoeurante du drapeau rassemble toute la quintessence tragique du film et en ces quelques minutes, le traumatisme et la tristesse de nos trois héros ne donne qu’envie de hurler. Sentiment qui trouvera son climax dans le regard figé de John « Doc » Bradley et les yeux traumatisés de Hira Hayes.




Mémoires de nos pères  ne se contente pas de jeter un regard tragique sur un épisode douloureux de l’histoire américaine, mais met à en lumière la continuelle hypocrisie envahissante d’une certaine catégorie d’individus politisée et économiquement protégée. Le désespoir des laissés pour compte, le malheur des familles abandonnées, la déchéance des soldats sacrifiés sont bouleversants et atteignent le degré d’intensité qui manquait à Jarhead. Cette intensité si cruellement manifestée à l’écran est incroyablement mise en valeur par le trio de cette histoire : Ryan Philippe, Adam Beach et Jesse Bradford. Inévitablement, les émotions si douloureusement traduites à l’écran ne peuvent que renverser le spectateur, précieusement à l’abri dans sa salle de cinéma…

De la projection du dernier film de Clint Eastwood, on sort dans un état de syncope très proche de Million dollar baby : les larmes dans les yeux, le regard perdu, hagard… Plusieurs instants sont logiquement récessaires pour recouvrer ses esprits et pour finalement ne se dire qu’une chose : Putain de film, putain de guerre…

Verdict : 9/10
Encore un film magnifique signé par Clint Eastwood. Et je me permets de préciser que je déteste les films de guerre. Tout l’art d’un créateur de génie : vous faire aimer l’impossible… A voir ne serait-ce que pour la sidérante composition de Adam Beach.
Site officiel: Mémoires de nos pères