L'Illusionniste

The Illusionist
Sortie: 17/01/2007
Pays: Rep. Tchèq
Genre: Fantastique
Durée: 1h50 Min
 
Réalisateur(s)
Neil Burger
Acteurs
Rufus Sewell
Edward Norton
Jessica Biel
Paul Giamatti
Critique de Arnaud Weil-Lancry
Une partition musicale peut-elle incarner à elle seule l’âme d’un film ? L’Illusionniste tente de le prouver… et échoue de très peu à être la merveille qu’il aurait pu être…

L’histoire
Vienne au début du XXème siècle. Un jour surgit l’Illusionniste Eisenheim, dont la notoriété finit par presque dépasser celle du prince héritier Léopold. C’en est trop pour le prétendant au trône qui va chercher à le détruire… D’autant plus que le magicien est épris de sa future épouse, la duchesse Sophie Von Teschen…

La critique

Dans l’ombre du Prestige…
L’IIlusionniste sort dans la foulée du Prestige et risque fort d’en souffrir alors que les deux films, s’ils abordent communément le thème de la magie, n’ont pas grand-chose en commun. Pendant que le film de Christopher Nolan baigne plutôt dans le polar, le film de Neil Burger lorgne du côté du drame fantastique, narrant la vie d’un prestidigitateur de talent qui souhaite conquérir le cœur de la femme qu’il aime, mais qui est promise à un autre. Au-delà du simple réalisateur, Neil Burger a aussi été le scénariste du film, en réalité inspiré du livre de Steven Millhauser, Eisenheim the Illusionist.

Un trio magique…
La réussite de L’illusionniste tient à la présence d’un certain nombre de trios, de trinités parfaitement équilibrées : un ensemble cohérent sur la forme, et un autre lié à ses personnages. L’Illusionniste peut se vanter de jouir d’une plastique quasiment parfaite : à une reconstitution impeccable de l’Europe des années 1900 viennent se greffer une atmosphère proprement unique et une composition musicale étouffante. Neil Burger joue la carte de la sécurité et préfère se fier à des valeurs sûres, notamment grâce à Ngila Dickson, costumière sur le tournage du Dernier Samourai et la trilogie du Seigneur des Anneaux, mais aussi par la présence de Philip Glass, surtout connu pour son travail sur la bande originale de The Truman Show. Pendant presque deux heures, ses mélodies répétitives et lancinantes tarauderont votre esprit qui cherchera sans cesse d’où provient cette mélopée mélancolique et angoissante… de The Hours. Effectivement, Philip Glass ne s’est pas beaucoup foulé en reprenant presque strophe pour strophe sa composition du film de Stephen Daldry. Si l’effet de surprise a disparu, le résultat est toujours efficace, distillant son angoisse à la moindre note, mais surtout cette atmosphère si décalée et mystérieuse qui fera de L’Illusionniste un film véritablement unique, même s’il est loin d’être exempt de défaut.



Le film était presque magique...
L’œuvre de Neil Burger accuse divers défauts regrettables : incohérences dans la trame, irrégularité scénaristique, déséquilibre de certains personnages (notamment Jessica Biel), inutile et inévitablement exaspérant twist final… Et pourtant, la partition de Philip Glass lui permet d’atteindre un niveau de qualité inespéré, portant en elle toute la quintessence mystérieuse de L’Illusionnist, mais aussi sa puissance émotionnelle et introspective. Introspection car même si ce n‘est en réalité nullement le cas, certaines pistes telles que Orange Tree ou Eisenheim disappears donnent complètement l’illusion d’une plongée au cœur de l’âme de ce magicien incroyable qui jongle aussi bien avec l’obscurantisme de ses semblables qu’avec la magie la plus fantastique. L’autre artisan de la magie de ce film tient bien sûr à la présence d’Edward Norton dans le rôle du magicien Eisenheim, dont les tours flirtent avec les frontières du bon sens. L’interprète de Tyler Durden balade sans sourciller son air de chien battu à la recherche de son amour perdu, son regard hagard et fatigué, sa défroque amaigrie et torturée, mais inévitablement romantique. A ses côtés on retrouve des acteurs rares mais extrêmement précieux : Jessica Biel, dont l’utilisation scénaristique est plus que douteuse, le flegmatique Paul Giamatti, et l'énigmatique Rufus Sewell, absolument méconnaissable dans le rôle haïssable du prince héritier Léopold.

Malgré toutes ces qualités artistiques et techniques, L’Illusionniste a du mal à convaincre, laissant une forte sensation d’inachevé, mais aussi de vide, comme si le second film de Neil Burger existait un peu pour rien… Pour une beauté plastique, certes, mais aussi (malheureusement) pour un scénario peu accrocheur et une trame inégale flirtant avec une invraisemblance trop incohérente dans ses dernières minutes. Toutefois, on aurait tort de bouder ce petit film romantique et fantastique qui vaut impérativement la peine d’être visionné pour son ambiance résolument unique.

Verdict : 7/10
Grandement aidé par une partition musicale prégnante et une atmosphère  unique, L’Illusionniste n’est pourtant pas une réussite complète. Quel dommage que Neil Burger soit passé si près du chef d’œuvre… Mais s’agissant d’un second film, on lui concèdera sans problème ce faux pas plus inhérent à des écarts scénaristiques qu’à de réelles maladresses…
Site officiel : L'Illusionniste