Pars vite et reviens tard
Sortie:
24/01/2007
Pays:
France
Genre:
Durée:
1h55 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

Pars vite et reviens tard

par: Sebastien Keromen


C’est pas si souvent qu’on adapte des best-sellers français au cinéma. Ici, l’excellent polar de Fred Vargas se voit adapté par Régis Wargnier. Alors, encore un film qui est loin d’atteindre l’intérêt du livre ou exception ?

Pars vite et reviens tard
France, 2007
Réalisateur
 : Régis Wargnier
Acteurs : José Garcia, Lucas Belvaux, Michel Serrault, Marie Gillain, Olivier Gourmet
Musique de : Patrick Doyle
Adapté du roman de Fred Vargas
Durée : 1h55

L’histoire
Joss Le Guern est crieur sur la place publique. Chacun peut glisser son petit mot et un euro pour qu’il crie sa petite annonce ou message. Depuis quelques jours, certains messages sinistres et mystérieux sont glissés dans l’urne. Pendant que dans certains immeubles, des 4 à l’envers sont peints sur les portes. Qu’annonce tout ceci ?



La critique


On est toujours déçu par une adaptation d’un roman en film. Ici, le matériau de départ, le roman de Fred Vargas, est remarquable. Comme tous ses livres d’ailleurs. Elle arrive à chaque fois à créer une ambiance et un microcosme instantanément passionnant. Pour ça, elle combine trois armes : un style à la fois précis et imagé, mais pas trop lourd ; des personnages tous plus pittoresque et à l’opposé extrême de l’ennuyeux, avec toujours quelques caractéristiques piquantes et surprenantes (que serait Kehlweiler sans son crapaud ?) ; et enfin des enquêtes et intrigues qui ne déméritent pas. Bien sûr, tout cela ne pouvait pas se retrouver au cinéma. Le style bien sûr ne peut que passer à la trappe, pour les personnages c'est toute la difficulté, et l’intrigue ne devrait pas trop souffrir. Voyons donc comme Wargnier s’en est sorti.
On est encore une fois déçu par une adaptation d’un roman en film. Parce que Wargnier a commis deux erreurs. La première, c’est de rater et négliger les personnages. Bien sûr c’était difficile, mais quand même beaucoup de personnages restent tout juste esquissés. Adamsberg est plutôt réussi, en n’oubliant pas que la tâche de rendre au cinéma un homme pour qui tout se passe dans la tête était peu aisée. On évite une voix off, mais pas des espèces de montages en flash-back flous ou plein de grain, censés sans doute nous faire partager sa pensée bouillonnante. Garcia s’en sort pas mal dans ce rôle, même si personnellement je ne le voyais pas trop comme ça, Adamsberg. Grâce à la présence de Serrault, qui nous joue son numéro avec son talent habituel, le rôle de Decambrais est bien développé, et à peu près aussi riche que dans le roman. Mais c’est à peu près tout, les autres personnages sont réduits à des silhouettes ou à des résumés, et la première victime, c’est Danglard. Pourtant Lucas Belvaux pouvait avoir la silhouette de Danglard, mais le dépouiller à ce point de ses traits de caractère, c’est criminel : pas d’érudition, à peine un penchant pour la bouteille, et presque pas d’opposition rationalisme/intuition entre Danglard et le commissaire, c’est à pleurer. Passons sur tous les autres personnages, certains bizarrement modifiés (Le Guern est un ancien acteur, au lieu d’un ancien marin dans le livre, c’est quand même pas la même chose !), la plupart survolés, ce qui fait perdre une bonne partie du charme du microcosme de la pension Decambrais.


Deuxième erreur, et la moins pardonnable
 : Régis Wargnier nous fait une adaptation à l’américaine. C’était bien la dernière chose que je craignais de lui, mais les faits sont là : par rapport au livre, on se paye deux poursuites et une scène de fusillade en plus, à chaque fois sans grand intérêt ni justification par rapport à l’histoire. Et le tout a été adouci pour le grand public : le mobile du crime, il est vrai un peu écœurant dans le livre, a été totalement changé pour quelque chose de moins crasseux. Et, last but not least, le sort réservé au coupable a également été modifié pour être sans doute plus en phase avec la bonne morale, on croit rêver ! Alors que le roman est tout intérieur, le film a décidé de sortir les extérieurs et d’oublier la finesse, à l’image d’une musique, pourtant signée Patrick Doyle, qui souligne inutilement et grossièrement l’action.


Bon, trêve de critiques. Plaçons-nous une seconde hors de la référence au roman initial.
Bon, là, Pars vite et reviens tard est un polar honnête, dont le rythme a un peu de mal à prendre, mais où on ne s’ennuie pas, plutôt bien réalisé et ficelé. A défaut de resserrer son film sur les personnages, le réalisateur en profite pour dépeindre un peu l’ambiance générale en cas d’épidémie, avec paranoïa de bon ton et files d’attentes aux pharmacies. Indépendamment du livre, donc, un film plutôt réussi. Mais vous savez comment je finis toujours ce genre de critique ? Comme ça : si vous avez lu le livre, vous serez déçu par le film, par contre, si vous n’avez pas lu le livre… eh bien lisez-le (et tous les autres Fred Vargas, sur votre lancée) !
 
 


A voir
 : si vous ne savez pas lire et donc n’avez aucune chance de lire le roman plutôt que d’aller voir le film
Le score presque objectif : 7/10 pour le film en soi, 4,5/10 si on le compare au livre
Mon conseil perso (de -3 à +3) : -2, lisez le livre, lisez des livres, relisez tous les Fred Vargas

Sébastien Keromen