La Cité Interdite : pour ou contre

Man cheng jin dai huang jin jia
Sortie: 14/03/2007
Pays: Hong-Kong
Genre: Aventures
Durée: 1h54 Min
 
Réalisateur(s)
Zhang Yimou
Acteurs
Chow Yun-Fat
Gong Li
Critique de Arnaud Weil-Lancry


Désormais habitué des blockbusters de Hong-Kong, Zhang Yimou se viande magistralement avec son dernier film, La Cité Interdite. Chronique d’un ratage stupéfiant.

L’histoire
De retour à la Cité Interdite, l’Empereur reprend sa place entre la reine et ses trois fils. Mais la reine trame une conspiration dans le but de prendre le pouvoir du gigantesque empire…

Site officiel: La Cité Interdite





Pour, par Sébastien Keromen

Zhang Yimou fait des films chinois. Rien de répréhensible, puisque le gars en question est chinois. Après ses deux derniers films traitant de l’histoire et des légendes chinoises, son nouveau film traite de l’histoire chinoise, quoi de plus normal ? Et après un Hero qui a divisé les gens subjugués et ceux qui se sont endormis, et un Secret des poignards volants qui a divisé les gens charmés et ceux qui étaient morts de rire, la Cité interdite peut également diviser. Car Zhang Yimou a encore une fois été au bout de ses principes d’esthétisme, quitte à oublier quelques petits trucs en route, comme le scénario… Mais voyons cela de plus près.
La Cité interdite est le film le plus cher du cinéma chinois à ce jour, et ça se voit. Les décors sont monumentaux, la figuration énorme (je ne sais pas si l’ordinateur a été utilisé pour multiplier les foules, mais en tout cas ça ne se voit pas, et il y a vraiment des dizaines de milliers de personnes à l’écran), les costumes somptueux. Sérieux, si vous en avez marre des films en noir et blanc qui se passent dans la boue avec des gens pauvres, allez voir la Cité interdite, ça fera une moyenne avec bien 20 films de gens pauvres dans la boue. C’est là que certains peuvent commencer à décrocher : tout est tellement riche, coloré, surchargé, qu’on peut trouver ça toc et ridicule. Mais sinon, c’est un émerveillement de tous les moments. Je ne sais pas exactement comment ils ont fait les couloirs du palais, mais on les croirait éclairés à travers des vitraux colorés, c’est superbe.





Et ça parle de quoi ?
Là c’est un peu moins superbe : il faut bien arriver à la moitié du film pour comprendre exactement quelle histoire on veut nous raconter, quels sont les clans en présence. C’est toujours un peu le cas dans les films chinois, mais en attendant ça semble un peu vide. Et quand enfin on voit de quoi il s’agit, on a du mal à être vraiment emballé : juste une lutte de clans, classique, avec quelques secrets qu’on a déjà deviné depuis une demi-heure. Restent les personnages. Les acteurs (des connus aux moins connus) donnent pas mal de caractère à des personnages peut-être un peu unidimensionnels, mais qui ne manquent pas de classe et de destin. C’est donc encore une fois une histoire où peu en réchappent, pleine de trahisons, et où rapidement on n’est plus trop sûr de savoir qui fait quoi, et on attend qu’il reste moins de vivants pour tout comprendre.
En définitive, si ce n’était l’emballage, la Cité interdite ne sortirait pas du lot. Mais voir des armées immenses dans des décors immenses et esthétiques, des murs qui bougent, des nuées de flèches et de lances, de l’or et des couleurs vives, sans oublier des décolletés vertigineux (mais si), c’est quand même du grand et beau spectacle. En conclusion, n’y allez que pour cette mise en scène démesurée, mais n’hésitez pas à y aller uniquement pour cela.

A voir : pour la démesure du film
Le score presque objectif : 7/10
Mon conseil perso (de -3 à +3) : +2, ça reste très impressionnant

Sébastien Keromen





Contre, par Arnaud Weil-Lancry

Wu Xian Pian volants…
Suite aux premiers véritables blockbusters exportables en Europe tels que Stormriders, Zhang Yimou exporta coup sur coup Hero en 2003 et Le Secret des Poignards Volants en 2004. Imparfaits, ces films de Wu Xia Pian (films de cape et d’épée chinois) visaient le grand spectacle à coup de décors somptueux, d’acteur magnifiques et de bandes originales divines composées par Shigeru Umebayashi. La Cité Interdite visait encore au-delà avec sa reconstitution historique, ses décors à la Kurosawa et en tête de gondole les très estimés Chow Yun-Fat et Gong-Li. Et si l’on rajoute un budget de 43 millions de dollars, soit encore plus que Wu Ji, on atteint un niveau de gaspillage rare et un colossal budget (énorme pour le cinéma chinois) balancé aux ordures.

Mais qu’est ce qui se passe… ?
L’histoire à la base n’est pas des plus inintéressantes puisqu’elle se passe au Xème siècle et met en scène divers protagonistes de la cour : entre autres l’Empereur et la reine. On retrouve avec plaisir Chow Yun-Fat dans un rôle quelque peu inédit, celui d’un despote sans cœur, ainsi que Gong-Li, impériale et divine comme à son habitude. Les personnages sont stylés, mais peu charismatiques, les images agréables, sans être exceptionnelles. La linéarité du scénario n’est jamais efficacement coupée par les scènes d’action (une règle de base dans les long-métrages de ce genre cinématographique), les scènes à la limite du ridicule surviennent et le manque de conviction des personnages suinte.



Zhang Yimou se complaît en permanence dans une conception esthétisante de son film et ne capte jamais l’attention de son spectateur. Des décors magnifiques aux costumes extraordinaires de ses acteurs, le réalisateur de Hero ne parvient jamais à retrouver l’intensité émotionnelle et scénaristique de ses deux précédents films. L’opulence des images, la beauté des costumes ne parvient jamais à faire oublier le néant abyssal de l’histoire et l’absence complète d’émotion. Un comble lorsqu’on sait que les valeurs morales et individuelles des protagonistes constituent la base de tout film de Wu Xia Pian. Mais voilà, Zhang Yimou n’est pas Kurosawa et La Cité Interdite marque clairement les limites d’un réalisateur pourtant très doué. Malheureusement, le manque d’intérêt que l’on peu ressentir lors du visionnage finit par complètement prendre l’ascendant sur le reste tout en laissant le spectateur désespéré face à la vacuité du sujet.

Verdict : 5/10
Une terrible déception dans cette Cité Interdite où le faste des paillettes rivalise avec la vacuité du sujet… Mais que sont venus faire Chow Yun-Fat et Gong-Li dans une telle galère ?