The Dark knight rises

par: Sebastien Keromen



Film événement s’il en est, accompagné d’une campagne de publicité jamais vue, le dernier épisode du Batman de Christopher Nolan arrive enfin sur nos écrans. Après l’énorme The Dark knight, pouvait-il faire encore mieux ?

The Dark knight rises
Titre original : The Dark knight rises
USA, 2012
Réalisateur
 : Christopher Nolan
Acteurs : Christian Bale, Tom Hardy, Anne Hathaway, Michael Caine, Gary Oldman, Morgan Freeman, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard, Matthew Modine, Cillian Murphy,
Musique de : Hans Zimmer
Adapté des comics de Bob Kane
Durée : 2h45

L’histoire
Gotham City est une ville sans criminel, depuis la loi Dent que Batman avait rendu possible en s’accusant du meurtre du procureur. Mais un sombre personnage, connu sous le nom de Bane, pourrait bien menacer Gotham et forcer Batman à sortir de sa réserve.




La critique

Je comprends ceux qui ont reçu The Dark knight rises comme un film crépusculaire et introspectif sur la condition de super-héros, sur les choix que chaque homme doit affronter, sur le sacrifice et l’altruisme. Je comprends aussi qu’ils puissent considérer que la nouvelle trilogie Batman est le sommet du film de super-héros, qui ne se concentre pas sur l’action mais sur les états d’âme des super-héros et des super-vilains, leur donnant la profondeur et l’épaisseur qui donne corps à leur combat.




Mais j’espère que ceux-là comprennent également ceux qui trouvent qu’un film de super-héros c’est quand même d’abord des super-héros qui sont super, et pas une bande de gars qui passe son temps à pleurnicher avant d’aller au combat. Et que les combats doivent intégrer tous les super-pouvoirs, et donner plutôt un sentiment de puissance que de pitié. Bien sûr, la trilogie Batman de Christopher Nolan s’adresse plutôt à la première qu’à la seconde catégorie. Mais comme je fais partie de cette seconde catégorie (m’étant bien ennuyé à Batman begins, et reconnaissant des grandes qualités à The Dark knight mais sans en faire un chef d’œuvre), c’est ce point de vue que je vais développer ici. Et avant d’y passer, la seule chose que je peux dire qui devrait mettre d’accord les fans et les moins fans : The Dark knight rises est nettement supérieur à Batman begins, mais sans conteste en-deçà de The Dark knight. Ça vous donne déjà une indication.




Le problème du film, c’est que ce n’est pas un film de super-héros. Plutôt un film de gangsters ou de guerre. Déjà parce qu’aucun Batman n’a aussi peu mis Batman à l’écran. D’accord, on a pas mal de passages avec Bruce Wayne (puisqu’un des thèmes du film est sa décision de reprendre ou non la cape), mais il y a aussi beaucoup beaucoup de scènes sans Batman ni Bruce Wayne. Reste à espérer que les autres personnages sont intéressants. Et là, ça n’engage peut-être que moi, mais la réponse est non. Je suis sans doute resté très attaché aux 2 Batman de Tim Burton, mais je trouve que tous les personnages fonctionnent moins bien dans la nouvelle trilogie. Que ça soit Michael Caine en Alfred, ou Gary Oldman en commissaire Gordon (et pourtant on va en manger, du commissaire Gordon), je n’y crois pas et ils m’ennuient. Bon, à vrai dire, même leur Bruce Wayne m’ennuie, et je n’arrive pas à accrocher à Christian Bale dans ce rôle. Et je ne parle pas seulement de sa voix caverneuse complètement ridicule en Batman, franchement ça m’étonne toujours autant qu’aucun méchant ne lui fasse la remarque. Un peu mieux pour le jeune flic joué par Joseph Gordon-Levitt, qu’on aimerait bien revoir s’il y avait finalement une suite. Sans intérêt pour le personnage de Marion Cotillard, et à peu près pareil pour celui de Morgan Freeman, tous deux étant plus fonctionnels que centrés autour de leur personnalité.




Mais bon, ça n’est peut-être pas grave, dans Batman, ce qui est intéressant, ce sont les méchants. Mais là ça coince encore. À force de vouloir faire des méchants à hauteur humaine, et ben on a des méchants pas très jubilatoires. C’était pourtant un sans-faute dans le précédent, entre un Joker hallucinant et un Two-face terrifiant (et humain, mission réussie pour cette fois). Ici, on a droit à un baraqué sans charisme, et une acrobate en latex sans mystère. Commençons par Bane, hercule masqué sans panache et peu mémorable. Même si Tom Hardy lui prête une carrure et un jeu physique assez impressionnant, et une voix fragile bien modulée, on a du mal à croire que Bane est le méchant principal et qu’il va vraiment pouvoir défoncer Batman. D’un autre côté, comme ce dernier n’est pas très en forme, dans la famille bagarre en hospice, il a sa chance. Et si le côté physique est décevant, que dire de ses motivations et de son caractère, vraiment pas convaincants. Et le film ne prendra que trop peu de temps de nous expliquer d’où viennent sa force et son masque, pas grave, voyez, là, notre super-méchant, c’est juste un gros costaud qui a la rage. J’ai vu mieux. Côté Catwoman… attendez… en fait, c’est simple, ce n’est pas Catwoman mais seulement Selina Kyle. Et avoir des lunettes de soleil qui ressemblent vaguement à des oreilles de chat quand on les remonte sur la tête ne suffit pas. Son personnage est plutôt réussi, en voleuse très douée, qui sait se battre, et ce qu’il faut de cynisme et d’humour, mais manque vraiment le côté surréel qui entoure les personnages de Batman. Pourtant, tout ce qui manque ici on l’avait bien dans le précédent, dommage que ça ait disparu.




Alors reste l’histoire pour remonter tout ça ? Pas tout à fait. Car si elle comporte des bonnes idées et est dans l’ensemble honnête, elle perd aussi pas mal de temps à ne pas avancer, et inclut des clichés qu’on espérait éradiqués des films de cette ambition (au choix : le héros fortement blessé qui en un temps record va retrouver une forme physique qu’aucun homme sur Terre n’aura jamais, le méchant qui décide de ne pas tuer le héros « tout de suite » quand il en a l’occasion, lequel héros essaiera bien sûr d’aller sauver sa dulcinée, pendant que la police attaquera le mauvais camion alors qu’ils étaient sûrs d’avoir le bon, enfin bref, et même un compte à rebours, si). Il faut reconnaître qu’on ne s’ennuie tout de même pas, mais parfois on aurait aimé un peu plus d’inventivité et d’idées dans l’histoire. Côté réalisation, pas d’inquiétude, c’est du tout bon, les scènes d’action sont très lisibles, et sont assez énormes (même si pas si nombreuses). Le design du film est dans la lignée des deux précédents, donc c’est une affaire de goût, avec une Batmobile toujours aussi laide, une Batwing (ou Batcopter, comme vous le sentez) tout aussi moche, seul le Batpod (ou Batcycle ?) est vraiment classe et réussi. Et côté musique, ce n’est pas trop mal mais c’est TROP FORT, je sais pas si Hans Zimmer a composé avec des boules Quiès et a oublié de les enlever pour l’enregistrement, mais faudrait vraiment qu’il descende d’un ton et de 100 décibels.




Mais finissons, comme le film, par la fin, car là ça remonte le niveau. La fin du film, et quand je dis fin elle dure environ 1/2h, est absolument énorme. On a enfin de la grosse action avec tous les accessoires qui vont bien, et ce n’est pas aux dépens de l’histoire qui aligne enfin quelques bonnes idées. Un final qui vaut le déplacement à lui seul. Bien sûr, pas besoin de convaincre les fans des deux premiers d’aller voir la conclusion de la trilogie, mais pour les autres, ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas venus pour rien. Après ça, c’est juste une question de choisir son camp en termes de film de super-héros : Batman ou Avengers ?

A voir : pour ceux qui ont aimé les précédents, et pour le final
Le score presque objectif : 7,5/10
Mon conseil perso (de -3 à +3) : +2, quand même il y a de bonnes chances que vous y trouviez des trucs qui vont plairont, et plus si affinités

Sébastien Keromen