Batman V Superman : l’aube de la justice

Batman V Superman: dawn of justice
Sortie: 23/03/2016
Pays: USA
Genre: Fantastique
Durée: 2h35 Min
 
Réalisateur(s)
Zack Snyder
Acteurs
Jeremy Irons
Kevin Costner
Diane Lane
Ben Affleck
Laurence Fishburne
Holly Hunter
Jesse Eisenberg
Amy Adams
Henry Cavill
Gal Gadot
Michael Shannon

Batman V Superman : l’aube de la justice

Verdict: Moyen

par: Sebastien Keromen

Putain. Superman et Batman dans le même film. C’est comme Sonic et Mario dans le même jeu. Si on nous avait dit ça il y a 10 ans, on n’y aurait pas cru. Et si on avait dit au gars d’il y a 10 ans qu’ils avaient réussi à foirer le bousin, il n’y aurait pas cru non plus.

Batman V Superman : l’aube de la justice
Titre original : Batman V Superman: dawn of justice
USA, 2016
Réalisateur
 : Zack Snyder
Acteurs : Ben Affleck, Henry Cavill, Jesse Eisenberg, Gal Gadot, Amy Adams, Diane Lane, Laurence Fishburne, Jeremy Irons, Holly Hunter, Kevin Costner, Michael Shannon
Musique de : Hans Zimmer & Junkie XL
Adapté de comics de DC Comics écrits par plein de gens de DC Comics
Durée : 2h35

L’histoire
Bruce Wayne a assisté à la destruction de Metropolis lors de l’affrontement de Superman et Zod. Craignant que sa puissance ne soit pas toujours au service de l’humanité, il décide de l’affronter. Pendant ce temps, Lex Luthor fomente des tas de trucs qui s’avèreront sans doute diaboliques.



La critique

Vous attendiez Batman V Superman ? (c’est quoi ce « V » tout perdu dans le titre ? pourquoi pas « vs » ou « contre » ? bizarre) Vous allez être déçus. Je ne sais pas ce que vous en attendiez, mais dans tous les cas vous allez être déçus.
Vous vouliez un gros film de super-héros bourrin ? Vous allez être déçus. Car après Man of steel et sa destruction massive de ville, les scénaristes ont dû essayer de tout faire pour que les personnages et le film ne paraissent pas bêtement bourrins, d’où des tunnels de gens qui parlent, de héros qui se concentrent et réfléchissent, de personnages secondaires qui essaient d’ajouter des sous-intrigues. Et au final, à part une scène d’action qui paraît tournée dans une maison de retraite tellement elle est molle (dans le rêve de Batman), il vous faudra attendre la dernière demi-heure du film (donc après deux heures) pour avoir enfin de l’action. Bon, d’accord, finalement c’est une scène d’action assez bourrine, même si plutôt moche. Mais attendrez-vous vraiment tout ce temps ?
Vous vouliez un film de super-héros sombres et avec des motivations profondes ? Vous allez être déçus. Cela semble pourtant être un des buts avoués du film, dans la lignée des Batman de Nolan. Sauf que filmer en gros plans des mâchoires serrées et des sourcils froncés ne suffit pas à donner de la profondeur aux personnages. La platée de dialogues des héros est au mieux vide d’intérêt et de pertinence, au pire absconse et incompréhensible. La montée de l’antagonisme entre Batman et Superman est assez plate et pas toujours vraiment plausible, et leur réconciliation (n’allez pas me faire croire que vous ne vous y attendiez pas) est aussi soudaine que peu crédible, et déclenchée uniquement par une coïncidence pitoyable. Rien à sauver de ce côté-là.



Vous espériez qu’on allait vous épargner les origines de Batman ? Vous allez être déçus. Dès le générique du début, vous allez pouvoir re-re-re-re-re-re-re-assister à l’assassinat de ses parents devant le cinéma, sérieusement il y a encore des gens sur Terre qui ignorent d’où il vient ? Et pour faire pire, ça enchaîne avec la chute dans la grotte avec les chauves-souris, pour finir (parce que c’est un rêve) par les chauves-souris qui volent en cercle autour de Bruce Wayne, le faisant léviter hors du trou. Ça c’est juste les cinq premières minutes, et c’était un mauvais présage…
Vous vouliez voir comment Batman peut tenir tête à Superman ? Vous allez être un peu déçus. Bon, d’accord, leur affrontement reste à peu près crédible, même si on se dit que s’il l’avait vraiment voulu, Superman aurait pu lui coller sa race dès les deux premières secondes et c’était fini. Mais bon, ça s’équilibre un peu, entre un Ben Affleck qui semble tout de même encore un peu jeunot pour faire un Batman crédible (mais ça n’engage que moi), et Henry Cavill et son charisme d’huître. Tiens, aussi, c’est peut-être pour ça qu’on se fout un peu de cet affrontement… Ah si, quand même, une bonne idée pour Batman, après la voix caverneuse ridicule de Christian Bale. Ici, c’est un dispositif sonore qui modifie sa voix. Donc moins ridicule. Toujours ça de pris.
Vous vouliez voir Wonder Woman en pleine action ? Bon, pour le coup vous serez pas déçus. Je pense que les images vous avaient déjà mis la puce à l’oreille : Gal Gadot est mortelle et superbe dans le rôle, que ça soit à la ville ou en tenue d’amazone. Même si on n’aurait pas été contre un rôle un peu plus conséquent, on est loin de l’apparition furtive, et elle a une part active dans la dernière demi-heure de film. Mais pour voir Wonder Woman, plutôt que ce film, ne vaut-il pas mieux attendre son film à elle ?



Vous vouliez un film avec une esthétique travaillée et une ambiance unique ? Vous allez l’avoir, mais ça ne veut pas dire que vous n’allez pas être déçus. On sait que Zack Snyder est en général irréprochable sur cet aspect, et c’est ici encore prépondérant : toutes les images sont étudiées et superbes, le film comporte peu de couleurs, peu de lumières… Oui, en fait, il est presque en noir et blanc, ou même plutôt en noir et gris foncé. Et on arrive au problème majeur de cette esthétique : trop souvent, on ne voit rien ! Dès que le montage s’accélère un peu, on n’arrive plus à suivre. Non pas parce que le montage est trop cut, j’ai déjà vu des films avec un montage plus nerveux qui restaient lisibles. Mais parce que les plans sont tellement sombres que le temps qu’on réalise ce qu’on voit, c’est trop tard. Et comme parfois les points de vue changent très rapidement (lors d’une poursuite – pas très rapide pourtant – en voiture, on passe d’un plan large à un gros plan sur le visage du conducteur, donc dos à la poursuite, puis sur un plan vu de ce conducteur, donc vu dans l’autre sens), on n’arrive pas assez vite à analyser ce que montre exactement cette image noir avec une tache grise (ou le contraire). Ce qui fait qu’on peine souvent à suivre ce qui se passe. Et comme les dialogues sont également difficiles à suivre, et certaines ellipses trop brusques pour qu’on comprenne tout de suite le lien entre deux scènes, on a parfois l’impression d’une expérience surréaliste où on ne suit plus rien.
Vous vouliez une chouette musique de super-héros ? Bon, d’accord, c’est bien parce que c’est vous. Et que c’est Hans Zimmer qui fait de son mieux pour dynamiser le film. Sauf que parfois, il n’y a que lui qui y croit. Après une musique un peu contemplative sur des images contemplatives, arrive un thème guerrier avec tous les cuivres, on se dit qu’enfin il va se passer quelque chose, une bagarre, l’armée, ouais la musique continue à nous chauffer, ça va être grandiose, ça va être Wonder Woman, ça va être un énorme méchant, ça va être les Avengers même, la musique nous chauffe tellement qu’on croit à tout. Et en fait rien, c’est toujours les images contemplatives. Il n’y a qu’à la fin, pendant le grand combat, que la musique trouve sa place, avec énergie et talent (superbe thème à l’arrivée – enfin – de Wonder Woman).
Vous êtes fan de Jeremy Irons ? Ben en fait, bonne pioche. Après avoir été déçu par Michael Caine en Alfred dans les Batman de Nolan, je pensais que Jeremy Irons était encore une pire idée, un acteur trop grand pour ce rôle. Que j’étais sot. Car c’est un si grand acteur qu’il sait se glisser dans un second rôle en le valorisant mais sans lui donner une importance dépassant son rôle. Et j’ai adoré Jeremy Irons en Alfred. Profitez-en, c’est la seule fois où j’écris le verbe « adorer » dans cette critique.
Vous espériez un gros film plein d’effets spéciaux ? Vous allez être déçus. Parce que finalement les effets spéciaux sont plutôt réussis, sans excès, pour la plupart mais juste passables pour certains. Notamment les envols et atterrissages de Superman. Alors qu’ils sont parfaitement réussis dans la série Supergirl, donc avec un budget télé et non ciné, et une frêle jeune femme, les décollages et atterrissages de Superman dans le film sont mous et vagues. Hallucinant. Et finalement, à part la dernière demi-heure, les effets spéciaux sont en retrait et pas trop impressionnants.



Vous kiffez les méchants trop stylés et dangereux ? Vous allez être déçus. Encore plus déçus que tous les déçus ci-déçus (ou approchant). Car d’abord il y a Lex Luthor. Ou plutôt il y a Jesse Eisenberg. Ou plutôt il y a une caricature de Jesse Eisenberg pour jouer Luthor. Enfin bon, un truc qui ne ressemble à rien, ne fait jamais peur (sauf dans l’expression « Jouer aussi mal, ça fait peur »), dont on ne comprend pas le début d’une motivation, dont aucun dialogue ne fait sens, et qui plombe toutes les scènes où il joue. Pour vous rabattre, vous avez le gros monstre méchant (je n’en dis pas plus, mais bon, de toute façon il est dans la bande-annonce), bien animé mais moche et sans intérêt, et qui est là uniquement pour la baston parce que Luthor ne tiendrait même pas la poignée de main avant le combat contre le trio de héros.
Vous vous disiez qu’avec Batman et Superman, on pouvait concocter un scénario riche et complexe ? Vous allez être déçus. Le film part pourtant en posant des questions qui pourraient être intéressantes. Doit-on laisser Superman faire à sa guise, au risque que certains pâtissent de ses actions (oui, ça rappelle les Indestructibles) ? Doit-on laisser quelqu’un qui fait la justice lui-même (Batman) libre de ses mouvements, s’il dérive vers des méthodes répréhensibles ? Et pour répondre à cela, on va discuter, encore et encore, des journalistes, des politiques, l’homme de la rue, des lobbies, des fois ça ressemble plus à Public Sénat qu’à un film de super-héros. À côté de ça, Luthor fomente de tas de trucs sans trop de liens entre eux, sans qu’on sache trop comment il sait ce qu’il doit faire. Et après 1h30 de discussion, d’enquête molle, de gens qui savent d’un seul coup des identités secrètes sans qu’on sache trop d’où, et de tentatives d’intimidation à coup de gros yeux, on va enfin avoir Batman et Superman qui vont se mettre sur la gueule mollement. Et puis la dernière grosse demi-heure de baston où on se fout complètement de tout le reste du scénario, pour aboutir à une fin foncièrement malhonnête. Donc déçus. CQFD.
Vous pensiez que le film était un événement ? Vous allez être déçus. C’est sans doute un événement, mais pas pour le spectateur. J’ai l’impression d’un film qui s’est trompé de but, à vouloir éviter le fun à tout prix pour se démarquer de Marvel, et qui en plus a échoué à atteindre le but erroné qu’il s’était fixé. Ce qui donne un pensum où on désespère pendant 2h qu’il se passe enfin quelque chose de cohérent, compréhensible et intéressant, avant de vaguement profiter de la grosse baston finale en débranchant son cerveau. Et dès qu’on le rebranche en sortant de la salle, on peut commencer à essayer, d’une part, de se remémorer tous les trucs qui n’ont aucun sens dans le film (qui en avaient peut-être avant de raccourcir le film, ou qui n’en auront peut-être qu’avec la suite, ou peut-être jamais), et, d’autre part, de noter toutes les erreurs du film, ses trous de scénario, ses héros peu inspirés et peu inspirants, ses sous-intrigues et personnages secondaires dispensables, ses tunnels d’images fixes au ralenti (l’un n’empêche pas l’autre) qui faisaient si bien dans la bande annonce mais anesthésient le spectateur dans le film… Finalement, le film avait de quoi produire une superbe bande-annonce. Donc de quoi faire pour 2min30, mais pas 2h30.
Par contre, le logo Batman+Superman est super. Voilà. C’est bien pour finir sur une note positive.

À voir : si vous voulez voir comment a pu être raté une telle ambition
Le score presque objectif : 5/10
Mon conseil perso : ça peut être aussi très drôle si on commence à essayer de chercher tout ce qui cloche. Mais c’est la seule possibilité

Sébastien Keromen