Bohemian Rhapsody

Sortie: 27/10/2018
Pays: USA
Genre: Biopic
Durée: 135 Min
 
Réalisateur(s)
Bryan Singer
Dexter Fletcher
Acteurs
Mike Myers
Aidan Gillen
Joseph Mazzello
Rami Malek
Allen Leech
Lucy Boynton
Aaron Mccusker
Gwilyn Lee
Ben Hardy
Critique de Emmanuel Galais
Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.

S’il y a un film événement cette année, c’est bien « Bohemian Rhapsody ». Un film qui retrace la carrière fulgurante et intergénérationellement marquante du groupe Queen. Et plus particulièrement à travers son chanteur Freddie Mercury, personnage fantasque, charismatique et pourtant si complexe, qu’il fallait bien un film pour en saisir une bonne partie de ses nuances et de ses paradoxes. Car le bonhomme était très loin d’être abordable de façon linéaire. Sensible à l’extrême, extraverti et provocateur, Excentrique et pourtant si en lien avec les besoins d’un public chaque fois plus nombreux, Freddie Mercury n’en fut pas moins un homme souffrant terriblement de sa solitude. Complexé par des cheveux et par ses dents, tout autant que par sa sexualité qu’il mit beaucoup de temps à assumer, il n’en demeura pas moins, comme il se nommait lui-même : Une Drama Queen.

Rarement un groupe n’aura autant fusionner avec son chanteur. Chaque membre participait à l’élaboration des morceaux, mais l’impact de Brian May et surtout de Freddie Mercury fut déterminant dans la percée du groupe. Et même si Roger Taylor ou encore John Deacon, dernier arrivé dans le groupe, participèrent au succès du groupe, le charismatique chanteur n’en fut pas moins le porte-parole haut en couleur et jamais avare d’une ou deux provocations. C’est le sida qui viendra mettre un point final à l’aventure en 1991. Car Mercury, sous l’emprise de Paul Prenter, dont les membres survivants continuent à en faire un portrait au vitriol dans les médias ou dans les documentaires, se laissera aller à une vie personnelle faite d’insouciance, d’inconscience, où le sexe et la drogue vinrent mettre en danger la vie de l’artiste.

« Queen », ce sera avant tout des morceaux internationalement célèbres, marqués dans le marbre du temps et du rock comme « Bohemian Rhapsody », « The show must go on », « We Will Rock you » ou encore « We are the Champions » et bien d’autres. Alors pour réaliser un biopic sur un personnage aussi complexe que Freddie Mercury, il fallait quelqu’un qui sache ne pas se laisser aller aux cahiers des charges d’un studio Hollywoodien frileux, un réalisateur qui sache prendre des risques et ne pas flancher sous le poids de la pression. Et c’est donc à Bryan Singer (X-Men) que fut confié la tâche de mettre en lumière cette vie remarquable de sensibilité, de succès mais aussi de solitude. Seulement la collaboration ne fut pas aussi fructueuse que l’on pouvait l’espérer. Le réalisateur noyé par des problèmes personnels et de santé fut viré deux semaines avant la fin du tournage et fut remplacé par Dexter Fletcher (Eddie The Eagle). Et le résultat est à la hauteur de la démesure du personnage. Et même si l’on peut reprocher au film de survoler en permanence, sans jamais réellement entrer dans le vif du sujet, il n’en demeure pas moins une réussite de sensibilité de pudeur. 

Alors que les autres membres du groupe avaient objecté, lors de la présentation du projet de biopic, qu’ils avaient autant d’importance dans le succès de Queen que leur illustre et regretté chanteur, le film montre un chanteur tout en paradoxes, parfois dure, mais toujours conscient que Freddie Mercury et les autres membres du groupe ne font qu’un, ou plutôt « Queen ». Et c’est certainement pour cela que le film fonctionne, car il compense ses faiblesses (ne jamais rentrer réellement dans les traumas de Mercury) en relatant avec maladresse parfois, mais avec une efficacité évidente cette aventure incroyable et fulgurante que fut celle du groupe « Queen ». Brian May, Roger Taylor et Steve Deacon apparaissent comme les pierres angulaires de la vie du chanteur. Et si le scénario se tisse comme un biopic assez basique, ce sont les petites touches d’humour et la mise en scène de Singer et Fletcher qui vient faire la différence. Virtuose dans les scènes de concert et particulièrement dans celle de la reproduction du concert Humanitaire « Live Aid », où la caméra plonge et survole un public soudainement réveillé par un groupe en plein retour qui vole la vedette à toutes les autres stars du moment. 

Mais évidemment la plus grande réussite du film revient à la distribution, à commencer par Rami Maleck (Mr Robot) impressionnant de précision dans une composition toute en nuance et en subtilité. Il parvient à donner au personnage de Freddie Mercury toute la profondeur qu’il méritait sans pour autant se départir d’une gestuelle, scénique et personnelle. Face à lui, Gwilym Lee (The tourist) en Brian May, Ben Hardy (X-Men Apocalypse) en Roger Taylor et  Joseph Mazzelo (Elementary) en John Deacon viennent compléter un casting qui joue clairement la carte des sosies, tant les ressemblances sont flagrantes et les compositions précises.

Enfin et pour conclure, « Bohemian Rhapsody » n’est pas totalement à la hauteur de l’ensemble des attentes, mais il a le mérite de mettre en lumière toutes les nuances du personnage Freddie Mercury sans sombrer dans la caricature d’usage et évite ainsi le piège du biopic sans saveur. En ressort un film prenant et émouvant qui touchera les fans comme les néophytes, tout en rendant justice à la musique inventive et visionnaire du groupe qui, encore maintenant parvient à toucher le cœur de l’auditoire, dés lors que commencent les notes de « Bohemian Rhapsody » ou encore « The Show Must Go on ». Ici les textes prennent soudainement une autre saveur et il est difficile de retenir ses larmes tant la profondeur et la mélancolie apparaissent au grand jour. Et puis un film qui donne envie irrémédiablement de replonger dans la musique ou dans les dvd de concert du groupe est forcément une réussite.