Aladdin

Sortie: 22/05/2019
Pays: USA
Genre: Aventures
Durée: 129 Min
 
Réalisateur(s)
Guy Ritchie
Acteurs
Will Smith
Mena Massoud
Naomi Scott
Marwan Kenzari
Critique de Emmanuel Galais
Quand un charmant garçon des rues du nom d’Aladdin cherche à conquérir le cœur de la belle, énigmatique et fougueuse princesse Jasmine, il fait appel au tout puissant Génie, le seul qui puisse lui permettre de réaliser trois vœux, dont celui de devenir le prince Ali pour mieux accéder au palais…

Après « Dumbo » et en attendant « Le Roi Lion » en Juillet et « Maléfique : Le pouvoir du Mal » en Octobre, Disney sort « Aladdin » sous la direction de Guy Ritchie (Sherlock Holmes) et avec Will Smith dans le rôle du Génie. Et dès le départ ce film suscite des inquiétudes. D'abord parce que Disney a très peu communiqué sur le film, si ce n'est Will Smith qui a fait le déplacement seul, pas ou très peu de Guy Ritchie en vue. Une présence discrète dans les panneaux publicitaires ou à la télévision, un parc à thème qui communique sur « Le Roi Lion » mais pas plus, et une horde de fans réseaux socialisés qui lancèrent une bronca contre Will Smith jugé, avant même d'avoir vu une bande annonce ou même le film, injuste dans le rôle tenue par Robin Williams dans le film d'animation. Du coup deux questions se posent : Est-ce que sous la pression des fans, Disney a sabordé la promo au profit du Roi Lion ? Ou alors est ce que le film manque tellement de consistance que le studio n'y croit pas ? Tout cela vient alimenter une crainte somme toute légitime dans le cœur des spectateurs désireux de découvrir en Live un film qui promettait bien des surprises.

Il faut dire qu'Aladdin est avant tout un film emblématique dans l'univers du studio Disney, puisqu'il est le troisième gros succès, qui sonnait le réveil de « la belle endormie » comme était appelé le studio Disney a la fin des années 80 après plusieurs échecs cuisants. Il fallut l'arrivée d'une équipe formée de Michael Eisner, Frank Wells et surtout Jeffrey Katzenberg qui imposa un rythme et une ligne de conduite aux animateurs qui donnèrent naissance à « La Petite Sirène », « La Belle et la Bête » et bien sûr à « Aladdin ». Avec un sens de l'humour débridé, la réalisation somptueuse du duo John Muskers et Ron Clements, et bien sur la musique d'Alan Menken sur des paroles d’Howard Ashman et Tim Rice. Le dessin animé confirma les bonnes décisions prises par l'équipe dirigeante. Du coup annoncer une version Live sous la direction de Guy Ritchie ne pouvait que susciter l'excitation.

Et le résultat s’il est flamboyant et bourré de bonnes idées, qui viennent tordre le cou des mauvaises langues, il reste un film en demi-teinte, notamment par la faute d’un début de film un peu laborieux qui nous laisse un peu froid, y compris lorsque Aladdin entame la chanson « One Jump » (« Je vole » en français). En demi-teinte, parce que l’introduction semble hésitante, avec une réorchestration du montage d’origine dans lequel la rencontre entre le héros et Jasmine, se fait dans les premières minutes du film. Une seconde occasion pour le réalisateur de nous dire que son « Aladdin » ne sera pas une copie à l’identique du dessin animé de 1993, la première étant l’ouverture du film, qui met d’office Will Smith au cœur de l’histoire.

Alors, d’ailleurs, commençons par les bonnes nouvelles et particulièrement celle qui soulevait bien des mécontentements : Will Smith en génie. Nous le savons, le Génie est LA star du film (avec Jafar aussi mais nous y reviendrons plus tard !) et le rôle est tellement associé à Robin Williams que l’on peut logiquement s’inquiéter qu’un acteur comme Will Smith, que l’on sait amateur de rôles le plaçant au centre de l’intrigue, s’empare de celui du Génie (D’autant que beaucoup le rendent responsable du ratage de « Suicide Squad », à cause de cela !). Et bien mettons les choses au clair tout de suite : Will Smith est le digne successeur de Robin Williams. Ce dernier peut se reposer sur ses deux oreilles, là où il est, sur son petit nuage, duquel il devait regarder, d’un œil goguenard, la prestation de son remplaçant ! Car même si l’acteur de « Indépendance day » en fait parfois des caisses, cela va toujours dans le sens du personnage, décalé, électrique et sensible en même temps. Will Smith s’amuse et amuse la galerie, il met en valeur ses talents de danseur, de chanteur et d’acteur pour tenir la barre de ce rôle exigeant qui ne peut souffrir la moindre baisse de régime. 

Côté mise en scène également, si Guy Ritchie s’est révélé plus inventif, ici il déçoit un peu par une mise en scène trop académique parfois dans le traitement de l’histoire avec une caméra qui tourne autour d’un dialogue amoureux, pas forcément très à l’aise, ou encore lors de la confrontation finale avec Jafar. Guy Ritchie semble avoir laissé trop de liberté aux acteurs, qui perdent ainsi leurs repères et ne sont pas forcément très concluant. En revanche, le réalisateur sait comme personne mettre de l’énergie dans le film. Ainsi la course d’Aladdin sur « One Jump (Je Vole) » est absolument remarquable avec des péripéties de l’acteur Mena Massoud (Jack Ryan) impressionnantes autant que surprenantes. La scène est à couper le souffle, car le réalisateur utilise les ralentis et les accélérés pour donner un aspect film muet avec une subtilité renversante. Tout comme les scènes musicales à l’instar du bal dans le palais ou le final qui semblent tout droit sortis d’une production Bollywood, c’est beau, c’est coloré c’est enivrant pour ne pas dire enfiévrant. Et pour finir, il serait, bien sûr, injuste de ne pas parler de la chanson « Prince Ali » dont la mise en scène rivalise de somptuosité avec les plus grands péplums de l’âge d’or d’Hollywood. Avec plus de 250 danseurs et 200 figurants, la scène est impressionnante et emporte le public jusqu’à la dernière note, au point que l’on en redemande encore.

Dans le rayon des mauvais points, on pourra parler d’une distribution assez maladroite, la palme du gadin revenant à l’acteur Marwan Kenzari (Le Crime de l’Orient Express) qui incarne un Jafar bien peu charismatique.  Alors que dans le dessin animé, le personnage était dessiné comme un serpent avec une finesse de traitement qui l’a fait entrer dans le Panthéon des plus grands méchants du studio juste derrière Maléfique et avant Cruela d’Enfer, ici, le personnage manque de profondeur et de relief, pour en devenir presque insipide.

En conclusion, « Aladdin » est une version Live de belle qualité qui souffre tout de même d’une mise en scène qui ne parvient pas à réellement se réinventer, particulièrement dans les scènes de dialogues. Les acteurs, à l’exception de Will Smith, ne semblent pas donner le meilleur d’eux et cela dessine des personnages imparfaits. Pourtant, nous en prenons plein les yeux et pleins les oreilles en faisant fi de toutes ces imperfections, puisque la musique d’Alan Menken et les textes d’Howard Ashman et Tim Rice continuent de fonctionner. Et puis finalement, c’est tout le talent de Guy Ritchie que de souffler le chaud et le froid dans ses créations. Du coup allez voir « Aladdin » en famille c’est un excellent divertissement !