Music Of My Life

Blinded By The Light
Sortie: 04/09/2019
Pays: GB
Genre: Comédie
Durée: 117 Min
 
Réalisateur(s)
Gurinder Chadha
Acteurs
Hayley Atwell
Viveik Kalra
Kulvinder Ghir
Meera Ganatra
Aaron Phagura
Dean-Charles Chapman
Critique de Emmanuel Galais
1987, Angleterre. Javed, adolescent d’origine pakistanaise, grandit à Luton, une petite ville qui n’échappe pas à un difficile climat social. Il se réfugie dans l’écriture pour échapper au racisme et au destin que son père, très conservateur, imagine pour lui.  Mais sa vie va être bouleversée le jour où l’un de ses camarades lui fait découvrir l’univers de Bruce Springsteen. Il est frappé par les paroles des chansons qui décrivent exactement ce qu’il ressent. Javed va alors apprendre à comprendre sa famille et trouver sa propre voie...

Nous pourrions être tenté de dire qu’après Freddie Mercury et The Queen dans « Bohemian Rhapsody », puis après Elton John et son « Rocketman », voici Bruce Springsteen et « Music of my life », ou le mieux nommé en VO « Blinded by the Light », titre d’un morceau de son premier album : « Greetings form Asbury Park, NJ ». Sauf que ce film n’est pas une biographie, du moins pas celle du « Boss » ! Inspiré, tout de même d’une histoire vraie, celle de Sarfraz Manzoor, journaliste et auteur d’une autobiographie au titre évocateur : « Greetings from Bury Park », dans lequel il raconte son adolescence dans la petite bourgade de Luton en Angleterre, ses rapports conflictuels avec son père et la manière dont la musique, et notamment celle de Springsteen, ses mots, la violence dans la voix qui hurle la détresse et dépasse les frontière d’un pays pour surpasser les a priori ethniques et religieux, le film nous amène à suivre les pas de Javed, jeune Pakistanais, dont le désir de s'émanciper et d'assumer sa personnalité, ses origines et ses ambitions va s'affirmer après avoir découvert les chansons de Bruce Springsteen.

Et c’est bien de tout cela que parle le film de Gurinder Chadha, qui nous avait déjà régalé, en 2002, avec « Joue-la comme Beckham » ou encore plus récemment en 2017 avec « Le dernier Vice-roi des Indes ». Ici la réalisatrice trouve un terreau particulièrement fertile pour pouvoir parler de cette Angleterre, en pleine ère Thatcher, avec une montée pesante du chômage et le racisme décérébré qui en découle. Une époque, les années 80, dans laquelle une population Pakistanaise qui tente de se faire accepter, ou du moins de se fondre dans le décor, en refusant de renoncer à leur culture, à leur nationalité, comme si le travail qu’elle faisait ne suffisait pas à lui donner sa légitimité dans ce pays. Et puis il y a ces jeunes, nés en Angleterre qui se sentent tout aussi Anglais que Pakistanais et ce fossé qui ne cesse de se creuser entre cette ancienne génération et la nouvelle. Mais alors que vient faire la musique de Springsteen là-dedans ? 

Le chanteur américain, est connu pour la qualité de ses textes, autant que cette musique travaillée à l’obsession, parfois surchargée, mais toujours minutieusement orchestrée. Ici, ce sont les textes qui viennent toucher au cœur du jeune héros, autant qu’à l’esprit du spectateur, qui réalise soudain à quel point l’artiste a su trouver les mots justes, pour décrire le mal être, la déstresse humaine, les laissés pour contre, ceux qui font sales dans un tableau. La réalisatrice ne s’est pas laissée guidé par les textes du Boss, elle a suivi son histoire, puis petit à petit les chansons de Bruce Springsteen ont raisonné comme une évidence. Et le film de prendre une dimension, à la fois tendre et puissante, tant les morceaux choisis de « Born to run » à « Badlands » en passant par « The River » qui décrit le quotidien difficile d’un jeune couple embourbé dans des coutumes, dans des codes de vies qui ont rendu la leur si difficile, ou encore « Promise land » qui parle d’espoir, de besoin de s’émanciper pour mieux retrouver ses racines, ont su illustrer avec puissance et précision, cette histoire entre culture et intégration. Des textes plus complexes qu’ils n’y paraissent, qui se mettent au service de la narration et non pas l’inverse.

En conclusion, « Music of my life » est un « Feel Good Movie » intelligent et tout en nuance, qui a le bon goût de ne pas se laisser aller à l’utilisation passive des morceaux de Bruce Springsteen pour se révéler. Si parfois la mise en scène se laisse aller à la comédie musicale, c’est pour mieux appuyer le propos et la chorégraphie se révèle être une peinture de la société de l’époque. Une période sombre de l’Angleterre où le chômage ne fut jamais aussi présent, où le racisme ne prenait même pas le soin de se cacher. Une époque où le silence était la règle d’or de ceux nés ailleurs, qui étaient venus chercher un espoir, une vie meilleure. Cela vous semble si proche ? Et bien c’est tout le but du film, que de parler d’une époque apparemment éloignée mais qui résonne en écho à notre société actuelle. Un film à voir aussi pour mieux découvrir Bruce Springsteen, un artiste majeur ! Pour finir : Une véritable réussite !