Joker

Joker
Sortie: 09/10/2019
Pays: USA - Cana
Genre: Drame
Durée: 2h02 Min
 
Réalisateur(s)
Todd Phillips
Acteurs
Robert De niro
Joaquim Phoenix
Frances Conroy
Zazie Beetz
Critique de Arnaud Weil-Lancry

Triste Joker…                                                                                                                   

L’histoire
Arthur Fleck  est un clown plutôt triste. Vivant avec sa mère, il fait des représentations de clowns qui ne sont si amusantes, ni rassurantes…

La critique

Dire que cette interprétation du Joker était attendue relevait de l’euphémisme. On a rarement autant attendu un film adapté d’un comics, on a rarement autant parlé de l’arrivée d’un super vilain en haut de l’affiche. Et le film de Todd Philips est tout cela à la fois : une interprétation de folie (le mot est adéquat), un nouveau DC Comics et un des tous premiers films qui ose mettre en haut de l’affiche un Méchant, un Vilain, un Bad-Guy, ou plutôt, la naissance d’un Méchant… Et pas des moindres, un méchant connu pour être l’éternel rival de Batman mais aussi connu pour être, finalement totalement  « inconnu ». Au fond c’est de cela dont il s’agit : de qui parle-ton ? Finalement d’un méchant très connu mais dont  on ne sait rien, à part ce rire sinistre et tonitruant en parfait étendard d’une vie qui surfe avec la folie.

Trop nombreux
Le Joker a été interprété à de très nombreuses reprises à l’écran et à chaque fois cela correspondait à une époque bien détourée : les années 80/90 dans les Batman de Tim Burton avec Jack Nicholson dans le rôle du Joker, ensuite dans les Batman de Christopher Nolan avec Heath Ledger dans les années 2000 et enfin Jared Leto en 2016 avec Suicide Quad…  mais à chaque fois, l’apparition n’était que figurative rien de plus, pas d’exploration des « racines du mal », pas de travail sur le passé psychiatrique ou d’enfance d’un des personnages les plus connus de DC Comics. Quel dommage ! Todd Philips rattrape le tir avec sa propre vision du fou d’Arkham et Joachim Phoenix explose dans un rôle qui va marquer sa carrière d’une pierre blanche. Pour ce dernier, il a perdu 25 kilos et de ses mots, une telle perte aussi rapide ne peut que vous affecter psychologiquement. On le croit sans aucun problème même s’il affirme avoir eu du mal à trouver le rire du Joker. Un rire glaçant qui donne une note ténébreuse de parfait Freak au pire ennemi de Batman.



Interprétation
Si vous cherchez  un film de super héros, vous en trouverez autant que nécessaire chez Marvel, premier pourvoyeur du marché. Non, ici, nous assisterons plutôt à la manière dont le Joker s’est construit et ce pierre par pierre, bloc après bloc afin d’être celui qu’il devait devenir. J’ai lu par ci par là que ce film était celui d’une descente aux enfers, celle d’un homme que la vie n’a pas gâté avec des sévices et traitements terribles et inadaptés qu’ils aient été administrés dans l’enfance ou dans la vie d’adulte. Non, comme le dit le Joker, on vous conditionne, on vous maltraite et une société incapable de vous traiter finit par vous rejeter dans la rue (désolé pour les puristes du films, je n’ai plus les mots exacts en tête). Joker est donc  né d’une construction minutieuse, avec un Joaquim Phoenix habité et dans un travail de composition qui défraierai la chronique. En ce sens, c’est un simple film, très lent, très sombre (Taxi Driver sort de ce corps) mais qui dispose finalement d’un rythme parfaitement adapté à une métamorphose lente, dégénérescente et infernale qui poussera doucement le Joker à devenir ce qu’il est. Pour information, le film durait 30 minutes de plus à l’origine. Peut-être que ces 30 minutes coupées pourront être découvertes lors d’une future édition blu ray. Sur le plan de la technique, Todd Philips n'est pas en reste, ancrant son action systématiquement dans les lieux les plus pittoresques (le métro, le premier employeur de Arthur, le hlm de Arthur, le grand escalier...) et renonçant à la facilité d'une réalisation trop visuelle jouant sur les contrastes (une facilité avec un thème comme le Joker) mais en allant au contraire dans les tons pastels soutenus, le réalisateur de Road Trip livre un film au rendu esthétique ultra réaliste et donc très marquant.

Joker est aussi un film sur une société qui ne sait pas quoi faire de ce qu’elle produit, le schéma est évident mais c’est avant tout un film sur la condition humaine des laissés pour comptes, de ceux qui sont marginalisés et qui finalement se retrouvent comme…, orphelins d’un monde dans lequel ils n’ont jamais été vraiment les bienvenus. Joaquim Phoenix en est le parfait hérault… ! Vive le Joker !

Verdict : 9/10
Une réussite éclatante pour un film qui était attendus par tous. Todd Philips et Joaquim Phoenix remportent leur pari haut la main, bravo !