Le Cas Richard Jewell

Richard Jewell
Sortie: 18/02/2020
Pays: USA
Genre: Biopic
Durée: 129 Min
 
Réalisateur(s)
Clint Eastwood
Acteurs
Kathy Bates
Sam Rockwell
Olivia Wilde
Jon Hamm
Paul-Walter Hauser
Critique de Emmanuel Galais
En 1996, Richard Jewell fait partie de l'équipe chargée de la sécurité des Jeux d'Atlanta. Il est l'un des premiers à alerter de la présence d'une bombe et à sauver des vies. Mais il se retrouve bientôt suspecté... de terrorisme, passant du statut de héros à celui d'homme le plus détesté des Etats-Unis. Il fut innocenté trois mois plus tard par le FBI mais sa réputation ne fut jamais complètement rétablie, sa santé étant endommagée par l'expérience.

Si l'on parcourt la filmographie de Clint Eastwood, acteur comme réalisateur, on retrouve souvent une obsession pour ces héros de l'Amérique. Assumés ou non, ces personnages qu'ils soient dans les westerns, les films d'action ou dans des drames, Clint Eastwood a toujours voulu les mettre en avant pour mieux en comprendre l'essence, pour mieux les déconstruire afin de mieux les cerner, de leur rendre hommage pour tout autant s'interroger sur ce qui fait d'eux des héros. C'est d'ailleurs une constante chez le cinéaste que de vouloir absolument aborder tous les types de héros. Et si la carrière de l'acteur est peuplée de personnages allant du flic bourrin, au cow-boy solitaire à l'esprit vengeur en passant par le coach en besoin de reconnaissance, Eastwood est, à n'en pas douter, une représentation complexe de l'Amérique que l'on ne peut réduire aux derniers films de sa filmographie en tant que réalisateur qui se sont un peu perdus dans l'idéologie contestable de son auteur. Pour autant Eastwood reste l'un des artisans majeurs de cette industrie du cinéma et chacun de ses films reste un événement.

Après être passé par le sniper pseudo héroïque de l'Amérique Buschienne qui permirent à Clint de véhiculer ses idées républicaines, puis par les héros improvisés du Thalys, jouant leur propre rôle et glorifiant l'utilisation des armes, ou encore le vieux papy abandonné par un système qui voit son absurde rédemption à travers la peur des horribles et méchants latinos. Du vieil homme humaniste de « Gran Torino » il ne reste plus grand-chose sinon l'ombre de lui-même.

Avec « Le Cas Richard Jewell » Clint Eastwood continue sa réflexion sur ces héros de l'Amérique, et cette fois-ci, rien ne prédispose son personnage, Richard Jewell, a être ce héros qui sera adulé par l’Amérique. Ancien assistant du sheriff, reconverti dans la sécurité, obèse, vivant seul avec sa mère, Jewell est le stéréotype même du « loser ». Pourtant son côté procédurier à outrance va le faire devenir de manière éphémère le héros d’une Amérique, encore insouciante, nous sommes en 1996 ! L’ombre de Ben Laden ne plane que dans les cartons de la CIA. Toujours sur un scénario solide, celui de Billy Ray, qui collabore pour la première fois avec le réalisateur, mais qui a signé les scénarii de « Hunger Games » de Gary Ross (2012) ou encore « Capitaine Phillips » de Paul Greengrass (2013), Clint Eastwood va partir du cheminement inverse, son personnage devient dés le début de son film le héros de l’Amérique, mais cette dernière faute de coupable, va brûler sa nouvelle star au physique ingrat. Et le réalisateur de signer un film sous tension permanente avec une aisance redoutable. Jamais dans l’outrance, toujours au plus prêt de son personnage pour mieux laisser apparaître ses fêlures, les brisures qui vont apparaître à mesure que la machine va s’acharner sur lui. Eastwood filme avec froideur mais jamais en distance des personnages qui vont harceler et maltraiter son héros, sans pour autant oublier la famille et les amis.  

Et même si Clint Eastwood saupoudre son film d’idéologie douteuse : Richard Jewell est forcément bien car il a plein d’armes, lorsque la NRA est cité dans une connotation négative elle tout de suite remise en cause, ou encore par des apparitions presque trop anecdotiques pour être nécessaire comme un extrait de la fin d’un discours de Bill Clinton, il parvient à se poser en propre juge des propres errances d’une société paranoïaque qui se cherche des coupables, quitte à brûler ses héros pour ne pas perdre la face, ou encore des médias à la course effrénée aux scoop. Richard Jewell est la parabole idéale de cette ambiguïté permanente que porte la nation américaine : La fascination de ses héros et son goût à l’autodestruction. 

En atténuant son discours partisan, Clint Eastwood signe avec « Le Cas Richard Jewell » son grand retour à des œuvres majeures, humanistes qui vient pointer d’un doigt critique les dérives de son pays qui plus de vingt ans après n’a toujours pas apprit des leçons du passé. Richard avec ses défauts apparaît comme le premier défenseur des valeurs de son pays, et c’est justement cela qui va le présenter comme un coupable idéal.