Pinocchio

Sortie: 07/05/2020
Pays: Italie
Genre: Fantastique
Durée: 125 Min
 
Réalisateur(s)
Matteo Garrone
Acteurs
Roberto Benigni
Marine Vacth
Federico Lelapi
Gigi Proietti
Critique de Emmanuel Galais

Geppetto, un pauvre menuisier, fabrique dans un morceau de bois un pantin qu’il prénomme Pinocchio. Le pantin va miraculeusement prendre vie et traverser de nombreuses aventures.


Prévu en salles en Mars, le « Pinocchio » de Mattéo Garrone trouve finalement une nouvelle existence sur la plateforme de Streaming Amazon Prime. Une Plateforme qui avait déjà permis au film « Forte » de Katia Lewkowicz de survivre à la crise sanitaire. Une excellente surprise, même si nous aurions préféré le découvrir en salle dans de meilleures conditions. Mais un vilain virus en aura décidément autrement et nous voilà donc, bien installés dans nos salons à visionner ce film qui devait être l’un des événements cinématographiques majeur de ce début d’année 2020. Pour autant, sa sortie sur la plateforme Amazone Prime, montre à quel point celles que tout le monde du cinéma honnissait, il y a encore plusieurs mois, se révèlent les meilleures parallèles à la crise et offrent ainsi une sortie, différentes certes, mais une possibilité de toucher un plus grand public.


Ainsi donc, en attendant la sortie l’année prochaine de la version animation de l’œuvre de Carlo Collodi (1881) par Guillermo Del Toro, ou encore la version live du dessin animé de Disney par Robert Zemeckis, c’est donc Mattéo Garrone qui se lance dans l’adaptation de cette marionnette qui veut devenir un garçon. Alors, nous pouvons être surpris que le réalisateur de « Gomorra » (2008) et « Dogman » (2018) ait choisi de se plonger dans le conte Collodi, mais c’est oublier son « Tales of Tales » (2015) qui plongeait déjà le spectateur dans une fantasmagorie baroque, ce qui rend finalement son choix assez cohérent, surtout lorsque l’on revoit la fin de « Dogman » qui pourrait être déjà une inspiration de Pinocchio.


Et puis dés les premières minutes de « Pinocchio », Garrone impose un style, surprend et rassure par son choix d’offrir le rôle Geppetto, à l’homme qui a signé la pire version de l’histoire du pantin au cinéma : Roberto Benigni. L’acteur réalisateur de « Le Vie est belle » (2000) se révèle tout de suite au meilleur de lui-même. Tout en retenue, tout en émotion, il incarne un ébéniste sans but, au bout de sa solitude et de sa pauvreté qui va subitement se trouver un idéal, un sens, lorsque la marionnette qu’il vient de sculpter se met à parler et l’appelle « Papa ». Garonne maîtrise l’énergie du bonhomme à l’effervescence explosive et impose tout de suite une narration en nuance. En rappelant les comédies italiennes bouillonnantes de verves et de poésies, le réalisateur se laisse porter par le baroque du conte et mélange les styles. Le voyage initiatique de Pinocchio se transforme en peinture de maître d’une campagne italienne du XIXème siècle avec ses codes et ses croyances.


La marionnette va croiser des personnages qui vont lui apprendre à devenir un petit garçon à travers les différentes étapes qui forgent une personnalité : L’amitié, le mensonge, la trahison, le respect, l’éducation et les fausses promesses. Si Pinocchio doit apprendre à ne pas mentir, à se méfier des malins, à ne pas se laisser entraîner par les chenapans et surtout apprendre à tenir ses promesses, à aller à l’école et faire ses devoirs, c’est avant tout un petit garçon qui essaye de trouver sa place et tente de comprendre à quoi servent toutes ses règles. Matteo Garrone, va plonger le spectateur dans un voyage où des acteurs interprètent des animaux avec des maquillages et des costumes sortis tout droit des dessins des plus grands illustrateurs Italiens comme Enrico Mazzanti. 


Nous pourrions tout de même reprocher, parfois un manque de rythme dans la construction narrative, mais cela participe à faire de ce « Pinocchio » une œuvre visuelle autant que spirituelle. Et puis il y a la distribution, remarquable en tout point. Roberto Benigni, nous l’avons déjà dit, mais il y a surtout le petit Federico Lelapi qui incarne Pinocchio et qui a dut subir des heures de maquillage, le port d’une prothèse pendant plusieurs mois et qui livre, ici, une prestation toute en sobriété et en émotion. Jamais dans l‘excès et rarement dans la fausseté, le jeune comédien est remarquable et porte le film sur ses petites épaules avec beaucoup de brio.


En Conclusion, ce « Pinocchio » de Matteo Garrone est une excellente surprise et un spectacle familial qui touchera les enfants, ravis de voir le petit pantin vivre ses péripéties dans un monde ou les personnages sont à la fois humains et animaux. Et les parents y découvriront une œuvre baroque et poétique qui souffre peut-*être parfois de lenteur, mais c’est un mal nécessaire pour laisser la beauté et la magie opérer. Une excellente surprise.