Midnight Runner

Der Läufer
Sortie: 16/06/2020
Pays: Suisse
Genre: Drame
Durée: 92 Min
 
Réalisateur(s)
Hannes Baumgartner
Acteurs
Max Hubacher
Annina Euling
Christophe Sermet
Critique de Emmanuel Galais

Jonas Widmer est l’un des meilleurs coureurs de fond en Suisse. Sa grande ambition est de courir le marathon aux Jeux Olympiques. En parallèle, il est cuisinier et s’apprête à emménager avec sa petite amie, Simone. Mais cette vie bien normée, Jonas la conduit méticuleusement et au prix d’efforts surhumains pour ne pas céder aux pulsions meurtrières qui l’envahissent. Incapable d’exprimer sa souffrance émotionnelle, la vie de Jonas se transforme progressivement en un parcours d’endurance pour ne pas sombrer.


« Midnight Runner », c'est avant tout une histoire vraie, une histoire sordide dans laquelle un homme promis à un grand avenir sportif se révèle être un prédateur qui lutte au quotidien contre ses pulsions Enfermé dans son combat, dans ses mensonges aussi et dans sa propre peur de son être profond, il va glisser petit à petit jusqu'au point de non-retour. Inspirée donc de faits réels datant du début des années 2000, le réalisateur et son scénariste Stefan Staub ont décidé de situer l'action a notre époque et d'y insérer des éléments narratifs nécessaires au point de vue souhaité par les deux collègues. A savoir, prendre la narration du pont de vue du coupable pour mieux essayer de percer son mécanisme de progression.


Si le principe peut être sujet à questionnement, il n'en n'est pas moins intéressant. Car Hannes Baumgartner, qui réalise, ici, son premier film, a essayé de comprendre le mécanisme complexe qui fait de cet homme, d’un côté un chef et un sportif de haut de niveau, apprécié et envié, et de l'autre un prédateur de la nuit. Et c'est toute l'intelligence de « Midnight Runner » que de vouloir plonger dans les limbes psychologiques de cet homme qui lutte, seul, perpétuellement contre ses pulsions, refusant de s'ouvrir pour obtenir de l'aide de ses proches ou éventuellement de la médecine. Sans aucune phrase superflus, minimaliste à souhait, utilisant les silences pour mieux laisser la douleur du personnage et mieux le voir glisser lentement vers l’isolement, qu’inconsciemment il s’impose, le réalisateur tisse un portrait juste et complexe d'un homme rongé par son mental. 


Imparfaite dans ses choix, la mise en scène laisse apparaître des moments suspendus, parfois inutiles et parfois surprenants comme la scène d’ouverture avec les deux frères s'entraînant à l’endurance. C’est justement sur ces silences que le réalisateur perd parfois des points, car s’ils sont, en règle générale, assez bien dosés et donne une lecture assez fine de son propos et notamment de sa peinture d’un homme en plein naufrage, ils sont parfois hors de propos ou viennent au contraire interroger différemment. 


Il n’en demeure pas moins que la prestation de Max Hubacher (Mario) est remarquable de précision et d’intériorité. L’acteur transcende son personnage et lui confère toute sa dualité. Tout à la fois charmant et confiant qu’inquiétant et déroutant. Il cisèle son personnage avec beaucoup de précision et parvient à nous faire approcher, semble-t-il de l’homme luttant contre ses pulsions meurtrières.


« Midnight Runner » est un film Suisse qui tente de percer le sombre mystère du basculement d’un homme en prédateur. Se reposant sur un scénario qui ne tente pas d’imposer un trop plein de répliques, et tente de laisser parler la douleur, la dualité intérieure de l’homme et son inexorablement glissement, le réalisateur livre une œuvre qui n’est pas parfaite, mais a le mérite de susciter le débat après le visionnage.