Kaamelott Premier Chapitre

Verdict: Excellent

par: Emmanuel Galais


Le tyrannique Lancelot-du-Lac et ses mercenaires saxons font régner la terreur sur le royaume de Logres. Les Dieux, insultés par cette cruelle dictature, provoquent le retour d'Arthur Pendragon et l'avènement de la résistance. Arthur parviendra-t-il à fédérer les clans rebelles, renverser son rival, reprendre Kaamelott et restaurer la paix sur l'île de Bretagne ?


Ca y est, les fans vont enfin pouvoir souffler, Alexandre Astier sort « Kaamelott : Premier Chapitre », premier long métrage, de ce qui semble être prévu pour être une trilogie, de sa série emblématique. Bien sûr, si les fans étaient certains que l’auteur de leur série préférée ne les trahirait pas, Astier avait quand même précisé durant la promotion du film, dés l’année précédente, alors qu’il devait déjà sortir, que ce film n’était pas fait seulement pour les fans mais pour tout le monde et avant tout pour son auteur. Toujours seul à la manœuvre, Alexandre Astier répond immédiatement à la question que tout le monde se pose : Non il ne s’est pas laissé enivrer par la notoriété de la série et encore moins par la pression des fans qui trépignaient depuis plusieurs années déjà.


Mais donc qu’en est il de ce long métrage, tant attendu, on pourrait même dire, plus attendu que les grosses cavaleries « Marvel » ou « Fast and Furious » ? Et bien le réalisateur nous livre ici un film qui se séquence de façon récurrente entre le principe de la série avec ses « Cuts » où les personnages se livrent à des joutes verbales et des moments de grand cinéma épiques. Nous le savons depuis ses deux spectacles : « Que ma joie demeure » et « L’Exo conférence », Alexandre Astier aime mélanger les genres comme le faisaient les chansonniers ou les vieux humoristes. Il sait alterner l’humour, cher à la série, et la gravité de son personnage toujours aussi torturé par la charge qui lui incombe. Des les premières minutes nous pouvons sentir que le réalisateur n’a pas voulu faire un épisode long format mais plutôt embarquer ses personnages dans une suite quasi logique et, en même temps, dans une histoire originale, où Arthur devra faire la paix avec lui-même. Alors bien sûr, tout n’est pas parfait, il y a quelques facilités scénaristiques qui surprennent, mais la subtilité du scénario est indéniable et les personnages qui étaient un peu étriqués dans le format de la série, prennent ici du volume et de la profondeur.


Côté mise en scène, Astier fait dans l’inventif, dans la précision, il s’amuse des perspectives, étale des références assumées ou non, comme « Star Wars », les « Monty Python » ou même « Le Roi Lion », mais surtout le réalisateur s’amuse, utilise la caméra avec une précision d’orfèvre qui n’a d’égale que la qualité de son écriture et la subtilité avec laquelle il va poser les bases de sa réalisation. On commence avec une scène d’ouverture épique, inspirée des plus grands films d’aventure, on pourrait y croiser du Ridley Scott de « Gladiator » autant que du Chabat d’ « Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre », puis d’un seul coup, comme si la caméra se figeait pour passer du grand au petit écran, le film devient la série l’espace d’un premier échange avec les personnages, puis avec une aisance inspirée, le film reprend ses grandeurs et ses plans inventifs, comme celui de la mise en place de machines de sièges, absolument remarquable.


Et puis évidemment, il y a les invités : Alain Chabat (Prête moi ta main), Clovis Cornillac (Les Vétos), Antoine de Caunes (L’Homme est une femme comme les autres), Christian Clavier (Les Visiteurs), Géraldine Nakache (Tout ce qui brille), Guillaume Gallienne (Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté) et des plus surprenant comme le chanteur Sting (Dune). Tout ce petit monde participe à jouer de ce phrasé si particulier de la série cet argot qui lui donne tout son anachronisme et toute sa saveur. Autant le dire, on s’amuse beaucoup de leurs péripéties et certain comme Clavier et De Caunes savent jouer de leurs faiblesses pour les mettre au service de leurs personnage et leur donner tout un sens.


En conclusion « Kaamelott : Premier Chapitre » d’Alexandre Astier, arrive enfin sur nos écrans après une attente interminable, liée à la crise sanitaire. Les fans de la série vont retrouver les personnages emblématiques : Arthur, évidemment, mais également Perceval, Karadoc, Léodagan et Guenièvre, mais surtout ils vont retrouver cette écriture intelligente qui a fait le succès autant que la notoriété de la série et de son auteur et les néophytes vont découvrir un grand film d’aventures, drôle, anachronique et en même temps d’une grande inventivité scénaristique et visuelle. Alexandre Astier, comme à chaque fois maitrise son sujet sur le bout des doigts et sait en puiser toute l’aspect épique et lyrique. A certain moment le réalisateur oublie la comédie pour se lancer dans des scènes d’un lyrisme insensé et nous envahir d’émotion comme Dupontel sait aussi bien le faire. L’attente ne fut pas vaine, « Kaamelott : Premier Chapitre » est le premier grand choc cinématographique de ce nouveau monde d’après.