Spider-Man : No Way Home

Verdict: Excellent

par: Emmanuel Galais


Pour la première fois dans son histoire cinématographique, Spider-Man, le héros sympa du quartier est démasqué et ne peut désormais plus séparer sa vie normale de ses lourdes responsabilités de super-héros. Quand il demande de l'aide à Doctor Strange, les enjeux deviennent encore plus dangereux, le forçant à découvrir ce qu'être Spider-Man signifie véritablement.


Il était venu conclure avec brio, la saga de l’infini et avait fait les belles heures de Marvel en dépassant le milliard de Dollars de recettes au Box-Office, suscitant l’appétit de Sony qui décida de revoir le contrat passé avec Disney sur l’exploitation du héros dont il détient les droits assez jalousement, créant un long moment de flottement, laissant supposer que le mariage entre Sony et Disney touchait à sa fin et que Spider-Man quitterait le MCU. Mais après des communications alarmistes des deux bords, l’Homme Araignée retrouva sa place et annonça son retour pour une troisième aventure que la crise sanitaire vint évidemment perturber. 


Gardé jalousement, le pitch du film ne laissa passer que quelques infimes informations, faussement accidentellement fuitées sur le web et particulièrement sur le « Multiverse » qui deviendrait le noyau central de l’intrigue. Les productions sérielles de Disney + allant dans ce sens, beaucoup de questions, d’extrapolations et autres théories naquirent dés lors que les méchants iconiques furent annoncés au casting : Fred Molina reprenant le rôle de Otto Octavius/ Dr Octoppus, Willem Dafoe reprenant celui de Norman Osbourne/ Le Bouffon Vert et Jamie Foxx réendossant celui d’Electro. Les fans se lancèrent dans des théories qui ne furent ni contredites, ni affirmées par les producteurs ou par l’équipe. Nous n’allons donc pas aller dans la direction de répondre aux questions que tout le monde se pose, pour éviter de spoiler une grande partie de l’intrigue.


Une chose est sure, la seule question digne de trouver une réponse dans ces lignes est : Est-ce que les auteurs ont su éviter le piège de la complexité dans le traitement du « Multiverse » ? Et la réponse est :  Oui ! Et même avec brio, car si les précédentes productions avaient pu laisser un goût un peu circonspect sur a direction que prenait cette nouvelle phase MCU, « Spider-Man No Way Home » vient mettre tout le monde d’accord ! Marvel a encore beaucoup de choses à dire et a encore beaucoup d’idées à traiter avec excellence et brio. Depuis « Homecoming », Peter Parker est un adolescent moins torturé que le furent Tobey Maguire chez Sam Raimi ou Andrew Garfield chez Marc Webb, pourtant ce dernier volet de cette trilogie dirigée par Jon Watts, ramène Parker aux fondements de son personnage, à savoir, cette dualité avec son adolescence et les problèmes qui y sont liés et ce super-pouvoir qui lui donne donc de grandes responsabilités.


Et c’est là que les auteurs marquent le plus de points, car le personnage gagne subitement en profondeur et s’émancipe définitivement de l’ombre de Tony Stark qui fut le premier à le confronter à cette dualité, mais par le biais du mentor et de la succession. Ici, l’intrigue va ramener Peter au combat intérieur entre ce qu’il doit sacrifier pour assumer son pouvoir et ce qu’il veut garder pour vivre une vie normale. Avec une intelligence et un brin de subtilité, les scénaristes Chris McKenna et Erik Sommers (Jumanji : Bienvenue dans la Jungle) avancent leurs pions sans jamais sombrer dans la facilité et dessinent un personnage plus mur, plus touchant sans jamais le dépourvoir de ses défauts d’adolescent. Et c’est particulièrement dans sa relation avec MJ et avec Ned que le scénario parvient à aller plus loin et marque des points.


De la même manière, le réalisateur et son équipe s’amusent visuellement et scénaristiquement avec le Multiverse sans jamais sombrer dans le grand bazar imbuvable. Comme les frères Russo, le firent avec « Endgame », le réalisateur parvient à nous plonger dans une aventure à grand spectacle, avec des effets visuels de toute beauté sans jamais nous engluer dans une surenchère d’informations qui rendrait l’ensemble indigeste. La simplicité avec laquelle ils nous plongent dans le Multiverse et ses personnages venant d’univers différents, parvient à être aussi limpide, peut-être même plus que dans le dessin animé de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman : « Spider-Man : New Generation » (2018).


Seul ombre au tableau, parce qu’il en faut bien une, une conclusion un peu longue, qui vient un peu plomber le spectateur, qui attend d’être surpris par les deux scènes post-générique, qui ne manquent pas de surprises, justement, mais ne disons rien, laissons vous les découvrir.