Maigret
Sortie:
22/02/2022
Pays:
FR
Genre:
Durée:
88 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

Maigret

Verdict: Excellent

par: Emmanuel Galais


Maigret enquête sur la mort d’une jeune fille. Rien ne permet de l’identifier, personne ne semble l’avoir connue, ni se souvenir d’elle. Il rencontre une délinquante, qui ressemble étrangement a` la victime, et réveille en lui le souvenir d’une autre disparition, plus ancienne et plus intime…


Dire que « Maigret » est une institution n’est pas forcément un vain mot, tant le personnage de ce commissaire, un peu débonnaire, en brin empathique et parfois usé, est ancré dans la culture populaire française. Né de la plume de Georges Simenon en 1931, Jules Maigret eut les premiers honneurs de l’adaptation en 1932, dans « La nuit Du Carrefour » (Titre du premier roman de Simenon) sous la direction et sous la plume de Jean Renoir (Boudu Sauvé des Eaux) fils du peintre, qui confia le rôle à son frère Pierre (La Marseillaise). Incarné successivement par Harry Baur (Les Misérables), Albert Préjean (Un Chapeau de paille d’Italie), Michel Simon (Le Vieil Homme et l’enfant) ou encore Jean Gabin (La traversée de Paris), le commissaire marqua de sa démarche, de sa pipe et son flair les grandes heures du cinéma français. Mais ce fut la télé qui lui offrit la popularité avec Jean Richard (La Famille Fenouillard) de 1967 à 1900, puis Bruno Cremer (Noces Blanches) de 1991 à 2005. Maigret entra dans les foyers Français avec un succès incroyable pour l’époque. Toujours la même recette : Un meurtre, le commissaire, une galerie de personnages qui reflètent les différentes couches de la société françaises, qui seront traités de manière identique, avec parfois une nature un peu machiste, le commissaire impose ses valeurs et ses déductions.


Mais le commissaire Jules Maigret, ne fut pas qu’une adaptation et une production franco-française au cinéma, loin de là ! On retrouve une version Franco-Américaine en 1949, avec Charles Laughton (Les Révoltés du Bounty), Franco-Italienne avec Gino Cervi (Don Camillo), Une Franco-Austro-Italo-Allemande avec Heinz Rühmann (Grand Hôtel). A la télé même constat en Angleterre les acteurs Rupert Davis (L’espion qui venait du froid), Michael Gambon (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban) et Rowan Atkinson (Johnny English), Gino Cervi qui l’avait incarné au cinéma le reprendra pour l’Italie de 1964 à 1972. Au Canada ce sera Henri Norbert (La Corde au cou) qui se chargera de lui prêter ses traits. On le retrouvera également en Hollande, aux Etats-Unis ou encore au Japon ou en Russie.

Mais cette fois-ci, c’est Patrice Leconte (Une fille sur le Pont) qui s’empare de l’adaptation d’un roman de 1954 : « Maigret et la jeune Morte ». Pour incarner son commissaire, il s’offre les services de Gérard Depardieu (Cyrano de Bergerac) et signe le scénario avec Jérôme Tonnerre (Elle s’en va). Et l’alchimie va fonctionner. D‘abord par ce que le réalisateur va faire dans la fusse simplicité. Il va reconstruire un Paris des années 50, sobre, presque désert, comme dans les séries TV. Alors que tout peut paraître simple, il ne va rien laissé au hasard ! Un éclairage, une position de Caméra ou encore une position de son acteur principal, qui pourra parfois faire penser à Hitchcock, dans sa bonhommie, dans sa démarche ou dans la manière de se coller dans l’image. Le réalisateur ne veut pas coller à son époque, il veut que l’époque colle à « Maigret ». L’enquête avance doucement, la mise en scène également. 

Et c’est un acteur au meilleur de sa prestation qui porter le film. Une volonté du réalisateur semble-t-il, car le film va s’articuler autour de lui. Le reste de la distribution, encore une fois, comme les séries qui ont popularisé le policier, vont offrir des prestations inégales, tantôt recitées, tantôt touchantes ou encore parfois amateures. Alors Depardieu, se fait doux, parfois distant ou en retenue, mais jamais exubérant comme il a su le montrer dans toute sa filmographie. Une manière de jouer où il excelle et capte l’attention du spectateur tant il sait se montrer fragile, touchant, vibrant même. Son charisme vient faire le contre-point, mais l’acteur est là et a toujours quelque chose à dire ou à faire. C’est également l’occasion de retrouver l’ultime prestation d’André Wilms (La vie est un long fleuve tranquille) qui tiré sa révérence le 09 février dernier et qui signait là une remarquable apparition, aussi touchante que forcément déchirante. 

Pour conclure, nous pourrions reprocher beaucoup de choses à cette version de « Maigret », mais ce serait faire offense aux capacités de mise en scène et de précision de son réalisateur Patrice Leconte, qui a su avec ce film mettre en valeur, comme rarement, ce personnage hors du temps de la culture française, à qui Depardieu offre son émotion et son charisme.

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