The Batman

Verdict: Très Bon

par: Emmanuel Galais


Deux années à arpenter les rues en tant que Batman et à insuffler la peur chez les criminels ont mené Bruce Wayne au cœur des ténèbres de Gotham City. Avec seulement quelques alliés de confiance - Alfred Pennyworth, le lieutenant James Gordon - parmi le réseau corrompu de fonctionnaires et de personnalités de la ville, le justicier solitaire s'est imposé comme la seule incarnation de la vengeance parmi ses concitoyens. Lorsqu'un tueur s'en prend à l'élite de Gotham par une série de machinations sadiques, une piste d'indices cryptiques envoie le plus grand détective du monde sur une enquête dans la pègre, où il rencontre des personnages tels que Selina Kyle, alias Catwoman, Oswald Cobblepot, alias le Pingouin, Carmine Falcone et Edward Nashton, alias l’Homme-Mystère. Alors que les preuves s’accumulent et que l'ampleur des plans du coupable devient clair, Batman doit forger de nouvelles relations, démasquer le coupable et rétablir un semblant de justice au milieu de l’abus de pouvoir et de corruption sévissant à Gotham City depuis longtemps.


S’il y a bien un film que l‘on peut désigner d’attendu, il s’agit bien de « The Batman » réalisé par Matt Reeves. Un film qui doit relever plusieurs défis, prendre la suite de Zak Snyder et son hyperstylisassions et surtout rester dans la ligné de ce qu’avait fait Christophe Nolan dans sa version sombre et torturé de ce personnage tout en faisant accepter son acteur principal dans le rôle du justicier masqué. Et autant le dire sans faire durer le suspense, que, si le film n’est pas parfait, il relève majestueusement le défi et parvient même à aller plus loin en ramenant le personnage aux fondamentaux et à ainsi signer un « Batman » personnel et répondant aux envies des fans.


Car c’est bien de cela qu’il s’agit pouvoir se démarquer, tout en restant ancré dans l’héritage de ses pairs en faisant accepter sa vision par la Fanzone qui n’hésite pas à s’exciter à chaque annonce, que ce soit en bien ou en mauvais. Ici, Matt Reeves qui avait su clore avec brio la trilogie « Planète des Singes Origines » avec « La Planète des Singes : L’Affrontement » et La Planète des Singes : Suprématie », signe un scénario bourré de bonnes idées qui ramène déjà le justicier à sa fonction première : Mener une enquête tout en protégeant les habitants de Gotham de méchants particulièrement tenaces. Et comme pour se démarquer d’un Snyder qui voulait, à tout prix, déifier la Chevalier Noir, Reeves, lui, cherche au contraire à mettre en avant ses faiblesses et son côté humain, dépourvu de pouvoirs. Plus ancré dans le réel et toujours en proie à ses démons, « The Batman » pousse le curseur aux antipodes de ce qu’avait voulu faire Snyder pour se rapprocher de la noirceur de Nolan. C’est d’ailleurs un choix assumé par le réalisateur que de s’être inspiré des premières œuvres de Bob Kane et Bill Finger pour redonner plus de crédibilité à l’Homme Chauve-Souris.

Et d’ailleurs la mise en scène va bien dans ce sens avec beaucoup d’effets visuels et plus de scène où Batman se retrouve en situation compliquée, que n’importe quel autre super-héros solutionnerais par l’utilisation d’un super-pouvoir. Très ancré dans notre réalité, le film de Matt Reeves nous livre une vision sombre de Gotham, qui n’est pas sans rappeler celle de « La Purge », mais qui n’est pas sans nous rappeler certaines dérives que prend la notre enfermé dans ses théories du complots fantasques et incontrôlables où le moindre énergumène illuminé devient le messie de toute une génération de population qui ne croit plus en l’avenir, en sa police et en ses politiques. Sombre mais pas dénué d’espoir, le film de Matt Reeves laisse la porte ouverte à une issue positive pour une société qui tournerais le dos à la violence et à la bêtise pour tenter de s’en sortir.

Alors bien sûr « The Batman » n’est pas dépourvue de défaut et certaines scènes ont tendance à tirer le film en longueur. Après une mise en place qui impose un style plus lent, moins pétardant et beaucoup plus dialogué que les précédents films, qui peut laisser le spectateur un peu sur le carreau, le film prend rapidement de l’épaisseur, mais se laisse parfois rongé par des longueurs scénaristiques et narratives qui nous ramène à la réalité d’un film long, peut-être trop long, même si les trois heures passent tout de même vite. Certaines scènes frisent même le ridicule, comme une entre Batman et Catwoman, dont je ne dévoilerais aucun détail mais qui peut faire penser à la mort du personnage de Marion Cotillard dans « Dark Knight Rises ».

Quant à la distribution qui faisait hurler les fans, lors de son annonce, elle va faire taire les plus rageux, car Robert Pattinson (Tenet) est bien plus convaincant que l’on ne pouvait l’imaginer. L’acteur signe une prestation écorchée, qui fait penser à Brandon Lee dans « The Crow » d’Alex Proyas (1994). Le personnage prend de la profondeur en apparaissant fragile et torturé, bien plus touchant et bien moins à deux faces que celui de Nolan ou de Snyder. Ici, Bruce Wayne se cache, évite le monde, ne parvient pas à surmonter la noirceur de ce drame qui le hante. Sa relation avec Alfred est beaucoup plus nuancée que dans les versions précédentes et lui donne ainsi plus de réalisme et de noirceur. Seul bémol dans la distribution, Colin Farell (The Lobster) qui vient ajouter une nouvelle pièce à l’édifice de ces acteurs qui se cachent sous des maquillages pour donner plus d’importance à leurs compositions. Bine sûr impossible de ne pas saluer la prestation touchante mais particulièrement physique et charmante de Zoé Kravitz et celle toujours remarquable de folie de Paul Dano (Prisonners).

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