Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et qu’il n’est « pas encore » un adulte nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux. Une comédie sur cette période de l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était pas « Juste une illusion… »
Eric Toledano et Olivier Nakache ont su créer avec le public français un lien qui semble indéfectible. Et même si leur précédent film « Une Année Difficile », n’a pas eu les faveurs du public en n’atteignant pas le million d’entrée, les chiffres des précédents donnent le tournis : Je préfère qu’on reste amis », premier film du duo en 2005 fait déjà plus de 300 000 entrées, « Nos jours heureux » en 2006, fera 1.5 millions d’entrées, « tellement proche » en 2009, c’est 800000 entrées, avant que n’arrive le carton « Intouchables » en 2011 et ses plus de 19 Millions de spectateurs. Dés lors, le duo enchainera les succès : « Samba » (2014) plus de 3 Millions d’entrées, « Le Sens de la fête » encore 3 Millions d’entrées, « Hors Normes » (2019) plis de 2 Millions d’entrées. Ce qui les lie au public, c’est cette manière que le duo a de s’approprier des sujets variés, rarement développés au cinéma, surtout dans le domaine de la comédie : les personnes handicapées (Avant Artus on en parlait très peu !), les rapports de classes, l’immigration (Du Côté positif du sujet !) ou encore les personnes surendettées et celles qui luttent contre la surconsommation. Jamais dans le jugement les deux compères préfèrent aborder leurs intrigues avec une véritable humanité et une envie de peindre des personnages dans la souffrance, mais que le rapport aux autres, aide à surmonter les épreuves.
Avec « Juste une illusion », Toledano/Nakache, comme on les appelle affectueusement, ont puisé dans leurs souvenirs d’adolescence pour en sortir une histoire de famille à travers le regard de Simon, un jeune garçon de 13 ans qui sort doucement de l’enfance pour passer à l’adolescence, cette période où l’on commence à s’interroger sur bien des questions, où l’on commence à découvrir le monde qui nous entoure à en percevoir les nuances et où l’on s’éveille au désir. Et les deux compères de plonger les spectateurs dans la nostalgie des années 80, celles de la fin des 30 glorieuses, de la lutte contre le racisme, des espoirs et puis des nouvelles technologies comme les ordinateurs qui commencent à arriver dans les maisons et les appartements, des banlieues où il fait encore bon vivre, mais aussi celles de la montée du chômage et des désillusions.
Toujours avec ce sens aigue du rythme de la comédie, et parfois avec une pincée de surplus de jeux notamment à travers le personnage d’Yves, le père joué par un Louis Garrel (Les Trois Mousquetaires : D'artagnan), déchainé et d’une drôlerie contagieuse. Ici, Eric Toledano et Olivier Nakache s’inspire de leur enfance pour écrire un scénario solide qui a le bon goût de na pas plonger avec de gros sabots dans les clichés visuels, sociologiques ou technologiques des années 80. Tout y est, mais amené avec une grande intelligence, si un repère historique, un évènement doit être abordé, il vient servir l’histoire et n’est pas amené gratuitement, de la même manière chaque élément de cette reconstitution minutieuse est amené avec une logique de servir l’histoire et non pas de l’illustrer. Et puis, bien sûr, il y a la sensibilité des auteurs, qui montre une société encore patriarcale où l’homme doit travailler et réussir, alors que la femme, en plus de tâches ménagères doit assurer un boulot de secrétaire. Mais dans ces années, c’est également les débuts de l’émancipation des femmes qui commencent à envisager une évolution professionnelle, le chômage qui touche les cadres de plein fouet, les usines qui ferment, mais la population qui se soulève pour la tolérance.
A travers l’histoire de cette famille, somme toute, classique, avec des parents qui « s’engueulent », un grand frère avec qui l’on se bat, tout en faisant preuve d’un amour fort, et la religion et le lien des origines. Les deux réalisateurs nous entrainent dans le passé pour mieux nous confronter au présent. Ce passé où chacun luttait, comme maintenant, pour son travail, pour sa famille, pour son train de vie, où, déjà les classes sociales s’opposaient, mais où le vivre ensemble n’était pas une utopie et encore moins une grossièreté. Avec une distribution touchante et drôle : Camille Cottin (Les enfants vont bien) toujours aussi drôle et tendre en même temps, Pierre Lottin (Quand Vient l’Automne), encore lui toujours aussi solide dans son personnage et les révélations : Alexis Rosensthiel (Ceux qui comptent) en grand frères rebelle et Simon Boublil (Ducobu Passe au vert), d’une justesse hallucinante dans le rôle du héros du film à travers le regard de qui les deux réalisateurs nous rappellent qu’il n’y a pas si longtemps mettre arabe et juif dans une même phrase n’était pas une insulte et que s’opposer au racisme et à tous le rejets était une évidence et non pas une expression salement détournée et crachée à la vindicte populaire. « Juste une illusion » est un film simple, drôle et merveilleusement rafraichissant comme savent si bien le faire Eric Toledano et Olivier Nakache.