L'Enfant Bélier

Verdict: Bon

par: Emmanuel Galais



Sara et Adam sont arrivés illégalement en Belgique avec leur petite fille de 2 ans, espérant rejoindre l’Angleterre. Entassés à l’arrière d’un véhicule, la peur semble prendre le pas sur l’espoir. Redouane est policier depuis 20 ans. Avec son équipe, toutes les nuits, il fait la chasse aux passeurs. Ce soir-là, alors que la voiture de police essaie d’arrêter la camionnette soupçonnée de transporter des migrants, tout bascule…


La réalisatrice Marta Bergman (Seule à mon mariage) s’est inspirée d’un fait divers qui avait secoué la Belgique en 2018. Une petite fille Kurde de deux ans Madwa avait été tuée par le tir d’un policier lors d’une course poursuite sur l’E42 à hauteur de Nimy. Elle faisait, malheureusement, partie, avec ses parents d’un groupe d’une trentaine de migrants Kurdes, entassés dans une camionnette qui tentaient de rejoindre la France pour partir ensuite en Angleterre. Au-delà de ce fait Divers, c’est la question de l’Immigration et de la procédure policière qui est au cœur de ce film qui cherche, avant tout, à donner un regard vu de l’intérieur de la condition de ces malheureux qui fuient leurs pays pour un espoir, souvent vain d’un avenir meilleur, et les conditions des policiers qui doivent stopper cette hémorragie clandestine, sur le dos de laquelle s’enrichissent des groupes sans aucun sentiment.


Et la réalisatrice, qui a suivi pendant plusieurs mois, des policiers dans leurs patrouilles nocturnes quotidiennes, a su en tirer un scénario qui va à l’essentiel et uniquement à l’essentiel. On y voit l’amour des parents pour leur enfant, ces deux êtres qui s’aiment et non rien de monstrueux terroristes sanguinaires. Leur seul objectif étant d’offrir un avenir à leur enfant. Le scénario nous montre également ces passeurs, bien peu courageux qui n’hésitent pas à se mêler aux migrants lors de l’arrestation du groupe, ou encore à appuyer un peu plus la responsabilité des policiers pour se disculper. Et puis, bien sûr ces policiers dont la mission est d’intervenir coûte que coûte et peuvent, comme ce fut le cas prendre une décision qui s’avèrera dramatique.


Si le scénario nous amène à plonger dans une histoire qui, malheureusement, peut se reproduire à n’importe quel moment, on reprochera au scénario, à trop vouloir se tenir à distance et ne pas apporter de jugement, de manquer de souffle sur ses personnages. Comme un instant T, une photo prise au hasard, la réalisatrice et ses co-scénaristes : Camille Mol (Le Syndrome des amours Passées), Ely Chevillot (Etouffés) et Sacha Ferbus ont dessiné des personnages, sans passé et sans avenir. Juste des âmes égarées dans un univers qui les dépasse, mais de la même manière que la conclusion, le spectateur a l’impression de ne pas avoir tous les éléments et peut ne pas comprendre ce choix.


Et la mise en scène de Marta Bergman reste collé à ses personnages, avec une caméra qui a bien du mal à se détacher des visages, des corps et de cette tension permanente que vivent chacun des personnages. Ce choix narratif permet d’ailleurs de garder une pression constante sur le spectateur et de le placer au cœur de l’intrigue en lui permettant de s’identifier aux personnages. Cela est également dû, en partie, aux jeux des comédiens à commencer par le couple Zbeida Belhajamor (Une Histoire d’amour et de Désir) et Abdal Razal Alsweha, un acteur non professionnel qui joue ici son premier rôle, qui porte littéralement, une grande partie de la dramaturgie et dont le jeu est d’une précision touchante. En face on retrouve avec plaisir Salim Kechiouche (Mektoub MyLove), dans le rôle de ce policier, dont la décision aura des répercussions dramatiques. L’acteur livre une prestation toute en sensibilité et en touchante détresse.


Pour conclure, « L’Enfant Bélier », n’est pas un film parfait, mais il touche sa cible profondément. Il lève un voile nécessaire sur le drame de l’immigration, non avec un regard de jugement, mais plutôt avec un besoin de montrer, de sensibiliser et de changer notre regard sur ces personnes qui ne rêve que d’un avenir meilleur, alors que leur pays n’est que chaos et danger. Le film touche, manque de profondeur, mais parvient à nous réveiller sur le cœur de ce drame : Des passeurs sans valeur, des policier aux procédures hermétiques et des victimes d’un espoir vain qui se veut souvent un écran de fumée, ou une chimère à laquelle ils s’accrochent.