Deux frères, Hossam, 23 ans, fauteur de troubles, et Maro, 12 ans, vivent dans une communauté marginalisée d'Alexandrie. Après la mort de leur père dans un accident de travail, ils sont embauchés par la même usine en guise de « compensation » pour leur perte, au lieu d'intenter une action en justice. Alors qu'ils s'adaptent à leur nouvel emploi, ils commencent à se demander si la mort de leur père était vraiment accidentelle.
Mohamed Rashad est un réalisateur, scénariste et producteur égyptien, diplômé en génie civil de l’Université d’Alexandrie. Après avoir suivi un atelier de cinéma de deux ans à l’École de cinéma des Jésuites d’Alexandrie, il a réalisé deux courts-métrages de fiction : « From Afar » (2005) et « Maxim » (2007). Il a ensuite travaillé comme assistant réalisateur sur plusieurs films remarquables, notamment « Coming Forth by Day », réalisé par Hala Lotfy, avec qui il a cofondé Hassala Films. En 2016, il réalise son premier long-métrage documentaire, « Little Eagles » qui a été présenté en première au Dubai International Film Festival et a remporté le Best Documentary Award au Malmö Arab Film Festival ainsi que le Jury Award au Luxor African Film Festival. En 2019, il produit le long-métrage documentaire de Ramez Youssef, qui reçoit une Mention Spéciale Black Iris Award au Amman International Film Festival. « L’Entente La face cache d’Alexandrie » est son premier long-métrage de fiction et a eu sa première mondiale dans la section Perspectives de la 75? Berlinale.
Voilà, les présentations faites, plongeons dans cette histoire, à la fois tendre et sombre, dans laquelle, deux frères vont travailler dans l’usine où leur père est mort accidentellement. Une histoire qui fut inspirée par la rencontre de Mohamed Rashad avec un jeune homme qui avait accepté la proposition de l’usine de reprendre le poste de son père, et qui suscita chez le réalisateur un grand nombre de questions. Questions, qu’il pose dans son film, de manière silencieuse au public. Et même s’il y ajoute, une intrigue plus cinématographique, notamment le soupçon que la faute soit dû à une faute de l’entreprise, qui par cette proposition, entérine l’idée que la famille, soucieuse de faire rentrer un salaire, ne portera pas plainte. Car il s’agit bien de cela dans le scénario que le réalisateur a lui-même signé, de poser cette question sociale majeure dans un pays où les disparités sont importantes.
En utilisant des décors austères mais très photogéniques, qui peuvent, d’une certaine manière, rappeler les scopes de l’Ouest Américain, Mohamed Rashad film ses personnages, parfois noyé dans cet environnement, sec, presque irrespirable d’un décor industriel Egyptien. Grâce à son choix de ne filmer que de jeunes acteurs et de véritables ouvriers, le réalisateur instille une sincérité qui sorte son film du lot d’œuvres sociales Nord Africaines qui parfois appuie énormément dessus. Ici, Mohamed Rashad semble s’accrocher à ses personnages pour capter, parfois un infime changement, qui fait basculer le personnage de raideur sentimentale à douceur et tendresse. Car il y a très peu de mots dans cette histoire et beaucoup plus de maux, et de colère dans une situation que nous, spectateurs, avons parfois du mal à comprendre.
Et c’est toute la sensibilité de ce réalisateur que de nous emmener dans cette peinture sociale, sobre et pourtant si percutante, d’autant, qu’elle se passe de nos jours et qu’à travers quelques plans, quelques dialogues discrets et parfois juste le câlin d’un petit frère à son grand frère, le réalisateur capte tout un pan d’une société qui lutte pour survivre, certes, mais n’en n’oublie pas pour autant de rester soudé, malgré les rancœurs, malgré les erreurs et les doutes. Chacun, pousse une part de son rocher vers le sommet d’une montagne qui semble chaque fois s’éloigner d’eux. Mais le fait d’être ensemble suffit à supporter sa peine. Si « L’Entente-La Face Cachée d’Alexandrie » semble distant de son sujet et surtout des spectateurs, c’est justement pour provoquer l’effet inverse. Ici, on comprend que le passé hante constamment le personnage principal, mais on comprend également, à quel point il lutte pour sa survie et à quel point le noyau familial est fort, malgré ses dissensions.