Gaël avait cinq ans lorsque sa mère, Didy, est morte. Les souvenirs d’elle se sont depuis perdus dans la fureur des guerres civiles, du génocide et du sida qui ont ravagé le Burundi puis le Rwanda et ont précipité son exil vers la Suisse. 30 ans plus tard, il se risque à rouvrir les pages de son histoire familiale en partant à la rencontre de celles et ceux qui ont connu sa mère. À travers sa mémoire, c’est le portrait de toute une génération de femmes rwandaises qui se dévoile, renouant le dialogue avec ceux qui portent leurs histoires.
« Didy » c’est d’abord une rencontre, celle de deux artistes, un qui part à la recherche de réponses sur un deuil qui lui a été volé par l’histoire, qui y a laissé sa famille qu’il veut retrouver et un autre qui arpente depuis plus de dix ans ce pays où il a trouvé une famille. L’un veut réaliser un film sur le parcours de sa mère décédée en 1992, alors qu’il a à peine 5 ans. L’autre a réalisé son premier film en 2014 sur le Rwanda. Gael Kamilindi (L’homme Debout) co-réalise son premier film avec François-Xavier Destors (Rwanda la Surface de Réparation), pas simplement un nouveau documentaire sur le Rwanda, ou en tout cas, pas seulement. Car « Didy », c’est avant tout un voyage dans le passé, celui d’une femme, d’autres femmes, d’hommes aussi et d’enfants. Car comme le dit très bien l’une des sœurs de Didy : « Le génocide Rwandais, ce n’est pas seulement en 1994, ça a commencé bien avant en 1959 ! ». Et oui, ce pays souffre du sang qui est versé depuis tant d’années sur sa terre, souillée de la haine, et trempée des larmes de ses victimes.
Le Rwanda et le Burundi, deux petits pays le long des frontières de la République Démocratiques du Congo ont connu la fureur et le sang du génocide, l’exode, et le Sida. Car, la maladie à frappé l’occident c’est vrai, mais elle a également fait des ravages en Afrique, et, comme bien trop souvent, les victimes de ce continent maintes fois pillé et abandonné, furent oubliées au profit des victimes occidentales bien plus représentatives. Une honte, que l’on n’est pas encore prêt à assumer. Alors, il faut un documentaire, dont le sujet est avant tout la recherche d’un fils qui connaître le passé de sa mère, se reconstruire des souvenirs et trouver des réponses à ses questions sur cette terre qui est la sienne mais qu’il a dû quitter alors qu’il n’avait que 5 ans. Jamais accusateur, le documentaire est avant tout, un témoignage fort sur cette face méconnue et jamais traité de l’histoire du pays. Avec une force et une tendresse qui font mouche, les tantes, les amis qui ont connu « Didy », se remémorent et parlent de ce pays qui les a blessés mais auquel elles sont profondément attachées.
Et c’est ce qui est intéressant dans le documentaire de Gael Kamilindi et François-Xavier Destors, que de centrer la parole sur la mère de Gael, et de laisser l’histoire se livrer elle-même, celle de ces femmes arrêtées pour une prétendue subversion, qui seront battue et forcée de quitter le Rwanda pour le Burundi, c’est aussi le quotidien de ces pays où les jeunes aiment s’amuser, comme dans n’importe quelle pays, mais qui a fini par sombrer dans l’horreur par la force des tensions, des rancœurs, de cette histoire de territoire. Et puis on y découvre le Sida, cette maladie qui va emporter tellement de victimes, ce premier génocide qui ne portera jamais de nom si ce n’est celui de la maladie dont on ne parlera jamais. Les mémoires sont solides, les souffrances intactes et tout ceux qui parlent de « Didy » en parlent comme si tout cela s’était passé quelques jours auparavant, les larmes coulent encore et même s’il y a de la dignité dans chaque regard, chaque sourire, il y a toute cette tristesse et d’une certaine, au détour d’une phrase, un soulagement que la mère de Gaël n’ait pas connu l’horreur du génocide de 1994.
Et puis, comme une suite logique, le mystique prend le pas, les croyances, comme pour se raccrocher au meilleur pour trouver de la lumière là où tout semble sombre. Gaël écoute les paroles de ses tantes, et se lance dans un processus où il va rendre à sa mère la place qu’elle devait avoir à travers une cérémonie d’apaisement et de retour de l’esprit de sa mère sur sa terre et pour le fils, son acceptation qu’il a un pays de cœur, d’âme et de sang : Le Rwanda. « Didy » c’est un documentaire sensible, touchant, qui a l’intelligence de laisser la parole à celles et ceux qui ont tout vécu depuis 1959 et qui peuvent lever le voile de l’histoire d’un pays dont la souffrance n’a d’égale que la dignité de ses survivantes.