Dans un monde où humains et sirènes coexistent, Stephan, un employé de bureau ordinaire fait la rencontre de Chao, une princesse du royaume des sirènes. Après une demande en mariage à son insu, Stephan n'a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive et doit partager sa vie avec cette fille adorable mais imprévisible. L’amour sincère que Chao a pour lui le pousse à tout remettre en question. Commence alors une romance inattendue et touchante entre deux êtres que tout oppose.
Pour son premier long-métrage d’animation, le réalisateur Yasuhiro Aoki, qui a notamment travaillé sur « Batman : Les Contes de Gotham » en 2008, adapte, à la demande de la productrice Eiko Tanaka (De L'autre côté du Ciel), le fameux conte d’Andersen : « La Petite Sirène ». Le projet aura mis du temps à naitre réellement et fut particulièrement marqué par le séisme qui eut lieu le 11 mars 2011 le long de cote Pacifique de Tohoku et qui fut responsable d’un nombre considérable de morts et de déplacés, mais qui se singularisa surtout par une triple catastrophe : Séisme, Tsunami et Nucléaire, puisqu’il toucha la centrale nucléaire de Fukushima.
Le film se singularise d’abord par une un design très chargé dans ses décors qui inspire une sorte de chaos permanent, y compris dans les scènes les plus douces, comme celle dans les intérieurs. Dans « ChaO », qui est, en fait, le nom de la sirène que doit épouser l’humain Stephan, qui a bien du mal à s’adapter à la situation. Le réalisateur surcharge ses arrières plans mais également ses personnages qui, à la différence de Stéphan, et notamment le peuple Marin, sont dessinés très gros et chargés en détails de couleurs et de formes. Ensuite, l’animation se démarque également par un rythme très rapide, parfois même hystérique qui vient donner une ambiance propre au film qui va amener le spectateur à se laisser aller totalement à l’histoire.
Le scénario comporte également des symboles forts dans son discours que ce soit son regard sur la cohabitation compliquée entre les hommes et les poissons, mais également sur le rapport à la pêche intensive et à la manière dont les humains traitent les fonds marins. Ici, les humains sont partiellement mis en valeur, dans le sens où, l’action se passe sur terre et que les sirènes sont représentées comme de gros poissons, sauf lorsqu’elles se transforment provisoirement en humaines particulièrement belles. Ici, le personnage de Stephan est très loin du héros habituel, séduisant, courageux, c’est un personnage assez faible, toujours en retard et qui se laisse embarquer, malgré lui, dans une aventure à laquelle il ne se sent pas tellement attaché, notamment parce qu'il n'a pas suffisamment de courage pour affronter les épreuves.
C’est assez surprenant comme angle d’attaque mais cela permet de mieux coller au monde actuel et le spectateur parvient beaucoup plus à s’identifier à Stephan et aux choix hasardeux qu’il fait. Bien sûr, le film ira vers une leçon de vie, mais ce qui est intéressant, c’est que, si l’humour est toujours présent, scénaristiquement, le scénario gagne en profondeur à mesure qu’il avance. Et l’on comprend assez vite que tapis dans l’ombre, il y a un passé douloureux et un serment dont Stephan a tout oublié. Mais Pourquoi ? Comment ?
« ChaO » est un film touchant et drôle qui surprend par son style visuel et la dynamique de sa mise en scène autant que par l’énergie qui se dégage de l’humour et de son animation. Le film baigne dans un chaos permanent, mais laisse poindre, tout au long de l’intrigue, une lueur d’espoir et gagne en profondeur dans une dernière partie touchante et à la narration moins dynamique mais tout aussi soignée et tout aussi précise avec un regard porté vers le futur et ce que l’on souhaite en faire. « ChaO » est un véritable petit bijou du savoir-faire de son réalisateur que l’on risque de retrouver rapidement après une telle réussite.