The Ugly
Eolgul
Sortie:
29/07/2026
Pays:
Corée
Genre:
Durée:
102 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

The Ugly

Verdict: Bon

par: Emmanuel Galais



Aveugle de naissance, un maître artisan, admiré pour la beauté des sceaux qu’il grave, vit reclus avec son fils unique. Mais cette paix vole en éclats lorsque les ossements de sa femme, disparue quarante ans plus tôt, sont découverts. Son fils entreprend alors de mener l’enquête sur ce passé. Cette quête de vérité va dévoiler de lourds secrets, de ceux qui touchent à la laideur humaine.


Le réalisateur du « Dernier Train pour Buslan » ou encore de sa suite moins remarquée mais toute aussi efficace « Colony », Sang-Ho Yeon signe avec « The Ugly », un film imparfait mais dont le titre résonne pour quasiment l’ensemble des personnages, mais également à leur environnement sociétal. Car « The Ugly », outre l’histoire de cette femme dont les ossements ont été retrouvé et dont on parle constamment du visage horrible, c’est surtout la peinture d’une société coréenne des années 70, qui ne laissait pas beaucoup de place au social. Lancée dans une course effrénée à la croissance, tous les Coréens se devait de participer à cet effort qui allait faire de leur pays, l’un des fleurons de la technologie mondiale. Et ce qui est intéressant dans le scénario que le réalisateur a lui-même signé, c’est qu’il utilise les deux figures parentales du héros comme des allégorie de la société Coréenne de l’époque : Le père, qui, malgré sa cécité, parvient à se hisser au rang des réussites avec une renommée dans le domaine des arts visuels. Alors qu’à l’inverse, la mère est le symbole représentant cette course au rendement qui n’hésité pas à cacher ces personnes qui furent insultées, moquées, harcelées par des gens gangrénés de préjugés et de haine. 


Mais en se concentrant sur cette allégorie et en voulant la marquer par une mise en scène sobre, mais précise, le réalisateur utilise de mauvaises ficelles qui, parfois rendent certains passages incohérents, notamment autour du personnage du père, et dont je ne dirais rien de plus pour ne pas dévoiler l’intrigue, mais qui laisse le spectateur circonspect. Pour le reste, l’intrigue est parfaitement maitrisée par le réalisateur qui parvient à tenir en haleine les spectateurs. Chaque élément de son histoire participe à se fondre dans un titre que le pourrait traduire par « Le Vilain » correspond autant à la famille, qu’aux témoins et à ceux qui croisèrent la femme de cet homme aveugle à la réputation intacte. Le fils, qui n’a pas connu sa mère, découvre petit à petit une histoire dans les conditions les plus difficiles et les plus terribles. Comme à son habitude, le réalisateur soigne ses plans et ses effets et joue des couleurs et des éclairages pour mieux reproduire deux époques, la notre et celle des années 70. Pour cela, le réalisateur a travaillé avec son chef opérateur Pyo Sang-Woo (Sweet Home), et déployé une palette visuelle de cinq gammes rétro pour les années 70 et quatre teintes plus froides pour notre époque. Une manière de marquer à la fois les deux époques, mais surtout de bien marquer également la manière dont le couple s’est formé et la froideur de la découverte.


Et pour incarner ses personnages, le réalisateur a pu compter sur le talent de Jeon Ming Park (Newtopia) qui joue le fils, mais également le père dans sa jeunesse. Un défi de taille, dont le comédien ressort avec les honneurs. Sa composition est d’une précision remarquable et sa palette d’émotions est incroyable, notamment pour réussir à nous toucher autant dans ce rôle d’artisan aveugle moqué et jalousé et ce fils qui découvre petit à petit une histoire qu’il n’aurait jamais imaginé. Et puis il y a Hae-Hyo Kwon (Vigilante) en vieil homme aveugle et sage qui laisse parler son histoire pour que la vérité finisse enfin par éclater. L’acteur joue la sobriété, mais son interprétation marque par une précision du geste et des mouvements du corps.