Pendant des décennies, Ye Sogriu a survécu grâce aux lettres et aux mandats que son mari lui envoie depuis la Thaïlande. Lorsque son petit-fils Hiou-ui part sur les traces de son grand-père, il découvre que l’histoire derrière cette correspondance est bien différente de ce que la famille avait toujours imaginé. À mesure que ressurgissent des souvenirs enfouis et des gestes de dévouement restés dans l’ombre, se dessine le portrait d’existences liées par la séparation, le sacrifice et le temps.
Pour son troisième film, le réalisateur Chinois Lan Hongchun (Proud of me) a décidé de nous parler d’une face rarement exploitée au cinéma chinois, voir même international : La migration de Chinois venus de la région du Chaoshan dans le sud de la Chine, vers des pays comme la Thailande, Cambodge, Vietnam et Singapour. A travers un film au budget modeste, environs 14 Millions de Yuan, soit un peu moins de 2 Millions d’Euros, le réalisateur nous emmène dans le périple d’abord vénal d’un petit-fils qui recherche son grand-père disparu depuis 40 ans, et dont on suppose qu’il a fait fortune. Mais a vérité est tout autre et le jeune homme va se lancer dans un voyage dans le passé et dans une philosophie de vie et d’amour qui va le changer durablement.
Tourné en Thaïlandais et en Teochew, un dialecte propre à la région du Chaoshan, le projet avait de quoi désarçonner les spectateurs, mais son résultat au box-Office chinois a prouvé le contraire avec plus du Milliard de Yuan en recette, soit l’équivalent d’un peu moins de 130 Millions d’Euros, on peut dire que le public à été touché par cette histoire d’une femme qui n’a pas revu l’amour de sa vie depuis 40 ans et qui va découvrir enfin l’histoire de celui qui est parti trouver du travail, comme beaucoup de Chinois de la région de l’époque, en Thaïlande. A partir de là, le réalisateur qui a signé le scénario avec Xuanxuan Zheng, Leng Yang et Liyun Zhu, nous entraîne alors dans une histoire où la migration et les conditions de vies de ces travailleurs sont au cœur du propos. Car à travers le parcours du grand-père Den Bhagseng dit « Turbo d’Acier », tireur de Pousse-Pousse déterminé à changer la condition de ces enfants chinois à qui l’on interdit l’accès à l’école, c’est un voile levé sur ces hommes qui partirent dans l’espoir d’une vie meilleure, mais également avec celui de revenir auprès des leurs.
Si parfois le jeu des acteurs est mal contrôlé et peu sonner faux (Une grande partie de la distribution n’a jamais fait de cinéma !), il émane de cette œuvre quelque chose de tendre, de fortement touchant, notamment parce que si le film parle, avant tout, à la population chinoise, il peut dans une période où l’occident se retourne vers ce qu’il y a de plus sombre dans sa nature, « Lettres d’Amour de ma Grand-Mère », c’est un cri du cœur envers ceux qui ont eu le courage (Car oui c’est avant tout du courage !) de quitter leurs terres, de ne les garder qu’une image qui reste figée dans leurs esprits et dans leurs cœurs, et qui trouvent dans cette terre d’accueil, plus d’humiliation que de joies, plus de méchanceté que de mains tendues, mais parviennent à garder cette fierté de pouvoir envoyer de l’argent à leurs familles pour qu’elles vivent et qu’ils gardent cette honneur d’être le soutien de la famille et non l’inverse.
Ce qui surprend, avant tout, dans « Lettres d’Amour de ma Grand-mère », c’est qu’il n’y a jamais d’amertume, et même si, souvent le film, tend vers des discours qui ressemblent beaucoup à ceux prônés par l’état (D’autres le font en permanence !), le film de Lan Hongchun est, avant tout, un drame familial, qui se donne des airs de comédies pour ne jamais trop forcer le trait. On en ressort étonnamment avec un petit sourire, parce que, finalement ce film donne de l’espoir, de l’amour et donne, également, à réfléchir.