Maoussi
Sortie:
16/09/2026
Pays:
FR
Genre:
Durée:
75 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

Maoussi

Verdict: Excellent

par: Emmanuel Galais



Quand par hasard, Babette est amenée à partager son appartement parisien avec Edo, un réfugié congolais, Maoussi, une souris en fuite, se pointe aussi et chamboule leur quotidien. Elle s'immisce entre les deux étrangers tel un enfant adopté et les contraint à faire face a leurs attentes divergentes de l’amour.


Au début il y a un court-métrage de Charlotte Schioler : « Niqab ni soumise » (2014) dans lequel, le personnage Babette, jeune danseuse Danoise recherchait un appartement. Avec « Maoussi », nous la retrouvons dix ans plus tard, bien installée, avec une carrière en plein essor. Puis vient le moment de la rencontre. Cette fois-ci Babette va se retrouver dans une inversion de rôle, où elle reçoit un musicien Congolais, pour une période de 15 jours. Seulement voilà, il y a les sentiments, la vie, la peur qui s’invitent avec lui et une histoire qui pouvait être simple devient bien complexe, mais surtout, bien plus subtile qu’elle n’y parait. Car en situant son intrigue dans le quartier de Belleville. Quartier Populaire, où réside une forte population immigrée, la réalisatrice, qui a signé le scénario avec Mariane Plasteig (Before Sunset), pose d’office les bases de son propos.


Sous un ton léger et sous couvert d’une comédie Romantique, Charlotte Schioler va nous parler d’immigration, de déracinement, de peur d’être renvoyé dans son pays, de cette angoisse chevronnée qui ne quitte jamais celui ou celle qui se retrouve dans cette situation. Et puis il y a l’espoir, l’amour, le vrai, le doute, le questionnement, la confiance et cette force qui pousse les uns et les autres à faire le choix, le bon, par envie, par amour ou par conviction. Ici, la réalisatrice installe dans un même cadre deux visages de l’immigration, celui acceptable de la jeune femme blonde qui vit à Paris, travaille et s’insère facilement, sans questionnement, à qui l’on trouve un petit accent charmant. Et puis celui de l’homme noir, musicien, qui fuit la guerre et cherche, plus que tout à rester en France. Mais dont chaque geste, chaque intention, chaque sentiment sera remis en question par une espèce de défiance généralisée et par des discours haineux qui fait leurs chemins et leur sale boulot de pointer du doigt ceux qui ont une culture, une religion et surtout une couleur de peaux différente.


Ecrit et réalisé avec beaucoup de simplicité et une grande subtilité, le film de Charlotte Schioler, nous interroger simplement, sans jamais porter une colère, mais en opposant les paradoxes d’une xénophobie grandissante tout en liant les deux personnages par un troisième, la souris, qui agit comme un trait d’union entre les deux. Notamment par une position de départ : La faire mourir ou la sauver, la faire souffrir ou faire sa vite. Et puis la souris éprise de liberté, devient ce but commun que vont avoir les deux amoureux : s’occuper d’elle et la préserver. Comme une métaphore intéressante de la vie sans jugement. Cette petite créature inoffensive fait peur à bien des personnes, mais pour peu que l’on lui prête une certaine attention, elle devient attachante et l’objet de l’affection. Avec un naturel déconcertant, la réalisatrice offre un dialogue qui, à lui seul, illustre la pensée ambiante de notre société en décrivant comment cette souris peut être le début d’une invasion.


« Maoussi » est un film porté intégralement par la réalisatrice qui a l’intelligence, non pas de poser les bonnes questions, mais de jouer la rhétorique en exposant les paradoxes d’une pensée raciste qui s’est répandu comme la peste dans nos sociétés occidentales avec des aprioris déconcertants. Charlotte Schioler nous montre comment l’amour trouve sa place et comment l’immigration est une affaire bien plus complexe que les absurdités dont nous rabattent les politiques et une certaine partie des médias. Présenté et récompensé dans de nombreux festival, « Maoussi » est un petit film léger, profond et parfaitement maitrisé.