Les Misérables

Verdict: Moyen

par: Emmanuel Galais



Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui. Sous une fausse identité, il devient avec le temps un notable respecté de tous. Venant en aide à Fantine, une ouvrière mourante, il promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des cruels Thénardier. Mais son passé le rattrape : l’inspecteur Javert, un policier implacable au passé lui aussi tourmenté, le traque sans relâche afin de le renvoyer au bagne. Dans un Paris en pleine révolution, Valjean doit lutter pour protéger Cosette et achever sa rédemption, entre sacrifices et quête de justice.


Avec le succès de la modernisation des « Trois Mousquetaires » par Martin Bourboulon et celle du « Comte de Monte-Cristo » du duo Delaporte et De La Patellière, les revisites des grands titres du répertoire de la littérature Française trouvent un écho dans les productions actuelles. Comme pour se rappeler qu’au siècle dernier et celui d’avant, de grands auteurs ont su écrire des aventures épiques et intemporelles où les personnages étaient porteurs de valeurs et de courages. Avec Victor Hugo, le niveau monte d’un cran, car il y a de la majeure partie de son œuvre une peinture sociologique et politique de son époque et le regard de l’auteur n’a jamais été autant d’actualité. Et c’est bien « Les Misérables » qui incarne le mieux la vision d’un auteur qui a combattu pour ses idées et ses valeurs tout en posant son regard sur la société dans laquelle il évoluait et dont personne n’a aussi bien décrit les dérives. 1800 pages d’une épopée qui suit le parcours d’un homme condamné au bagne pour avoir volé un pain, et qui après avoir purgé une longue peine de souffrance et d’humiliation doit reprendre sa vie. Un nouveau combat qui va d’abord se construire grâce à la main tendue d’un homme d’église, puis par sa volonté de faire le bien et de refuser la violence et l’obscurantisme ambiant. « Les Misérables » c’est une galerie de personnages, de souffrances, de rédemptions et de combats, mais c’est surtout l’opposition de deux visions : Celle de Valjean qui croit au pardon et à la rédemption et celle de Javert qui, au contraire pense que tout est tracé et que rien ne peut changer. Une nouvelle adaptation est donc intéressante, et beaucoup s’y sont frotté, parfois pour le meilleur et parfois pour le pire. Après le « Jean Valjean » d’Eric Besnard l’an passé, c’est donc le réalisateur de « Méa Culpa » (2014) et « Adieu Mr Haffmann » (2020), Fred Cavayé de se lancer dans une ambition folle : Moderniser le Chef d’œuvre de Victor Hugo.


Sur un scénario qu’il a lui-même signé, le réalisateur va alors, dans un premier temps, cocher les cases de l’œuvre : Le petit Ramoneur, la charrette, Fantine, le procès, les Thénardier, Cosette, les égouts, etc…Puis il va commencer par créer un passé pour l’un des personnages principaux Javert, pour tenter de mieux comprendre son, obscurantisme et son inflexible rectitude. Alors, le spectateur se dit, pourquoi pas ? C’est même une bonne idée. L’idée manque parfois de profondeur, mais l’intention est là. Ensuite, en ce qui concerne les Thénardier, il va inverser les rôles et rendre plus présente la mère Thénardier, bien qu’elle soit tout de même souvent dépeinte comme maitresse femme y compris dans le roman d’origine. Bon tout cela ne fait de mal à la lecture. Et tant que le réalisateur reste dans les clous du roman, il signe une adaptation, un peu survolée, mais avec quelques bonnes idées. D’autant que le film va vite centrer son angle d’approche sur l’opposition entre Valjean et Javert. Mais voilà ; « Les Misérables » prend soudainement dans le roman, une tournure plus épique, plus politique et plus puissante dés lors que l’on rentre dans la seconde époque, celle où Cosette est une jeune adulte et qu’elle rencontre Marius, un jeune homme idéaliste.


Si le roman prend une forme de puissance et où chacun des personnages est subitement prit dans la tourmente de la révolution, de ce pays qui se déchire par la fureur de la misère et la force de l’oppression, le film de Fred Cavayé, perd subitement son rythme et commence à sombrer dans une reconstitution où plus rien ne fonctionne. L’effervescence de l’idéologie du combat, celui de la tourmente d’un homme qui a élevé une enfant comme sa propre fille et qui la voit se détourner au profite de l’amour et à qui il a caché son passé. Les rencontres incongrues entre Valjean et Javert et surtout cet assaut de la barricade qui verra la mort de Gavroche, d’Eponine, d’Enjôleras et de bien d’autres. Le réalisateur semble se perdre et manquer d’ambition dans une adaptation que ne peut en manquer, tant toute la puissance de l’œuvre se trouve dans ce point culminant, où chacun prend conscience de la fragilité des existences et des sociétés qui font que les riches profitent de la misère des pauvres pour s’enrichir. La mort de Gavroche est d’une pauvreté lyrique absolu tout autant que celle d’Eponine. Et bien sûr nous ne parlons pas de la fausse bonne idée de changer le destin des Thénardier. Ne reste que le duo Valjean Javert dont le final manque cruellement de puissance et rend la mort de Javert presque incompréhensible.


Mais « Les Misérables » peut au moins se glorifier d’une chose : Sa distribution. A commencer par le Duo Vincent Lindon (Jouer avec le Feu) et Tahar Rahim (Un Prophète). Le premier, sans surprise, compose un personnage crépusculaire et lui apporte une subtilité touchante avec une voix rocailleuse qui illustre toute la souffrance de son passé. Le second, certainement l’un des plus grands acteurs Français, apporte une nouvelle image de Javert plus intérieure, plus nuancée et plus torturée également. Il en va de même de toute la distribution qui pousse ses propres curseurs au maximum, pour offrir le meilleur. Et même si parfois cela ne suffit pas, comme dans la scène où la Thénardier menace Cosette, le film vaut, malgré tout pour la qualité de ses acteurs. Dommage que la modernisation de l’œuvre voulue par Victor Hugo n’ait pas été maitrisé par le réalisateur.