Il Etait une fois le Printemps
Sortie:
17/10/2026
Pays:
FR
Genre:
Durée:
90 Min
Réalisateur(s):
Acteurs:

Il Etait une fois le Printemps

Verdict: Bon

par: Emmanuel Galais



Paul élève seul sa fille Agathe dans un village soudé autour de sa paroisse. Lorsqu’un prêtre annonce l’arrivée de migrants africains, la communauté se divise. Paul et Agathe soutiennent cette initiative, convaincus de sa richesse humaine, tandis que Marta, leur aide familiale, d’origine étrangère, s’y oppose, craignant une menace.


La filmographie de Cheyenne Caron ressemble à un une grande prêche catholique dans laquelle se mêle aussi bien le bon, le très bon et le moins bon. On se souvient notamment de la subtilité de « Que ma joie Demeure » qui revenait sur les évènements de St Etienne du Rouvray qui avait coûté la vie au père Hamel. Un film qui avait l’intelligence de s’intéresser aux deux destins, celui du père bien sûr et celui de l’homme qui lui ôta la vie tout en n’oubliant pas de lever un voile sur la famille du terroriste qui, on oublie toujours de le dire, ne partage pas forcément la radicalisation de leur enfant et doivent vivre avec l’horreur de son geste, sans l’avoir provoqué. Un film nécessaire, donc, mais dont la première partie souffrait d’une sanctification un peu trop appuyée du personnage du père qui avait tendance à nous laisser sur le côté de la route.


Et après « L’Agneau » sorti l’année précédente qui revenait sur les accusations d’agression sexuelles et leurs dérives, parfois, qui met les prêtres, comme les professeurs, dans des situations bien trop fragiles, la réalisatrice revient avec « Il était une fois le Printemps » qui, cette fois-ci, s’intéresse aux migrants et notamment aux familles qui, à la demande de l’Eglise, font œuvre de charité en accueillant dans leurs foyers de jeunes femmes ou de jeunes hommes pendant une période donnée, afin de les aider à trouver une situation stable dans notre pays. Une action qui ne fait jamais, malheureusement, l’unanimité, d’autant que les discours dans les médias ne parlent en faveur de ces personnes qui fuient une situation invivable au péril de leur vie.


Et Cheyenne Caron qui, comme à son habitude, écrit, réalise et produit son film, tente, parfois maladroitement de traiter chaque côté de la conscience. Celle du rejet, du racisme, de la peur, de la compassion et de la charité. C’est assez intéressant et parfois subtil dans certaines situations, comme la conclusion du film, qui montre les limites du partage, mais encore une fois, certains traits sont tellement appuyés qu’ils n’arrivent pas à passer la frontière du jeu et de la sincérité, à commencer par les personnages de Paul, dont quasiment chaque phrase semble sortie tout droit du manuel du prosélytisme et sa fille Agathe, si parfaite qu’elle en devient quasiment trop lisse. Mais heureusement ce sont tous les personnages qui vont graviter autour d’eux qui vont amener la subtilité du propos, comme Marta, l’aide familiale, venue du Sénégal et accueillie dans la famille depuis plus de vingt ans qui ne voit pas l’arrivée d’un jeune migrant dans le foyer, mais dont le propos semble motivé par un passé douloureux. La réalisatrice parvient à nous offrir des petits moments de grâce, comme le témoignage de cette dame qui exprime toute la richesse affective, intellectuelle et humaine que lui a apporté le fait d’accueillir des migrants chez elle.


« Il était une fois le Printemps » n’est pas un film parfait, bien sûr, mais il a le mérite de nous faire réfléchir à cette délicate question de l’accueil des migrants, sans pour autant sombrer de trop dans le discours facile. En abordant quasiment toutes les facettes du sujet, Cheyenne Caron, parvient avec intelligence à nous poser les bonnes questions et à nous faire découvrir le sujet d’une manière radicalement différente à celle que l’on entend dans les médias.