Seven swords, pour ou contre?
Qi jian


Sortie: 30/11/2005
Pays: Hong Kong
Genre: Aventures
Durée: 2H25 Min
 
Réalisateur(s)
Tsui Hark
Acteurs
Donnie Yen
Leon Lai
Charlie Young
Liu Chia-Liang
Hong Lei Sun
Critique de Geoffrey Morlet

Seven swords marque le grand retour de Tsui Hark au cinéma martial. Avec cette œuvre épique et foisonnante, le démiurge hong kongais ravive le feu sacré d’un cinéma qu’on croyait éteint. Retour gagnant et magistral.

L’histoire
Au 17ième siècle, dans une Chine annexée par l’envahisseur mandchoue, le gouvernement impérial nouvellement en place décrète l’interdiction de la pratique des arts martiaux afin de maintenir l’ordre et la discipline dans le pays. L’application de cette loi passe par le massacre en règle des populations organisé par le général Ravage. Sept valeureux sabreurs vont se dresser contre cette tyrannie du pouvoir et combattre Ravage et son armée.





Pour, par Geoffrey Morlet


Un montage alambiqué

Avant de louer les nombreuses qualités du nouveau film de Tsui Hark, parlons du sujet qui fâche, et qui probablement rebutera nombres de spectateurs, il s’agit du montage (re-montage serait plus approprié ici). On le savait déjà, le roman fleuve de Liang Yu Sheng "Seven swordsmen from Mount Tian" (que je n’ai pas lu bien sûr, ne comprenant rien au chinois de surcroît) devait inextricablement passer à la double moulinette de l’adaptation puis du montage. Jusqu’ici, tout va bien, l’affaire est connue, Harry Potter  et le Seigneur des anneaux  sont eux aussi passés par la phase de l’épuration technique. Seulement pour Seven swords, l’affaire se corse car d’une version dite définitive d’une durée initiale de quatre heures, le film s’est vu retiré une bonne heure et demie, soit la durée d’une comédie française quand même. Autrement dit, cette version cinéma ne pourrait même pas prétendre à la dénomination « work in progress ». En fait, il s’agit tout simplement d’un autre film, une version alternative en somme, en attendant celle(s) à sortir en DVD. Les ellipses sauvages et autres bonds temporels hachent bien entendu le bon déroulement de l’histoire. Il est même frustrant de voir sacrifier des personnages charismatiques au fort potentiel, exit donc les 12 lieutenants de Ravage (sous utilisés et trop peu visibles) et le forgeron niché en haut de sa montagne (qui n’est  pas sans rappeler l’enchanteur Tim interprété par John Cleese dans Sacré Graal...si, si vous verrez !). Pourtant, malgré cette narration syncopée, la réalisation de Tsui Hark emporte le film et son spectateur avec ; le pouvoir de fascination exercé par l’univers créé par Tsui Hark est demeuré intact, et fait son œuvre en balayant les lois de la vraisemblance et du raisonnablement cohérent. Tout ça pour dire que ces imperfections narratives ne nuisent pas à la bonne compréhension du film. C’est déjà ça de gagné !





Aux armes, etc.…

Empruntant tout à la fois à l’iconographie barbare d’un Mad Max  qu’au genre ancestral du wu xia, qui désigne l’idée de combat chevaleresque, Seven swords  est une œuvre foisonnante en même temps qu’une émanation directe de tout l’univers spirituel de la Chine. Ce brassage d’influences participe au même élan de créativité effrénée, si caractéristique du réalisateur. Ce dernier voulait avec Seven swords proposer une nouvelle syntaxe du film martial en costumes, en privilégiant l’aspect réaliste des combats. Une nouvelle grammaire qui devait rayer de son langage les expérimentations visuelles et narratives du passé, des audaces formelles ébouriffantes qui ont donné lieu à des chefs d’œuvre incompris (The Blade) ou unanimement salués (Il était une fois en Chine), et parfois aussi des ratages absolus (Legend of Zu, version 2003). Le nouveau Tsui Hark surprend donc par son classicisme, les combats sont plus terre à terre qu’à l’accoutumée, ce qui n’empêche pas quelques fantaisies chorégraphiques à base de trampolines et de câbles notamment.
Seven swords se pose aussi comme LA réponse aux wu xia de salon que sont Hero et Le secret des poignards volants . A une esthétique éthérée, Seven swords oppose un aspect charnel emprunt de violence et de barbarie. Les maquillages et costumes des « méchants » sont d’ailleurs suffisamment parlants (voir ci-dessous si ça n’était pas déjà fait), et n’ont franchement rien avoir avec la direction artistique des productions de la Shaw Brothers dont l’action se déroulait pourtant à la même époque. Une imagerie révisionniste tout droit sortie de l’imagination fertile de Hark. Du réalisme oui, mais pas trop alors !





 Seven swords doit se voir comme un pur objet de cinéma. Tourné en scope dans des décors grandioses, cette nouvelle pierre portée à l’édifice du genre épique ouvre de nouvelles perspectives au traitement du wu xia pian. Seven swords n’est certes pas la révolution tant attendue, il n’en demeure pas moins une évolution intéressante du cinéma de Tsui Hark, qui devrait, on l’espère en tout cas, lancer sa reconnaissance auprès du grand public occidental.


A voir : absolument
Le score presque objectif : 8
Mon conseil perso (de -3 à +3) : +3, ne serait-ce déjà que pour quelques plans d'une beauté à vous couper le souffle.





Contre, par Sébastien Keromen


Contrairement à pas mal de films de Hong-Kong sortant sur nos écrans, Seven swords n’est pas la ressortie d’un vieux classique chinois, mais le dernier film du surdoué Tsui Hark, qui s’est illustré dans des genres très différents dans les années 90 avant d’aller se perdre à Hollywood. Il revisite ici une histoire traditionnelle chinoise qui rappelle un peu les sept samouraïs, en y ajoutant les thèmes chinois habituels de peuple et de conquêtes. Alors, retour aux sources profitable ? A-t-il retrouvé sa splendeur de The Blade et Il était une fois en Chine ? Pas vraiment.
Si vous êtes souvent perdu dans les films chinois, vous allez nager pendant la moitié du film. Si comme moi, vous êtes peu physionomiste et que c’est encore pire dans les films chinois où chaque personnage n’est pas habillé d’une couleur spécifique qui vous permettrait de le repérer ; si comme moi vous avez souvent l’impression dans les films chinois que chaque réplique met en lumière que vous ne comprenez pas du tout pourquoi untel dit ça (et d’ailleurs, c’est qui, lui ?), vous allez souffrir. Car le montage qui a raccourci le film de plus d’une heure (à en croire les rumeurs) a aussi laissé la première moitié plus qu’obscure. Sans le temps de développer chaque personnage, sans le temps de fixer leur visage et de repérer les détails qui permettront de les reconnaître après, sans nom ou surnom facile à retenir, impossible de suivre les personnages dans le montage à la hache qui enchaîne les scènes sans qu’on comprenne trop bien pourquoi. Tout le monde ne sera sans doute pas aussi perdu, mais une habitude de ce genre de film est nécessaire, ou au moins la capacité d’attendre tranquillement dans son fauteuil qu’une autre scène permette de comprendre, ou de confirmer que ce que l’on n’a pas compris n’avait aucune importance.




La deuxième moitié du film est plus simple : les gentils villageois contre la méchante armée. Avec sept héros et leurs armes incroyables pour aider les gentils. Restent encore quelques histoires individuelles pas très claires ou pas très intéressantes, mais la plupart de l’histoire de la deuxième moitié, c’est préparation au combat et attaques en tous genres. En bref, entre scénario difficile à suivre puis histoire un peu trop réduite, le scénario n’est pas le point fort de Seven swords. On n’a plus qu’à espérer que Tsui Hark n’a pas perdu sa virtuosité et son originalité de mise en scène. Et c’est le cas, mais ça ne suffit pas.
La mise en scène est remarquable, sans toutefois toucher au sublime ou à l’extraordinaire. Certains plans sont très beaux, les paysages de montagne aidant, mais ne surprennent pas, ni n’atteignent la beauté quasi excessive de Hero par exemple. Le film comporte beaucoup de dialogues, peu propices à de grands plans. Quant aux scènes d’action, elles restent en deçà de ce que Tsui Hark a déjà pu nous montrer. Les combats sont même un peu décevants, pas assez lisibles ni originaux. Une excellente idée d’arme, une épée à poignée « glissante », qui laissait espérer un combat d’anthologie, ne conduit finalement qu’à une ébauche de combat ne tirant pas profit de cette arme originale. Au final, on n’est emporté ni par l’histoire ni par la mise en scène. On peine plutôt à suivre ce qui se passe, sans contrepartie de la part du film en scènes inoubliables ou qui nous emporteraient. En un mot comme en cent : on s’ennuie. Pas intensément, mais suffisamment pour vérifier à sa montre à quelle vitesse avancent ces 2h25. Et la montre nous répond : à peu près comme 3 heures. Si vous n’êtes pas sensibles aux beaux paysages et que le scénario vous perd, je vous confirme que ça vous paraîtra à peu près 3 heures. Et 3 heures pas vraiment passionnantes.

A voir : pour les inconditionnels du genre, ou pour les paysages
Le score presque objectif : 6/10
Mon conseil perso (de -3 à +3) : -1, manque de clarté et de qualité handicapent le film

Sébastien Keromen