Tulsa, Oklahoma, 1965 : deux bandes rivales s'affrontent. D’un côté les Greasers, délinquants issus des quartiers pauvres, adeptes de la gomina et des blousons en cuir, et de l’autre, les Socs, gosses de riches arrogants qui roulent en Cadillac. Au cours d’une bagarre, Johnny, un jeune Greaser, tue un membre des Socs…
Voilà un film à la genèse surprenante. D’abord parce qu’à l’origine il y a une jeune autrice Susan E. Hinton qui n’a que 16 ans lorsqu’elle commence à écrire « Oustiders », une chronique inspirée de son quotidien d’étudiante marqué par deux groupes rivaux qui s’opposent sur le campus de l’établissement : « Les Greasers » (Les Pauvres) et « les Socs » (les Bourgeois). Mais loin d’une chronique doucereuse, elle va signer un livre fort sur ces jeunes et particulièrement les « Greasers », et cette colère qui les consume pour rester en vie et dans la marge de la société qui ne cesse de les montrer du doigts. Ensuite, ce n’est pas après avoir lu le livre que Coppola décidé de la réalisé mais après avoir reçu une lettre de collégiens qui avaient étudiés le livre et qui souhaitaient le voir réaliser par Francis Ford Coppola. Le réalisateur touché par la démarche décida de lire le livre et trouva matière à livrer une histoire à l’humanité présente.
Et enfin troisième particularité de « Outsiders », c’est qu’il est interprété par toute la jeune génération de comédiens du moment. La plupart n’ont que très peu d’expérience, mais vont marquer les années 80 et 90, pour ensuite prendre des chemins différents. Des grandes stars de la distribution, on notera bien Tom Cruise (Mission Impossible) qui en est encore à ses tout début et n’a pas un très grand rôle ou encore Matt Dillon (Mary à Tout Prix) qui interprète, Dallas, un personnage central dans l’intrigue. Tout ce petit monde gravite autour de l’histoire de Pony Boy, magnifiquement interprété par C. Thomas Howell, qui n’a qu’un tout petit rôle dans « E.T. » de Spileberg au compteur et Johnny Cade, son ami victime d’une agression par la bande des « Socs » et dont le visage est marqué par les bagues de l’un de ses agresseurs et que Ralph Macchio (Karaté Kid), le plus vieux, après Patrick Swayze (Dirty Dancing), de la bande, mais qui joue le plus jeune et le plus fragile de ces ados abandonnés à un destin sombre, mais dont la lumière brille comme un diamant lorsqu’ils sont ensemble.
Et Coppola sait comme personne comment faire ressortir les nuances de ses personnages. Sur un scénario de Kathleen Rowell (Her Last Chance) qui signait là son premier travail de scénariste, le réalisateur va alors centrer son propos sur ces jeunes défavorisés et mettre tout en œuvre pour faire ressortir toutes ces tensions et ces rancœurs qu’ils peuvent nourrir à l’attention des « Socs » et vice versa. Il poussera d’ailleurs le « Vice » en logeant les acteurs interprétant les « Socs » dans des hôtels de luxe, en leur faisant passer des scripts reliés avec couverture en cuir, alors que les « Greasers » étaient logés dans du bas de gamme et recevaient le script en feuilles volantes. Un moyen, selon le réalisateur, de maintenir les acteurs dans cette tension qui se nourri de cette différence de traitement entre les deux groupes. Au final, « Outsiders », livre un regard sombre et pourtant plein d’humanité, d’amour et de tendresse à travers des personnages qui vivent dans la violence, l’utilisent comme une défense, mais veulent simplement pouvoir, enfin, sortir de cette ornière dans laquelle la vie les a plongés.
Comme il l’avait déjà fait avec « Le Parrain » en 1972, et « Le Parrain 2 » en 1974 et bien sûr « Apocalypse Now » en 1979, Francis Ford Coppola cherche avant tout l’humanité dans ces personnages et à comprendre comment ils peuvent avoir laissé la violence prendre le pas. Chacun cherche une place et se bat pour l’obtenir, mais tout le monde ne fait pas le meilleur choix. Et avec une lumière que le réalisateur a particulièrement travaillé avec son Directeur de la Photographie Stephen H. Burum (Retour vers l’enfer), l’omniprésence du jaune, et du bleu foncé, vient donner à « Outsiders » une atmosphère oppressante où les moindres moments lumineux sont abimés par la tension qui opposent les deux gangs. « Outsiders » qui fut d’abord un film pour répondre à la demande de collégien, se révèle une œuvre profonde et humaniste qui cherche avant tout à comprendre ce qui plonge dans la violence, ces jeunes de conditions défavorisées.