Trinita, cow-boy crasseux mais fine gâchette, se dirige vers la ville dont son frère Bambino, voleur de chevaux, est devenu shérif. Au même moment un homme d’affaires malhonnête et sa bande s’emparent de terres appartenant à une communauté de mormons...
Les années 60 et 70 furent fastes pour le cinéma Italien, qui produisit beaucoup de films, initialement réservés à Hollywood, ce fut le cas des films d’horreur mais surtout des Western, Ce qu’on appellera par la suite, avec un peu de condescendance et de mépris, les Westerns Spaghettis, s’offriront de gros succès et feront naitre des stars internationales comme le duo : Bud Spencer et Terence Hill, respectivement Carlo Perdesoli et Mario Girotti. Le duo qui a d’abord travaillé en solo s’est formé en 1967 avec un premier film : « Dieu Pardonne… moi pas » de Giuseppe Colizzi. A partir de là le duo tournera 17 films et engrangera les succès. Leurs pseudonymes furent inspirés par la Bierre Bud Et un hommage à un célèbre acteur Américain Spencer Tracy (Devine qui vient Diner) pour le premier et le nom de sa femme et le prénom d’un romancier pour le second. Car il était demandé aux acteurs de la Cinecitta qui tournaient dans les westerns de prendre des pseudonymes américains pour coller au plus près des westerns.
D’abord destinés à un autre duo d’acteurs : George Eastman (Django) et Pietro Martellanza (Ringo Le vengeur), c’est à la demande de Terence Hill et Bud Spencer, qui cherchaient un nouveau film à faire ensemble, que le scénariste et le producteur acceptèrent de faire tourner le duo dans ce qui allait devenir le plus gros succès du cinéma italien jusqu’en 1986. Et grand bien leur a pris car le réalisateur et, donc, scénariste Enzo Barboni, pu profiter d’un duo qui fonctionnait à merveille en jouant sur les oppositions et sur l’humour. Pour coller au duo, les bagarres aux révolvers furent remplacées par des bagarres à grand renfort de baffes sur sonorisées. Et ça marche ! Les deux acteurs portent littéralement le film à bout de bras. Entre un personnage bagarreur qui ne rate aucune occasion de mettre le bazar partout où il passe et un autre qui veut se faire plus discret, mais qui se retrouve systématiquement à intervenir dans les rixes de son demi-frère, les deux acteurs s’en donnent à cœur joie pour le plus grand plaisir du public.
Il faut dire qu’Enzo Barboni (Ciak Mull) pour son deuxième film livre une œuvre qui a parfaitement bien assimilé les codes narratifs du western et s’est peut-être même inspiré des aventures de Lucky Luke de Morris aidé de Goscinny (L’un des pères d’Astérix et Obelix), dont les premières furent éditées en 1947 dans « L’almanach 1947 », puisqu’on y voit des cow-boys, notamment le personnage interprété par Terence Hill, tirer plus vite que son ombre. Le scénario est solide, l’histoire intéressante, et si l’on n’y prend garde on se croirait dans un véritable western américain, avec des plans en scope qui nous offrent des paysages de toute beauté. Le film qui fut tourné en Italie et en Espagne, nous embarque dans une aventure, drôle, rafraichissante et en même temps suffisamment sombre pour ne pas rendre l’ensemble trop caricatural. Et c’est là, la bonne idée du réalisateur que de chercher avant tout à respecter les codes du western, mais de livrer une œuvre drôle sans pour autant être ridicule, ni trop décalé, comme pouvait le faire les comédies italiennes de l’époque.
Si le duo est bien évidemment au centre de la mise en scène, il n’en demeure pas moins que l’ensemble brille par une mise en scène inventives et précises. Et si Terence Hill travaillait le scénario avec une sorte de respect du moindre mot, au point d’en devenir maniaque, Bud Spencer faisait tout l’inverse et n’hésitait pas à improviser, apportant une véritable fraicheur à son jeu. « On l’appelle Trinita » est une véritable perle des Westerns Spaghettis, qui n’a pas à rougir de ses illustres modèles. Et même si l’humour du duo peut paraitre désuet maintenant, il n’en demeure pas moins un bon moyen de souffler dans cette morosité ambiante.